mercredi 29 avril 2009

Le Domaine de l'Hortus

Je ne sais pas quel temps vous avez chez vous, mais ici, à Bordeaux, depuis quelques jours nous avons un temps épouvantablement déprimant, ou, pour ceux qui ne veulent pas se laisser abattre, un temps à manger des crêpes (et ça c'est la bretonne qui vous parle). Le problème c'est qu'on ne trouve pas de bonnes crêperies partout... Donc je vous propose de repartir chercher le soleil dans le Sud...
On oublie qu'il y a une semaine tout juste, nous avions un temps de rêve. Avec les jours qui rallongent, on pouvait commencer à savourer un verre de vin entre amis dehors... Et pour ce premier apéritif à la tombée du jour, nous avions décidé de faire une petite escapade dans le Sud avec un de nos blancs favoris du Languedoc, la Bergerie de l'Hortus 2008.
En arrivant au Domaine de l'Hortus, les amoureux de la nature ont un déclic. Imaginez un instant... A votre gauche, le Pic Saint-Loup, majestueux. A votre droite les falaises de l'Hortus, rebelles. Autour de vous, des vignes et de la garrigue. Sentez... Mmm, le romarin. Ecoutez... Aaah, les cigales. Appréciez... la chaleur. Oui, vous y êtes, c'est bien le paradis!
Je vous ai parlé dernièrement de ces pionniers du Languedoc qui ont cru à un terroir et sont allés jusqu'au bout de leurs idées pour faire des vins exceptionnels. Et bien la famille Orliac fait partie de ces pionniers.

Un peu d'histoire
C'est dans les années 70 que Jean et Marie-Thérèse Orliac s'installent dans la vallée de Valflaunès, entre les falaises de l'Hortus et le Pic Saint-Loup. Tous deux amoureux de la montagne et de la nature, ils étaient tombés sous le charme de cet endroit en faisant de l'escalade, lorsqu'ils étaient encore étudiants à Montpellier. Quelques années plus tard, Jean Orliac, alors ingénieur chercheur à l'INRA, ressent un besoin de travail besogneux pour occuper ses week-ends, et prend en fermage 4 hectares de vignes, implantées sur la commune de Valflaunès, dont il livre la production à la cave coopérative du coin. A l'époque, la plupart des viticulteurs livraient leur vendange à la cave coopérative, sauf trois propriétés (Laroque, Lancyre, et Mas Bruguière) qui faisaient alors un vin de consommation courante. Puis, un propriétaire de Valflaunès décide de vendre ses terres, des bois à défricher, en partie à Mas Bruguière et en partie à Jean Orliac. La propriété s'agrandit... Et ainsi de suite, d'années en années, jusqu'à atteindre les 60 hectares actuels (plus 30 ha de fermage).
Cependant, le vignoble est jeune, en construction, et Jean Orliac sait qu'il est difficile de faire de grands vins avec des jeunes vignes. C'est pourquoi, pendant près de 20 ans, il continue à livrer sa production à la cave coopérative locale. En 1990, il partage un local, avec Jean-Benoît Cavalier, du Château Lascaux, pour vinifier chacun son propre vin. Le Domaine de l'Hortus est né. On a alors deux vins:
  • Domaine de l'Hortus, Grande Cuvée (le premier vin)
  • Domaine de l'Hortus, Cuvée Classique (le second vin)
L'ambition de Jean Orliac est alors de créer une marque forte, qui deviendrait une référence, à l'image de Mouton-Rotschild.
Coup de chance, Robert Parker, en visite en France, goûte le domaine de l'Hortus aux caves Taillevent à Paris, et trouve ce vin remarquable... la marque est lancée! C'est le début des grands Languedocs. Cette fois, Jean Orliac cesse son activité à l'INRA pour se conscarer entièrement à la propriété. En 1994, l'actuel chai de vinfication est construit. Le bâtiment, conçu entièrement en bois, se fond dans le paysage. Ici, tout semble en symbiose avec la nature.
C'est face à une demande grandissante pour les vins de la propriété que Jean Orliac décide de créer la marque Bergerie de l'Hortus, qui viendra remplacer le Domaine de l'Hortus cuvée classique (D'ailleurs, la mention Classique apparaît encore sur l'étiquette). Il achète des vins en vrac, qui ont été vinifiés dans un style défini par le domaine de l'Hortus, ce qui lui permet alors de faire davantage de volumes. Les vins sont cependant rigoureusement sélectionnés, afin que l'excellente qualité de la cuvée classique devenue Bergerie soit maintenue. On a finalement un fonctionnement typique du Rhône, avec un grand vin de propriété, et une partie négoce, élaborée à partir des vins de la propriété ainsi que de vins achetés à l'extérieur.
Aujourd'hui le domaine de l'Hortus est devenu une affaire de famille, puisque 3 des 4 enfants travaillent sur la propriété:
  • Marie, l'ainée, s'occupe de toute la partie administrative.
  • François, le second, s'occupe de toute la partie technique.
  • Yves, le cadet, s'occupe de la commercialisation
Manque seulement le benjamin Martin, installé au Japon, mais travaillant également dans le vin.

