jeudi 9 juillet 2009

De la Nature, et des Hommes...


J'aurais pu appeler ce post "De la vigne, des fleurs et de la technique" (cf photo) ... Ou encore "Le bon, la brute et le truand", (en vous laissant chercher qui est le truand).
J'ai retrouvé ce petit texte, écrit par Jean Orliac à l'occasion de la nouvelle année 2007, qui remet un peu certaines idées en place. A l'heure où se fait un grand retour en arrière, à l'heure où les agriculteurs sont devenus des empoisonneurs, voire des criminels, je trouve que ça fait du bien de lire des choses comme ça. Juste un peu de bon sens... Moi même, je me sens fervent défenseur du développement durable, n'en déplaise à certaines personnes qui pensent que développement et durable ne peuvent pas coexister. Oui, j'ai le sentiment de vivre avec mon temps, mais en revenant sur des choses basiques, qui ne sont finalement que du bon sens. Acheter du bio, qui vient d'Espagne, de Guadeloupe ou que sais-je encore, alors qu'on trouve les mêmes produits dans sa région, pas bio mais avec un bien meilleur bilan carbone, j'ai tendance à trouver ça hypocrite, à la limite du nombrilisme. Cultiver ses vignes en "bio", mais traiter à grands coup d'hélicoptères encore pire. C'est pour cela que l'agriculture "raisonnée" existe bel et bien. Et non, ce n'est pas juste pour se donner bonne conscience, c'est une réalité. Je connais un grand nombre de viticulteurs qui sont de vrais amoureux de la nature (les Orliac en font partie), qui savent "réfléchir", "raisonner", "se remettre en question". Et si on leur faisait un peu confiance?
Je vous laisse avec ce joli texte, à méditer...

