mercredi 18 novembre 2009

La Dolce Vita, avec Ornellaia

Ornellaia, c'est ce type de vin qui vous fait voyager lorsque vous plongez le nez dans votre verre. C'est la gourmandise du fruit, la pureté du nez, l'équilibre dû à une belle acidité qui contrebalance un degré un peu élevé, la finesse de tanins soyeux, comme du velours, l'élégance tout simplement. Ornellaia c'est la classe italienne... Mais attention, avec un brin de French Attitude, qu'on se le dise! Et parce que l'histoire d'Ornellaia est, comme dirait Le Petit Nicolas (le vrai, celui de Sempé et Goscinny) "une chouette histoire", je vais vous la raconter, comme elle m'a été racontée avec passion par Thomas Duroux, talentueux winemaker et actuel directeur général du Château Palmer, qui connaît particulièrement bien la propriété pour y avoir travaillé pendant plusieurs années. Alors cap sur la Tenuta dell'Ornellaia.
Nous voici donc au coeur de l'appellation Bolgheri, dans la région de Toscane, à 60km au sud de Pise, sur la côte ouest. Pour bien imaginer l'endroit, il faut visualiser un grand cirque ouvert sur la mer, avec des collines d'origine volcanique. L'appellation Bolgheri est une appellation récente, puisque le décret date seulement de 1994. Jusqu'alors, la région était une région agricole traditionnelle, avec principalement des exploitations de polyculture-élevage, produisant de manière anecdotique un peu de vin de table, à partir de Sangiovese, pour la consommation locale.

Tout commence grâce à la passion d'un homme pour les vins du Médoc, Mario Incisa de La Roquetta, propriétaire terrien dans la région. Amoureux du Cabernet Sauvignon (lui aussi!), il décide, dans les années 50, de planter 1 hectare de ce cépage, pour lui et ses amis. C'est alors que son beau-frère, qui n'est autre que Nicolo Antinori, propriétaire de la célèbre tenuta qui porte son nom, le convainc de développer ce vin, en créant une marque: Sassicaia est né. La marque deviendra célèbre dans le années 70, et sera à l'origine du concept des "Super-Toscans".
Face à ce succès, les confrères s'interrogent. L'un des fils de Nicolo Antinori décide de faire lui aussi son propre vin dans la région. Toujours dans la tradition médocaine, il plante Cabernet Sauvignon, Merlot, et Cabernet Franc. C'est la naissance d'Ornellaia, dont le premier millésime sera 1985.
Le succès de ces deux vins démontre ainsi qu'il existe bel et bien un réel potentiel qualitatif à Bolgheri. C'est alors que l'appellation sera créée, dans laquelle les cépages médocains seront prédominants. Ce qui fait la particularité de Bolgheri, c'est cette fraîcheur en bouche, cet équilibre, parfois difficile à obtenir sous un climat méditerranéen. Or les vins de Bolgheri sont certes plein de soleil, mais ont également une très belle acidité. On peut comprendre en voyant ce cirque face à la mer, que l'influence marine y est pour beaucoup... La proximité de la mer influe sur le terroir également, puisque ce dernier est composé de résidus de roches volcaniques, ainsi que de calcaires (incidence marine) et de galets roulés (incidence fluviale).
Pour revenir à l'histoire d'Ornellaia, en 1998, l'américain Robert Mondavi entre dans le capital. En 2002, il devient propriétaire à 100%, puis il revendra la moitié à la famille Frescobaldi, grand nom pour les vins toscans, à l'instar d'Antinori. En 2004, la famille Frescobaldi reprendra la totalité du capital d'Ornellaia.
La Tenuta dell'Ornellaia produit trois vins:
  • Ornellaia, composé majoritairement de Cabernet sauvignon (60%), ainsi que de merlot et cabernet franc, et dans une moindre mesure de petit verdot.
  • Serre Nove, le second vin d'ornellaia, produit à partir de jeunes vignes.
  • et enfin Masseto, petit clos de vignes 100% Merlot, qui rivalise avec les plus grand merlots du monde, comme Petrus.
Depuis le début de l'aventure d'Ornellaia c'est le fameux oenologue conseil bordelais Michel Rolland qui suit les vins. Thomas Duroux, qui travaillait pour Robert Mondavi, est arrivé sur la propriété en 2001. C'est lui qui a vinifié les millésimes 2001, 2002 et 2003, et a largement contribué au 2004. Axel Heinz, qui venait du Château La Dominique à Saint-Emilion, lui a succédé, continuant dans la lignée, à produire des vins superbes.