vendredi 12 février 2010

Mourvèdre!!!

Est-ce l'influence d'Olivier Jullien de Mas Jullien, ou celle de François Orliac du Domaine de l'Hortus, toujours est il que, de retour du Languedoc, je me suis découvert un petit gros penchant pour le mourvèdre... Vous connaissez?

Le mourvèdre est un cépage noir d'origine espagnole, dont le nom proviendrait de Murviedro, dans la province de Valencia. Il est présent depuis très longtemps en Provence, bien que sa culture ait été un peu délaissée lors de la reconstruction du vignoble français après le phylloxéra. Aujourd'hui, on le trouve encore en Provence, mais aussi dans le Languedoc-Roussillon, et à Châteauneuf-du-Pape (parmi les 13 cépages de l'AOC en rouge), couvrant ainsi en France une superficie d'environ 7 500 ha (juste pour donner un ordre de grandeur, la syrah couvre en France environ 68 000 ha...).
Le Mourvèdre est resté LE grand cépage de Bandol (Hmm, Pibarnon... j'adooore! ;-)), où il entre au minimum à 50% mais parfois à plus de 80% dans la constitution des vins. Ailleurs, il a été longtemps sous estimé, restant pour beaucoup un cépage mal aimé (:(). De forte personnalité, le mourvèdre ne supporte pas la médiocrité (tiens, ça me rappelle un autre cépage...). C'est un cépage tardif, qui pour mûrir a besoin d'emmagasiner beaucoup de chaleur et de lumière. C'est la raison pour laquelle il est normalement exposé plein Sud (Sur les coteaux situés sous les falaises de l'Hortus par exemple, il se porte à merveille... ). Malheureusement, ce débourrement tardif lui a valu d'être planté (à tort!) dans certaines zones gélives, c'est à dire les plaines et bas fonds, où il ne pouvait atteindre une maturité suffisante. De plus, c'est un cépage à gros grains et relativement productif, dont les rendements doivent être rigoureusement contrôlés, sous peine d'avoir des jus dilués, et manquant de couleur. Ce cépage nécessite donc beaucoup de soins à la vigne, notamment d'importants travaux en vert. Avec des rendements trop importants, et sur des terroirs médiocres, le mourvèdre donne facilement des vins rustiques, et dilués. De plus, ce cépage est très sensible aux maladies du bois, entraînant donc une mortalité élevée. Ceci expliquant cela, on comprend mieux le désintérêt pour le mourvèdre, cépage extrêmement exigeant, qui peu à peu est tombé dans l'oubli...
Et pourtant... Pourtant le mourvèdre, de port superbement érigé, devient majestueux sur ses zones de prédilection. Quand il est bien conduit, il développe des petites notes de poivre, de violette. Ses tanins sont fins, souples. N'atteignant jamais des degrés trop élevés (maximum 13,5% alc) son équilibre est tout en fraîcheur. C'est un cépage authentique, qui donne des vins vrais, des vins qui racontent leur terroir. A Châteauneuf-du-Pape, Jacques Perrin l'avait compris avant les autres, contribuant à son développement dans cette région. Le Château de Beaucastel rouge contient ainsi une proportion importante de mourvèdre (30%), et dans les grandes années, une cuvée Hommage à Jacques Perrin est produite, à partir de très vieilles vignes de mourvèdre. Parmi les vins de Pic Saint Loup, le Domaine de l'Hortus est un des domaines qui contient la plus forte proportion de mourvèdre. La Grange des Pères (il fallait bien que j'en parle! ;-)) en contient 40%, Mas Jullien 1/3 de l'assemblage sur les derniers millésimes... A l'heure où le mot buvabilité a pris le dessus sur la concentration, à l'heure où l'on recherche des vins digestes plutôt que des monstres de dégustation, des vins authentiques, des vins vrais, il semblerait que le mourvèdre ait une place à gagner dans le paysage viticole français...

Mourvèdres sur coteaux au pied des falaises de l'Hortus. Là il se sent bien... pas bête le mourvèdre!

16 commentaires:

Iris a dit…

Beaucoup de vrai dans cette louange de mon cépage préféré:-)! Encore que je préfère Pradeaux ou Tempier certains années au Pibarnon dans les Bandols.

Et c'est surtout vrai, qu'il faut limiter le rendement, si on veut, qu'il s'exprime pleinement.

Donc taille courte - de préférence en gobelet, son port érigé permet cela cela à merveille, comme vous dites: ses sarments costaux poussent droit comme un "i" et se passent aisément de palissage.

