lundi 5 octobre 2009

Envoyés spécieux

Non, je n'ai toujours pas la télé, et non, je ne l'aurai pas. C'est définitif. Je ne cautionnerai pas une telle désinformation. Les chaînes de télévision françaises sont-elle donc tombées aussi bas que le laisse à penser l'émission Envoyé Spécial sur le vin ("Le vin est-il toujours un produit naturel?") de jeudi dernier? J'ai pris mon courage à deux mains pour la visionner sur le site de France 2, pour comprendre les réactions... Un scandale de désinformation. Un ramassis de Bêtise avec un grand B, une ignominie. Je trouve absolument honteux qu'une chaîne nationale se fasse le relais de pareille calomnie*. Comment peut-on en arriver là? En tout cas une belle preuve, quand on maîtrise le sujet, que l'information que l'on reçoit est biaisée. Et ça, ça fait peur... Nous vivons dans un bien drôle de monde.
Aucune explication, tout est sommaire, imprécis, du grand n'importe quoi déballé en vrac. De l'intoxication journalistique.
Je note que ça commence et ça se termine par la même chose: une attaque contre la Grande Distribution. Comme ça, on est bien dans la tendance, les méchants sont toujours les mêmes, on n'est pas déstabilisés. Parce que, bien entendu, les très mauvais vins se retrouvent en Grande Distribution (ça on avait déjà entendu), laquelle oblige en plus les gentils vignerons à traiter leurs vignes avec des "pesticides chimiques"(ça c'est la nouveauté).
Parce que, revenons au problème de fond, les "additifs", "des produits que vous ne soupçonnez pas"... C'était quoi déjà? Ah oui, des levures... Au fait, c'est fait comment le vin? Il y a bien une histoire de fermentation non? Et qui dit fermentation dit levures, ou je n'ai rien compris? Un peu comme le pain, au... levain! Levain? Chimique? Attention amis boulangers, faiseurs de bon pain, méfiez vous, vous ne serez peut-être pas épargnés. Et puis, pour rester dans la tendance, la fashion attitude journalistique, bien sûr ont été évoqués (je dis bien "évoqués", car aucun sujet n'a été approfondi) les "pesticides", et même les "pesticides chimiques"... Je ne vais pas en parler à nouveau, je l'ai déjà fait ici.
A cela vous ajoutez les sulfites (j'en ai également parlé ici), et le sucre avec la chaptalisation (pratique ancestrale), et vous avez quasiment l'émission intégrale. Gros zoom sur le scandale du sucre dans le Beaujolais. (Pauvre Beaujolais, comme si la région avait besoin de cela.) Tout cela sur un fond de "vin technologique". Au fait, on n'a jamais aussi peu chaptalisé, parce que les raisins n'ont jamais été aussi mûrs, et ce parce que les vignes n'ont jamais été aussi bien entretenues. Mais ça c'est une autre histoire, sans doute pas aussi intéressante pour l'audimat.
Et je terminerai sur le titre de l'émission. A la question "le vin est-il toujours un produit naturel", je répondrai NON, le vin n'est TOUJOURS PAS un produit naturel. Il ne l'a jamais été. Le vin est le produit de l'Homme. Il n'existe pas dans la nature. Et la vigne elle même, à l'état "naturel" est une liane, qui pense à se développer et non pas à alimenter ses raisins. Oui, le vin est le fruit du travail de l'homme. Sans homme, il n'y a pas de vin. La vigne doit être taillée, parfois palissée et dans ce cas relevée, elle doit être épamprée, rognée, protégée des maladies et ravageurs comme on protège nos propres enfants. Ses raisins doivent être récoltés, foulés, pressés, leurs tanins et anthocyanes extraits avec doigté et délicatesse, leur fruit préservé, et leur équilibre maîtrisé. La production de vin est un travail de passionnés, d'artistes. Mais pour comprendre cela, sans doute faut-il avoir un minimum de sensibilité, et tout simplement AIMER le vin. A lire, pour rappel, encore une fois, ce texte "Faut-il tirer sur la technique", que vous trouverez .
"Salut vigneron, salut à toi sans qui la France ne serait plus le sourire de l'Europe", écrivait Maurice Bedel. Oui, salut à toi vigneron, nous te soutenons! Alors amis du vin à vos plumes, à vos porte-voix, à vos claviers, il faut réagir vite, fort, non pas dans une logique de défense ou de contre-attaque, mais simplement pour rétablir une vérité.

*Beaumarchais, Le Barbier de Séville, II, 8
"La calomnie, Monsieur ? Vous ne savez guère ce que vous dédaignez ; j’ai vu les plus honnêtes gens prêts d’en être accablés. Croyez qu’il n’y a pas de plate méchanceté, pas d’horreurs, pas de conte absurde, qu’on ne fasse adopter aux oisifs d’une grande ville, en s’y prenant bien : et nous avons ici des gens d’une adresse ! ... D’abord un bruit léger, rasant le sol comme hirondelle avant l’orage, pianissimo murmure et file, et sème en courant le trait empoisonné. Telle bouche le recueille, et piano, piano vous le glisse en l’oreille adroitement. Le mal est fait, il germe, il rampe, il chemine, et rinforzando de bouche en bouche il va le diable ; puis tout à coup, on ne sais comment, vous voyez calomnie se dresser, siffler, s’enfler, grandir à vue d’œil ; elle s’élance, étend son vol, tourbillonne, enveloppe, arrache, entraîne, éclate et tonne, et devient, grâce au Ciel, un cri général, un crescendo public, un chorus universel de haine et de proscription. Qui diable y résisterait ?"