FAUT-IL TIRER SUR LA TECHNIQUE ?
"Aujourd'hui le discours dominant sur la "défense du vin" s'accompagne toujours d'un rejet de la technique. On oppose ainsi le vin "technologique" forcément "industriel" au vin authentique forcément "naturel". Celui-ci deviendrait un îlot de résistance dans un monde dominé par le monstre proliférant de la technique, monstre froid de la compétition se nourrissant de la destruction de toutes les diversités tant biologiques que culturelles.
Dans cette conception une seule voie s'offrirait à nous pour ré-enchanter le monde, mettre la Nature au centre (voire le Cosmos), s'effacer devant "Elle" en renonçant à nos oripeaux techniques, remettre l'homme à sa vraie place qui est marginale dans l'univers. L'essentiel pour le vigneron et l'homme en général ne serait plus d'élaborer un corpus de connaissances rationnelles visant à mieux comprendre ses pratiques pour les améliorer mais de se fondre dans le cosmos en pratiquant ce qu'il faut bien appeler le culte de la nature.
Au fond l'amour du monde passerait obligatoirement par la détestation des hommes, du moins de ceux d'aujourd'hui coupables de sacrifier à leur appétit de jouissance et à leur volonté de puissance.
Nous avons ici une sorte de constat qui, s'il met bien l'accent sur une des tentations des sociétés d'aujourd'hui, est aussi et surtout une position philosophique (c'est-à-dire pour faire vite, une théorie de la place de l'homme dans l'univers, une éthique, une doctrine de salut).
Cette position philosophique nous ne la partageons pas sans doute à cause des valeurs transmises par nos parents et grands-parents (c'est fondamental pour nous vignerons qui travaillons sur plusieurs générations) mais aussi parce que nous pensons autrement tout simplement.
Nous adhérons à une autre conception de l'homme qui, si elle admet qu'il se trouve dans la nature, le dote d'une liberté qui le fait échapper - au moins pour partie - à ses déterminations et le fait créateur de son histoire. La science par exemple est une tentative grandiose de se hisser à la hauteur de l'univers, tentative déjà perceptible dans l'invention des premiers outils comme elle l'est dans les religions, le langage et toutes les formes d'art.
Dans cette conception, la culture n'est pas un sous produit somme tout périphérique de la nature, mais une authentique création dialoguant avec elle.
Une création qu'il nous est impossible d'ignorer pour le meilleur ou, peut-être pour le pire, sauf à renoncer à notre condition d'homme.
Prenons l'éthymologie du mot "agriculture", "culture du sol", soit la transformation du sol à l'aide d'une visée culturelle, ou, dit autrement la production d'un écosystème nouveau dont l'équilibre n'est maintenu que par une action compréhensive (intelligente). Ce qui signifie, que pour nous le vin "naturel" n'existe pas, ou ce qui est équivalent, que tous les vins le sont, au sens où leur existence ne relève pas d'un miracle mais du domaine du possible défini par les lois de la physique, de la chimie et de la biologie, tous les vins sont naturels comme tous les objets fabriqués ou non, présents dans l'univers. Par contre il existe des vins plus ou moins culturels, ou pour le dire plus justement des vins dont la culture a présidé à leur élaboration est plus ou moins complexe ou sophistiquée. Il existe des vins de haute culture comme des vins de basse culture, les vins dit "industriels" appartiennent manifestement à cette deuxième catégorie.
Les cultures véritables qu'elles soient scientifiques, artistiques sont des produits de l'histoire, un phénomène d'accumulation constituant une tradition mais aussi une émergence de nouveautés radicales, ces nouveautés ne prenant véritablement leur sens que parce qu'elles entrent en résonance avec la tradition et qu'elles deviennent capables de devenir la tradition de demain.
Dans notre métier de vigneron nous sommes libres à toutes les étapes de l'élaboration de notre produit. Notre responsabilité est de choisir dans les innovations techniques celles que nous souhaitons transmettre à nos enfants. Cette responsabilité implique bien sûr la possibilité de se tromper, dans ce cas ce sera à nos successeurs de remettre l'ouvrage sur le métier, voire à nous-mêmes si notre vie est assez longue pour cela.
Nous espérons donc que pour cette année 2007 nous saurons, en exerçant notre liberté, faire évoluer nos savoir-faire dans un sens digne de l'histoire de ces objets infiniments naturels et infiniment humains que sont nos vignobles et les vins que vous aimez."
Jean ORLIAC
www.vignobles-orliac.com

4 commentaires:

Emilie a dit…

Bravo pour cette mise au point.

D'ailleurs, n'oublions pas que l'évolution "naturelle" du vin, c'est le vinaigre.

Alors effectivement, heureusement que la technique est là pour nous permettre d'apprécier ce délicieux nectar.

Berthomeau a dit…

Bonjour,

Bonjour,
Je suis Jacques Berthomeau www.berthomeau.com c'est Jean-Marie qui m'a communiqué l'adresse de votre blog si vous le souhaitez je peux vous mettre en lien sur le mien.
Beau texte, je l'avais publié le 17 avril 2007 sur mon blog au retour de l'Hortus http://www.berthomeau.com/article-6398481.html
bien à vous et bon courage
un vieux bloggeur
JB

Rouge Blanc Bulles a dit…

Avec grand plaisir!
J'en ferai de même avec votre blog, dont je suis fidèle lectrice.
Merci pour votre commentaire, et bon courage à vous aussi!

Anonyme a dit…

En me baladant, sur l'avenue, le coeur ouvert à l'inconnu, je suis tombé sur les différents billets de la rubrique "Technique" d'Anne Laurence.
J'ai lu attentivement les réactions sur l'article de Mr Bettane, ainsi que le texte - ou plutôt devrions nous parler ici d'essai, car sa dimension philosophique est indiscutable - de Jean Orliac, pionnier de la culture d'un petit coin de nature exceptionnel.
Et une question m'est apparu : certains vins industriels sont d'une conception technique ultra sophistiquée et remarquablement pensés. Je les mettrai donc dans la catégorie "haute culture", malgré le résultat souvent peu intéressant pour mes papilles exigentes.
Qu'en pensez vous ?
Lionel

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