Mais à la place d'une taille en vert, (qui elle laisse souvent gonfler les baies et les rends plus fragile, si on veut attendre sa pleine maturité phénologique) je préfère une taille d'hiver rigoureuse, 3 bras, un courson à un œil franc - comme cela, il porte au maxi 5 ou 6 grappes, qu'il peut mener à pleine maturité, sans souffrir dans nos étés parfois archi secs d'un arrêt de maturation - même si la fameuse brise de la mer, qu'il côtoie à Bandol, lui fait défaut. Pour remplacer cela, rien de tel qu'un terroir et un micro-climat, qui lui fournissent des nuits fraiches, pour le remettre de la chaleur des journée caniculaires.

Que sous ces conditions, il peut allègrement dépasser les 13,5°, que vous citez, est une expérience des derniers millésimes. Malgré cela, il garde sa fraicheur et surprends par des tannins, qui certes demandent à murir - il n'est donc pas aussi putassier (ou est-ce qu'il faut dire "séducteur"?) qu'une Syrah dans sa jeunesse:-), mais quel droiture, quel classe, pour moi à comparer qu'avec le Nebbiolo des meilleurs Barolos - Vive le Mourvèdre!

Rouge Blanc Bulles a dit…

Merci Iris pour ces précisions enrichissantes.
J'aime aussi beaucoup Tempiers, et je ne connais pas bien Pradeaux (je le mets dans ma liste des vins à goûter absolument alors), mais j'ai juste en souvenir proche un Pibarnon 90 absolument divin... d'où ma pensée!
On est bien d'accord, pas de séduction à outrance, pas d'hypocrisie, mais beaucoup plus de subtilité, et de "droiture"... Tout ce que j'aime!
Comme vous dites, vive le Mourvèdre! ;-)

Anonyme a dit…

Il devrait y avoir un filtre pour nous empêcher de lire ces articles au boulot, ca donne trop soif pour rester concentré !

Anonyme a dit…

Si tu aimes le Mourvèdre, procures-toi la cuvée MAXIME du Domaine Borie de Maurel (Minervois) : mon chouchou absolu en la matière...mais j'aime aussi beaucoup les Bandols !!

Rouge Blanc Bulles a dit…

Merci (qui?) pour cette info, je l'ajoute aussi à la liste alors!

John FOURMI a dit…

désolé, j'ai oublié de me présenter
John Fourmi : caviste

Rouge Blanc Bulles a dit…

Et bien encore merci pour le conseil John, parce que figure toi que je viens de trouver une bouteille de 2006 dans ma cave... Et je me régale!!! Ce commentaire ne pouvait pas mieux tomber!

Petit Bruit a dit…

Hihi!
Alors moi j'avoue, je ne comprends pas grand chose à tout ce que tu racontes...tu ne m'en veux pas hein?!
Par contre, j'ai été contente de faire ta connaissance hier, et d'avoir l'occasion de discuter blogo tricot et cie :)
A bientôt j'espère

(mon mail : petitbruit(at)gmail(point)com si jamais tu veux poursuivre la discussion!)

Rouge Blanc Bulles a dit…

C'est uniquement parce que tu n'aimes pas le vin rouge que tu ne peux pas comprendre (;-)), sinon tout coule de source! Merci de ta visite, et à très bientôt!

laurentg a dit…

Un mourvèdre australien bluffant (peu protégé par le soufre) :
Barossa Valley - Rusden "Full circle" Mataro 2005

On a un peu pensé à Barral (la fougueuse cuvée Valinière).

Frédéric a dit…

Bonjour,
A essayer absolument : un 97% Mourvèdre en Saint-Chinian par Christine Deleuze du Clos Bagatelle, la cuvée Je Me Souviens 2007, qu'elle ne produit que lorsque le climat a été propice à ce cépage extrêmement exigeant effectivement.
Avec 3% de Grenache (pour l'AOC probablement), un rendement faible de 25hL/ha, 20 mois en fût neuf avec la malo, pas de collage, pas de filtration, le résultat est un vin raffiné, soyeux et floral! Et de longue garde en plus.

Rouge Blanc Bulles a dit…

Allez zou, dans la "to drink list". Merci Laurent et merci Frédéric, pour ces recommandations!

laurentg a dit…

Hortus blanc 2006 bu 2 fois (chardonnay, viognier, roussanne) : pas top, énormément de bois.

Hortus rouge 2005 (mourvèdre, syrah, grenache) : gavé de bois, presque imbuvable.

Pas fan, donc !

Rouge Blanc Bulles a dit…

Personne n'est parfait Laurent! ;-)
Plus sérieusement, la Grande Cuvée de l'Hortus 2005 est boisée, je le reconnais (un boisé assez fondu aujourd'hui cependant. Quand l'aviez vous goûté?). Les derniers millésimes le sont beaucoup moins, je pense par exemple au 2007. Ne restez pas sur cette impression, ce serait dommage...

laurentg a dit…

Le 15 avril 2008
Promis, je regoûterai sur votre conseil éclairé.

Frédéric a dit…

Tout à fait, je confirme, j'ai goûté le 2007 la semaine dernière, et le bois est vraiment bien intégré. Une belle bouteille.

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