mercredi 1 juillet 2009

Retour au Domaine Bonneau du Martray


Après cette petite virée en Languedoc, je reviens à cet ancien post, dans lequel je vous parlais du Corton Charlemagne du Domaine Bonneau du Martray 1995, et qui a été le point de départ d'un petit décryptage de la Bourgogne.
Le Corton Charlemagne de Bonneau du Martray est pour moi l'image même du grand vin blanc dans toute sa splendeur. Le nez très pur révèle des notes minérales, mais aussi un fruité gourmand, et un léger beurré, juste comme il faut. La bouche est fraîche et vive, d'une belle longueur. Un de ces vins purs et droits, comme je les aime.
Le Domaine Bonneau du Martray est implanté sur la colline de Corton. Située à la limite Nord de la Côte de Beaune, la colline de Corton est un peu une zone de transition entre la Côte de Beaune (les très grands blancs) et la Côte de Nuits (les très grands rouges). Trois communes se partagent la colline de Corton: Pernand-Vergelesses, Aloxe-Corton, et Ladoix-Serrigny. Cette petite colline isolée, coiffée d'un bois éponyme en son sommet, est assez particulière du fait que les vignes qui la recouvrent sont exposées à l'Est, au Sud ou à l'Ouest, alors que généralement les vignes de la Côte de Beaune sont plutôt exposées au Sud ou au Sud-Est. En particulier les vignes du Domaine Bonneau du Martray sont situées du côté froid de la colline, c'est à dire exposées à l'Ouest. C'est sans doute ce qui donne au vin ce côté très droit, voire légèrement austère (attention, ce n'est pas un défaut!). Elles sont en plein coeur de l'aire d'appellation Corton-Charlemagne (Grand Cru). En réalité cette aire d'appellation couvre deux Grands Crus:
  • Corton-Charlemagne pour les blancs, en haut de la colline, sur des sols marneux avec éboulis de calcaire, convenant parfaitement au Chardonnay.
  • Corton pour les rouges, en bas de la colline, où les sols argilo-calcaires sont parfaits pour le Pinot Noir. Corton est le seul Grand Cru de rouge de la Côte de Beaune.
Le Domaine Bonneau du Martray produit du vin dans les deux appellations: Corton-Charlemagne et Corton. Son vin emblématique, celui qui a fait sa renommée, reste toutefois le Corton-Charlemagne, qui représente d'ailleurs 9,5 hectares sur les 11 hectares du domaine. Le domaine Bonneau du Martray peut ainsi s'enorgueillir d'être aujourd'hui le seul domaine de Bourgogne à ne produire que des Grands Crus.
Pour la petite histoire, le domaine Bonneau du Martray est une propriété familiale. Le célèbre empereur Charlemagne en fut le premier propriétaire, comme l'ensemble de l'appellation (d'où le nom du vignoble...), avant d'en faire don à l'abbaye de Saulieu en 775. Après la révolution, les biens nationaux furent vendus, et c'est ainsi que la famille Bonneau-Véry fit l'acquisition du domaine. Pour l'anecdote, les Bonneau-Véry étaient des descendants de Nicolas Rolin, fondateur des Hospices de Beaune en 1443. Personne dans la famille ne vouait un intérêt particulier à ce vignoble, jusqu'à ce que René Bonneau du Martray, né en 1886, décide de s'en occuper. Il était très attaché au domaine, et le conserva tel qu'il est encore aujourd'hui. La production du domaine était alors entièrement vendue au Négoce. N'ayant pas d'héritier, René Bonneau du Martray légua la propriété à sa nièce, la Comtesse Alice Le Bault de la Morinière. C'est alors le Comte Jean Le Bault de la Morinière, son époux, qui prit les rênes de la propriété en 1969. Il contribua beaucoup au développement et à la renommée du domaine, en décidant dès 1972 de vendre son vin sous son nom de domaine plutôt qu'au Négoce. En 1994, c'est leur fils, le Comte Jean-Charles Le Bault de la Morinière, qui reprend la propriété familiale, quittant Paris où il exerçait le métier d'architecte.
La tradition demeure, bien que chaque génération apporte un peu sa touche personnelle. Ainsi, alors que son père envisageait l'arrachage des Pinots Noirs servant à l'élaboration de leur Corton, en vue de planter du Chardonnay, le Comte Jean-Charles le Bault de la Morinière décida, au contraire, de garder ses vieilles vignes de Pinot noir, et se donna comme challenge de réhausser la qualité de son Corton (qui était déjà bon, mais pas au niveau de leur Corton-Charlemagne). Pour ses blancs, il veille à un apport maîtrisé du bois, dont il se méfie (élevage avec 30% de bois neuf).
C'est après plusieurs années de vieillissement que les vins du Domaine Bonneau du Martray expriment toute leur noblesse.

2 commentaires:

papada a dit…

Petites précisions sur le domaine BONNEAU du Martray.
Les vins ne sont pas mis en vente qu'au bout de quelques années "lorsqu'ils sont prêts à boire".
Ils sont mis en vente partiellement dès qu'ils sont mis en bouteilles. Le domaine en conserve une partie, et garde l'autre pour quelques années supplémentaires et les re-propose à ce moment là, peut-etre dans l'optique que vous décrivez...(mais surement pour d'autres raisons que je ne dévoilerai pas ici)

Les magnifiques CORTON CHARLEMAGNE du domaine sont de très longue garde ! Et mettent, de surcroit, beaucoup de temps à se faire. Le 95 que vous avez goûté provient d'un millésime à l'acidité assez basse, ce qui a pu expliquer l'enthousiasme (mérité) qu'il a suscité chez vous. Mais il est rare que les vins se dévoilent si "tôt" dans ce domaine.
Personnellement, je bois tranquillement mes 84 et mes 87...
Le 76 s'ouvre enfin...le 85 également, mais le 86 est toujours en instance.

Rouge Blanc Bulles a dit…

Papada merci pour ces précisions. J'ai rectifié ce détail.

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