mercredi 20 mai 2009

Magique Cabernet Sauvignon


Ah comme ça me fait plaisir de lire dans la RVF (Revue des Vins de France) Véronique Sanders (Château Haut-Bailly) et Basile Tesseron (Château Lafon-Rochet) vanter les mérites de leurs Cabernets Sauvignon pour le millésime 2008!
Quand on n'est pas de Bordeaux, on ne voit souvent qu'un seul grand vignoble bordelais. Pour les bordelais, on distingue trois secteurs:
- la rive gauche (de la Garonne): le médoc, les graves et le sauternais
- la rive droite (de la Dordogne): Saint-Emilion, Pomerol...
- entre les deux fleuves l'entre-deux-mers: Bordeaux, Bordeaux supérieurs, Côtes de Bordeaux...
Les vins (rouges) de Bordeaux sont composés d'un assemblage de Merlot, Cabernet sauvignon et Cabernet franc. Mais la rive droite est le terroir des grands Merlots, et la rive gauche celui du Cabernet sauvignon. Et c'est l'éternelle querelle entre les deux rives, même si dans le fond, tout le monde s'accorde pour dire qu'on trouve de grands vins des deux côtés. A droite les vins "féminins", délicats et élégants, à gauche les vins "virils", structurés, charnus, croquants.
Face à des styles de vins très différents jeunes (sur des vieux millésimes, il devient difficile de distinguer les rives gauches des rives droites, comme quoi il y a vraiment un style "Bordeaux"), on ne peut qu'avoir des préférences. Le contraire me semble douteux. Et moi, j'aime la rive gauche. En particulier le Médoc. Vraiment. Sans doute pour y avoir travaillé pendant plusieurs années, pour avoir été immergée dans cette presqu'île. Les gens de la rive droite ne comprennent pas que l'on puisse aimer le Médoc, région qu'ils trouvent souvent austère et triste (à tort). Moi je ne comprends pas que quelqu'un qui aime les grands vins puisse ne pas aimer le Médoc.
D'abord il y a la féérie de ces grands châteaux, le long de la nationale qui relie Margaux à Pauillac, en passant par Saint-Julien. Je me souviens de la première fois que j'ai emprunté cette route. J'étais éblouie, je trouvais cela absolument magique. Souvent, j'ai essayé de retrouver cette émotion du premier jour où j'ai parcouru le Médoc. On s'habitue (trop) vite à vivre dans des paysages somptueux. En particulier, il y en a un qui m'a toujours fait rêver, par n'importe quel temps, à n'importe quelle saison. Imaginez un instant... Quand vous passez le petit village de Saint-Julien, vous avez à votre droite le grand enclos de Léoville Las Cases. Vous êtes en haut d'une croupe. A votre droite donc, le grand enclos, immensité de vignes filant jusqu'à l'estuaire de la gironde que l'on aperçoit au loin. Un peu plus en retrait sur la droite, le Château Latour. Au fond, sur la butte, les deux pichons (Pichon Comtesse et Pichon Baron). "La plus belle paire de fesses du Médoc", selon Emile Peynaud, un des pères fondateurs de l'oenologie. Moi cet endroit m'a toujours fait vibrer. Parce que là, précisément à cet endroit, c'est un paradis pour le Cabernet Sauvignon. Et vraiment, J'AIME le Cabernet Sauvignon.
L'origine du Cabernet Sauvignon est probablement bordelaise. On pense qu'il s'agit du fameux cépage "Biturica" décrit par les auteurs latins. Le cépage s'est ensuite propagé en Europe, puis dans toutes les nouvelles régions viticoles, cherchant à reproduire le modèle bordelais. Aujourd'hui, le Cabernet Sauvignon est ainsi l'un des cépages les plus répandus dans le monde.
Pourtant, bien qu'il fut décrit en 1785 par le Baron de Secondat de Montesquieu comme "le raisin sans défaut", le Cabernet Sauvignon est un cépage difficile à maîtriser. Il n'est bien que sur de (très) grands terroirs, en particulier sur les graves garonnaises du Médoc, LE terroir de prédilection du Cabernet Sauvignon. Il est difficile à tailler, extrêmement sensible aux maladies du bois, tardif et donc parfois difficile à faire mûrir correctement. Pas mûr, il peut donner des goûts végétaux terribles, une forte astringence et une acidité extrême. Non, le Cabernet Sauvignon ne tolère pas la médiocrité. Mais l'exigence est-elle un défaut?
Est-ce parce que ses feuilles d'un vert lumineux en été, et rougeoyant à l'Automne, donnent au vignoble des touches de couleur superbes? Est-ce parce que ses petites feuilles orbiculaires, profondément quinquelobées, ont été les premières que j'ai appris à différencier? Est-ce parce que ces petites grappes bien espacées contiennent des petites baies noires, à la peau épaisse, avec une chair ferme et délicieusement croquante? Est-ce parce qu'il demande en vinification une extrême attention, un doigté, afin d'extraire juste comme il faut, ni trop, ni trop peu, ses tanins imposants? Est-ce parce que les vins qui me font le plus rêver sont composés essentiellement de ce cépage (Latour: plus de 90% de Cabernet Sauvignon, Léoville Las Cases: 80 à 85%)? Je ne sais pas. Mais vous l'aurez bien compris, ce cépage me fascine.
Alors vive les 2008 "cabernetisés"!
Et sur ce, je m'en vais retrouver Syrah, Mourvèdres et autres Grenaches dans le Languedoc (car non, je ne suis pas sectaire!). Alors, pour les veinards qui font le pont (ah la France!), je vous souhaite un excellent week-end!

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