mercredi 9 septembre 2009

Tour de blog

Premier "Tour de blog", ou tour d'horizon des différents sujets qui animent actuellement le monde vinicole de la blogosphère.
L'une des principales polémiques (je reviendrai plus tard sur une autre, qui me tient particulièrement à coeur), est celle sur le "vin bio", suite à l'interview du célèbre dégustateur Michel Bettane (co-auteur avec Thierry Desseauve de nombreux guides) à ce sujet dans L'Express (pour voir l'article complet, clic).
Il faut dire que le titre de cet article a tout pour faire réagir: "Le vin bio n'existe pas!" Et je peux vous assurer que pour faire réagir, il fait réagir. La blogosphère se déchaîne, s'enflamme, s'excite, s'agace, s'énerve, s'irrite (exemple ici, ou ). Le tout avec (trop) souvent une agressivité étonnante et regrettable, car elle focalise le débat sur l'auteur, et non sur son contenu. Il est vrai que Michel Bettane ne mâche pas ses mots dans cette interview, un tantinet provocatrice. Il y explique pourquoi l'engouement actuel pour les vins bio l'agace. En résumé, voilà ce qu'il dit :
  • Le vin bio n'existe pas (!!!). Ca fait rugir réagir, mais ce n'est finalement qu'une question de forme. Ce que veut dire Michel Bettane, et ce en quoi ce qu'il dit est juste, c'est qu'il n'existe aucun cahier des charges sur un processus de "Vin Bio". Il existe des raisins bio, et donc des vins élaborés à partir de raisins issus de l'agriculture biologique, mais pas de "vins bio".
  • Il n'existe pas de vin qui ne soit pas "naturel", puisque le vin est le produit de "la fermentation naturelle d'un fruit qui l'est tout autant". Michel Bettane semble agacé par le fait que l'on qualifie de "naturel" ou d'"authentique" les vins dits bio par opposition aux non bio qui seraient alors... artificiels?
  • Il existe de nombreux vins reconnus comme exprimant remarquablement bien leur terroir qui ne sont pas élaborés à partir de raisins issus de l'agriculture biologique, contrairement à ce que certains (et j'insiste sur le mot "certains") fervents défenseurs du bio sous-entendent.
  • Un vin sans soufre n'est pas plus "digeste" qu'un vin "légèrement protégé pour une conservation plus sûre en bouteille". L'ajout de soufre a pour but d'éviter certains développement microbiens néfastes à la qualité d'un vin. C'est donc, dans une juste mesure, dans l'intérêt du consommateur final.
Alors oui, Michel Bettane est un peu maladroit (maladresse ou provocation?) quand il emploie certains qualificatifs ("illuminés" notamment...), mais est-ce une raison pour faire preuve d'une telle agressivité? Chacun n'a-t-il pas le droit d'avoir sa propre opinion?
La raison pour laquelle Michel Bettane s'exprime sur ce sujet, c'est qu'il existe aujourd'hui un réel engouement des journalistes et amateurs pour les dits vins bio, les vins sans soufre etc. C'est un droit. Mais cet engouement va parfois au détriment de la qualité même du vin. On oublie de juger le vin lui-même, on juge l'esprit de celui qui le fait. (Remarquez, c'est souvent lié, mais c'est une autre histoire, tiens j'en parlerai une autre fois.) Et souvent, bien trop souvent, les viticulteurs "traditionnels" (oh que je n'aime pas cette dénomination... L'homme évolue. Le viticulteur aussi!) sont montrés du doigt, et, il faut le dire, un peu pris pour des imbéciles. Et quand on est de l'autre côté de la bouteille, les pieds dans les vignes, les mains dans le moût, la tête dans les étoiles (la passion!), je peux vous assurer qu'il y a de quoi s'agacer. Aujourd'hui, tout viticulteur respectable est bien entendu soucieux de l'environnement, qu'on se le dise!!! Le métier de vigneron est un métier de passionnés. C'est ce qui fait que parfois c'est un peu explosif. C'est un métier d'amoureux de la nature, et cette nature, tout le monde veut la préserver. Chaque viticulteur respecte son terroir, et veut qu'il se reflète au mieux dans le vin qu'il produit. J'en avais déjà parlé dans un autre billet, mais je le redis "et si on faisait un peu confiance aux bons viticulteurs?".
Je trouve vraiment regrettable qu'il se mette ainsi en place aujourd'hui une petite guerre entre les défenseurs du bio et les "traditionnels". Ne peut-on pas accepter que l'on puisse avoir des idées différentes, des choix différents, des goûts différents? C'est ça aussi le respect de l'autre.
J'aime beaucoup, pour rester un peu dans le même registre, les propos de Jean-Luc Thunevin sur son blog, "coup de gueule" contre la tendance actuelle de certains journalistes français à faire de l'anti Parker, de l'anti Bettane, de l'anti "vin trop travaillé", de l'anti Bordeaux... Tendance journalistique, et blogueuse...
En conclusion, je me souviens d'un des leitmotiv de Denis Dubourdieu lorsque j'étais sur les bancs de la faculté d'oenologie "la première chose que l'on exige d'un vin, c'est qu'il soit NET". Pour y arriver, chacun sa méthode.
Et, ironie du hasard, en relisant l'article de L'Express, un bandeau publicitaire apparaît "Et si vous mettiez un peu de Feng Shui dans votre vie?". Tiens c'est vrai ça...