Rouge
Le domaine de l'Hortus rouge, Grande Cuvée et Bergerie, est élaboré à partir des 3 cépages classiques du Languedoc:
  • Syrah, grand cépage du Rhône.
  • Mourvèdre, qui donne un caractère très épicé et apporte une grande finesse.
  • Grenache, cépage moins fin que les deux précédents mais qui apporte cependant beaucoup de fruit.
Afin d'obtenir de ces 3 cépages le plus de finesse et d'élégance, la logique de plantation a découlé de la recherche de la période végétative la plus longue possible. Ainsi:
  • la Syrah, cépage précoce, a été plantée sur les coteaux exposés plein Nord et sur des terroirs frais, où les sols argilo-calcaires, avec des argiles très profondes, savent très bien gérer l'eau et sont donc peu sensibles aux variations de régime hydrique.
  • le Mourvèdre, à l'inverse, cépage très tardif, a été planté sur les coteaux exposés au Sud, et sur ces mêmes sols.
  • Sur les sols marneux, sols qui ne savent pas gérer les variations de régime hydrique, a été planté le Grenache, cépage très bien adapté aux conditions du midi.
La proportion de ces cépages dans les deux vins varie en fonction des années. Ainsi, pour le millésime 2007 par exemple, la grande Cuvée est constituée de 55% de Syrah, 35% de Mourvèdre et 10% de Grenache, tandis que la Bergerie est constituée de 60% de Syrah, 30% de Grenache et 10% de Mourvèdre. Ces deux vins sont en appellation Coteaux du Languedoc, Cru Pic Saint-Loup.

Blanc
Pour les blancs, la famille Orliac a eu envie d'exotisme, avec des cépages un peu originaux pour la région. En particulier, Jean Orliac a voulu introduire le Viognier (le cépage de Condrieu) dans la région, puis plus tard le Chardonnay, le Petit Manseng... C'est pourquoi d'ailleurs les blancs sont vendus en Vins de Pays du Val de Montferrand, et non en Coteaux du Languedoc (mais ça, vous commencez à avoir l'habitude!). Pour la petite anecdote, le Viognier est entré récemment dans le décret d'appellation des Coteaux du Languedoc. On a donc en blanc une grande variété de cépages: Roussane, Chardonnay, Viognier, Petit Manseng, Sauvignon blanc, Sauvignon gris... Les Blancs sont plantés en fond de vallée, sur des sols correspondant à des dépôts d'alluvions, ayant une excellente gestion du régime hydrique, et qui se réchauffent moins vite, afin d'obtenir plus d'acidité et une meilleure qualité aromatique.
Ainsi, pour le millésime 2008, la grande cuvée est constituée de 60% de Chardonnay, 25% de Viognier et 15% de Roussane. Quant à la Bergerie en blanc, elle se compose, toujours sur le millésime 2008, de 29% de Sauvignon, 29% de Roussane, 28% de Viognier et 14% de Chardonnay.

Si vous voulez en savoir plus, si vous voulez rêver avec de belles photos, je vous invite à aller jeter un oeil ici. Et si vous voulez acheter du vin, vous pouvez même le faire .

Je vous souhaite de belles dégustations à venir!



1 commentaires:

Jacques M. a dit…

Jour de soleil, frisson printanier, nature en reveil, besoin de calcaire, de cigales, de garrigue, envie de pic saint-loup, de bergerie blanc, d'été.
J'ai faim, j'ai soif, merci !

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