12 commentaires:

Anonyme a dit…

Bravo,
Belle plume, et des commentaires plus que justes ! Un article que je vais m'empresser de forwarder...
Bonne continuation,
J-Michel L

Xavier D. a dit…

Merci pour cet article, qui remue, sur un sujet révoltant. Car au delà du monde du vin, c'est le public entier qui est floué. Comme vous le dites si justement, ce sont ces "dossiers" sur des sujets que l'on connait qui nous permettent d'entrevoir l'océan de fangeuse nullité dans lequel se vautre une presse qui a depuis longtemps troqué l'esprit critique pour le sensationnalisme et qui, dans la course à l'audimat et sous couvert d'Information flatte les instincts les plus grégaires d'une opinion qu'elle contribue à abrutir. La presse dite "généraliste" me fait penser à certaines vignes malades d'avoir trop donné et reçu si peu de soins. Ces vignes produisent des raisins, des vins dilués, sans fond, mais, pire qu'insipides, fondamentalement déviants.
Ces vignes n'ont qu'une seule perspective : l'arrachage en vue d'un long repos des sols.

Anonyme a dit…

Merci de rétablir un peu de vérité dans ce monde de dupes .
Je soulignerai juste le passage de Mr DeMontgolfier qui par son humour et son ironie a su détourner le piège de l'interview journalistique. J'étais très étonnée que ce passage n'ait pas été coupé au montage d'ailleurs...
et puisque c'est ça, j'irai acheter le supplément de Sciences et Vie...
S.C.O

Rouge Blanc Bulles a dit…

Monsieur de Montgolfier a très bien répondu: "Je suis obligé de déconseiller de boire 100 à 200 bouteilles de Champagne par jour." Il a été PARFAIT. J'ai adoré!

Anonyme a dit…

j'espère que cette fois ci ça va marcher ! Il faudrait publier ce commentaire sur le site de France 2 pour que le service public se réveille et arrête de se contenter de la médiocrité d'émissions raccoleuses qui méprisent ceux qui les regardent.
Saine colère et joli langage !
sylvie

Anonyme a dit…

D'accord, sujet partial et à la limite de la malhonnetteté intelectuelle. Mais y-t-il un seul mensonge ?
La filière n'aime pas qu'on lui mette le nez dans son caca... C'est surtout cela que j'entend.
Ils sont des coup de pied au c.. salutaires !

Rouge Blanc Bulles a dit…

Pour moi malhonnêteté et mensonge vont de paire. Présenter des pratiques aussi courantes que le levurage et le sulfitage (pratiques visant à améliorer la qualité des vins, à les préserver, et ce pour le consommateur) comme des actes graves est absolument grotesque. Quant au sujet des pesticides, qui est un vrai sujet de fond, qui concerne toute l'agriculture et pas seulement la viticulture, il est abordé de manière sommaire, imprécise, sans aucune analyse, avec la seule volonté de choquer, de montrer les viticulteurs du doigt, de nuire à la filière. Ce n'est pas du journalisme, c'est de la manipulation et de la propagande. Comme il est très justement dit plus haut, présenter une information détournée de cette façon revient à mépriser ceux qui la reçoivent.

Anonyme a dit…

En voilà une bonne colère qui fait du bien ! Pour relayer le commentaire de Xavier D., c'est ainsi que l'on s'aperçoit de l'incompétence arrogante de journalistes médiocres qui ne trouvent de raison d'être que dans le traitement superficiel et populiste de sujets dont ils ignorent tout. Et pas seulement sur le vin !

Anonyme a dit…

Le problème est que les journalistes ne font pas leur boulot jusqu'au bout ! Toutes les filières agricoles connaissent le même problème avec les médias ; pour ce qui me concerne avec les fruits et légumes, les producteurs sont dans la même galère, on n'a jamais aussi peu utilisé de pesticides (encore plus chimiques ! A ce rythme-là, en entendant toutes ces conneries (oups !), nous mangerons (et boirons !) 20 % de bio bien avant l'an 2020...
Jean-Phi

Sabine a dit…

Un petit article du Figaro sur le sujet : http://www.lefigaro.fr/vins/2009/10/08/05008-20091008ARTFIG00405-la-verite-sur-les-pesticides-et-les-additifs-.php
Bises
(j'ai bu du vin à midi, et pourtant je n'ai toujours pas de bouton sur le nez ?)

Rouge Blanc Bulles a dit…

Merci Sabine pour le lien. Que du bon sens dans cet article...

Emilie a dit…

Pour la petite histoire, hier midi au restaurant, un homme qui avait vu l'émission "Envoyé Spécial" nous a dit qu'il ne voulait carrément plus boire de vin parce qu'on mettait plein de cochonneries dedans! Merci France Télévision...

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