9 commentaires:

Anonyme a dit…

Merci !!!
encore une pierre dans le jardin des "penseurs uniques" qui prônent un "retour aux sources" pour sauver la planète, le goût et tant qu'on y est, la viticulture... Ah qu'il était bon le temps où la vigne était une liane indomptable, le vin une piquette imbuvable, et le viticulteur un miséreux qui crevait de faim. Diabolique science qui a perverti tout ça, introduisant la connaissance et la recherche du mieux, dénaturant la "vigne liane" en culture agricole, substituant au vinaigre le Vin (de terroir, et oui !), et permettant au vigneron de vivre, pas toujours bien, mais mieux, de son labeur.
Que les chantres du "tout bio", que les allergiques à l'argent, que ceux qui se shootent à grandes rasades de « bon vieux temps », troquent leur voiture contre des chevaux, leurs fibres synthétiques en "fripes" de chanvre (aïe, ca gratte !), leurs belles chaussures de sport en vielles sandales de cuir, voire mieux, se donnent rdv pour des randonnées nudistes, pieds nus, en montagne, à se nourrir de plantes et d'animaux tués sur place… Là, ils seront crédibles !
Nous vivons une époque formidable qui voit une bande d’illuminés en mal de singularité tenter (et parfois réussir) de faire passer la raison pour de la folie, le progrès pour une régression, le « cultivé » pour de l’artificiel.
Sauvons la planète, oui, bien sur ! Mais s’il vous plait, sans œillères ni raccourcis outranciers et dévastateurs, et, surtout, avec du vin, du vrai, du bon ! (que l’étiquette porte un macaron vert ou pas…)

Emilie a dit…

Merci pour ce billet qui fait du bien aux viticulteurs conventionnels qui en ont marre qu'on les prenne pour des pollueurs sous prétexte qu'ils ne produisent pas des raisins "bio".
Nous aussi on aime notre planète, nous aussi on se préoccupe de l'environnement et nous aussi on respecte notre terroir!
Il n'y a pas qu'une seule méthode pour faire du vin. Dieu merci. C'est aussi ça qui fait la diversité. Qu'est ce qu'on s'ennuierait si tout le monde faisait a même chose.
Arrêtons de taper sur les voisins et mettons plutôt en avant les qualités de ce qu'on produit.
In Vino Veritas!

Xavier D. a dit…

Bonjour,

Merci pour ce billet éclairant sur une polémique plus marquée par les réactions épidermiques (cf entre autres l'énergique commentaire du courageux "anonyme").

Reste une question, quel est VOTRE avis sur la question des vins bios, ou plutôt sur la question d'une viticulture durable.

Xavier D.

Hub a dit…

Ce n'est pas la première provocation de B & D sur le sujet. Ce sont des multi-récidivistes qui avaient déjà publié un article outrancièrement titré "halte aux bio-cons" dans leur guide 2008.
Sur le fond, et vous le montrez bien, leurs arguments et mises au point se défendent. Mais pourquoi attaquer les vins dits "bios" (du coup, on ne sait plus comment les appeler ...) et ceux qui les apprécient, de manière aussi agressive ?
L'agriculture intensive, et parmi elle la viticulture, est responsables de nombreux maux que je ne vais pas détailler ici. Inversement, les prises de position parfois outrancières des défenseurs du "naturel", et la ténacité de leurs préjugés, ne permettent pas plus d'avancer (même s'il ne prônent pas tous le retour à la bougie, comme semble le sous-entendre l'auteur du 1er commentaire ...).
Il n'y a pas de "one best way". Ni pour faire le vin, ni pour préserver l'environnement, mais il y a des pratiques qui conduisent inexorablement à sa détérioration. C'est cette réflexion qui doit guider ceux qui veulent réfléchir plus avant, quelle que soit l'orientation qu'ils vont suivre, et non des querelles stupides et stériles, fussent-elles lancées par des critiques réputés.

Rouge Blanc Bulles a dit…

Pour répondre au commentaire de Xavier D., pour moi la problématique des "vins bio" (j'abrège, on ne va pas jouer avec les mots) est une problématique ENVIRONNEMENTALE. Et je la trouve parfaitement respectable quand elle est décrite comme cela. La plupart des très bons vins bio que j'ai goûtés ne revendiquent pas leur mode de culture bio, c'est une certaine éthique qu'ils ont, mais absolument pas un outil marketing. Et je trouve ça admirable. En revanche, je ne suis pas d'accord avec les arguments de "valorisation du terroir", ou "goût du vrai vin", qui insinuent dans ce cas que les autres vins ne valorisent pas leur terroir, ou ont un goût "artificiel" (?). D'autres "non bio" valorisent extrêmement bien leur terroir, le respectent, et obtiennent des vins typés, racés. Surtout, je n'aime pas l'attitude typiquement française, qui consiste à critiquer son "voisin" pour se mettre en valeur. A chacun de valoriser ses choix, sans dénigrer pour autant ceux des autres (comme le dit très justement Emilie). Dans un sens comme dans l'autre. D'ailleurs, ce n'est généralement pas l'attitude des très bons vignerons, qu'ils soient adeptes du bio ou pas.
Enfin, je suis un peu "choquée" de voir comme à partir des propos de Michel Bettane, certains critiques s'attaquent finalement directement ou indirectement aux viticulteurs non bio.
La question environnementale est aujourd'hui fondamentale. Certains arguments contre la "viticulture traditionnelle" sont dépassés. Tout le monde se préoccupe de l'environnement. Les adeptes du bio ont certainement beaucoup à apporter aux autres. Cependant, je pense qu'il n'y a pas qu'une voie, qu'il y a aussi beaucoup d'idées intéressantes à prendre chez ceux qui pratiquent une vraie "viticulture raisonnée".
Autrement dit, Hub, je suis entièrement d'accord avec vous: il faut arrêter ces querelles stupides, et, vous avez raison, stériles. Et avancer!

Anonyme a dit…

Merci enfin pour ces post sensés. Je peux donc ici m'exprimer calmement. Le manichéisme simpliste qui ne peut concevoir d'intermédiaire entre le funambulisme permanent des adeptes du sans rien faire, sans rien ajouter et les criminels enmpoisonneurs à la solde de Monsanto ne feront jamais avancer une cause juste : le consomamteur à le droit d'être correctement informé sur la traçabilité des produits qu'il consomme. Ceux qui ne comprennent pas que les déviations liées à un mauvais travail du ferment trahissent l'esprit et la lettre des AOC (dont le vigneron n'est pas propriétaire mais la nation, en tant qu'ensemble de nos citoyens)sont partisans d'un grand acquis de civilisation qu'il faut défendre même de façon musclée. Je n'ai rien voulu dire d'autre et suis ravi de la violence même absurde des réactions si elle peut faire avancer la viticulture, l'écologie et le respect du public. Michel Bettane

Anonyme a dit…

petite correction logique et nécessaire : il faut lire : "ennemis" à la place de "partisans", ouf!

Anonyme a dit…

Il faut comprendre avant tout que c'est une provocation savamment orchestrée plutot q'une maladresse.

Le sujet n'a pas fini de faire couler de l'encre.

Je vous invite à vous reporter à l'un de mes articles qui, je le pense, est très complémentaire au votre :
http://blog.vigne-online.fr/vins-bio/#more-18

Cordialementr

laurentg a dit…

Je me permets ce lien, sur un débat lancé par l'ami Philippe qui déguste chez IVV Toulouse :
http://www.degustateurs.com/forum/forum_posts.asp?TID=17558&KW=philippe+ricard

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