mardi 23 mars 2010

2009: Flash Back

Pour bien comprendre le millésime 2009 à Bordeaux, il faut se remettre un peu dans l'ambiance. Flash back*:
  • 2009, c'est d'abord un hiver rude, froid et pluvieux, marqué par une terrible tempête massacrant la forêt des Landes.
  • 2009, c'est également un printemps humide, avec un mois d'avril très pluvieux. Ce printemps humide aura permis une bonne maturation des oeufs de mildiou, dont la pression sera très forte durant le début de campagne. Puis, le mois de mai sera marqué par des orages violents, et surtout, surtout, de terribles averses de grêle (les 9, 11, 13 et 25 mai... Oui, ça fait beaucoup) qui ravagèrent une partie du vignoble. Au total, 15 000 hectares de vignes ont été touchés, avec des pertes de récolte allant de 30% à 100%... C'est énorme. Et c'est terrible.
  • et puis, 2009, ce fut un mois de juin aux conditions météorologiques plus clémentes. Ainsi, la floraison et la nouaison, 2 critères très importants pour la qualité d'un millésime, se passèrent dans de bonnes conditions, c'est à dire par temps chaud et globalement sec, surtout dans les zones tardives.
  • 2009 ce fut un mois de juillet plus chaud que la normale (températures maximum comparables à 2005), mais normalement ensoleillé et arrosé par rapport aux moyennes trentenaires (2 fois plus arrosé que 2005 et 2008). La véraison, précoce, débuta fin juillet.
  • 2009 ce fut un mois d'août plus ensoleillé que la normale, très chaud (plus chaud que 2005) et exceptionnellement sec. Ces conditions entraînèrent une maturation technologique avancée des baies (augmentation des sucres, et baisse d'acidité), mais une maturation phénolique très lente (accumulation et affinement des tanins et anthocyanes). Sur certains terroirs, la sécheresse a entraîné des blocages de maturité (encore plus sur jeunes vignes ou sur vignes trop chargées). Les précipitations orageuses de la première semaine d'août ont permis de relancer un peu l'activité physiologique de la vigne, ces précipitations restant très variables d'un secteur à l'autre (de moins de 5 mm dans le médoc, à 70 mm dans le sud des Graves). Les nuits, relativement fraîches (18 nuits à moins de 15°C) ont permis de protéger le fruit, de limiter la baisse d'acidité des blancs, et d'accumuler les pigments des rouges (anthocyanes).
  • 2009 ce fut un mois de septembre également chaud et sec, permettant une concentration du raisin. Les nuits se rafraîchirent davantage. Le petit épisode pluvieux du 18 au 20 septembre fut profitable au gonflement des baies qui commençaient à flétrir, et à l'évolution des tanins. Cet épisode, suivi de brumes et brouillards matinaux, permit également l'installation de la pourriture noble pour les liquoreux.
  • Enfin, 2009, ce furent des conditions de rêve pour les vendanges, permettant d'attendre (et d'atteindre!) la maturité phénolique pour récolter les rouges.
Au vu de ces conditions, que penser du millésime 2009 à Bordeaux, en rouge, en blanc et en liquoreux?
Je vous le dirai demain! ;-)

* D'après les rapports de Denis Dubourdieu (viticulteur, professeur universitaire, oenologue conseil) et David Pernet/SOVIVINS (conseiller viticole, spécialisé en expertise de terroirs).

12 commentaires:

Emilie a dit…

Très bon résumé!
Je m'y revois...
Je déguste les Margaux 2009 dans la matinée.
Les millésimes précédents ont montré une certaine hétérogénéité, même à l'échelle d'une petite appellation.
A voir sur 2009.

laurentg a dit…

Et oui ... au vu de ces conditions, que penser du millésime 2009 à Bordeaux, en rouge, en blanc et en liquoreux ? :-)

laurentg a dit…

Il est très intéressant, en Bourgogne, de comparer les rouges 2009 (généreux) et les 2008.
Ces derniers peuvent être d'une éclatante fraîcheur. Ils reviennent de nulle part et leurs géniteurs en parlent parfois avec une certaine émotion (Gouges, par exemple).

karin a dit…

suite à ton explication précédente on peut en conclure que Dame Nature a été très très généreuse..
il faut en être conscient non??.
D'après certains grands oenologues conseils touts les points ont été réunis pour faire un grand millésime.1989, 1929 ect...
vivement la semaine prochaine.

Rouge Blanc Bulles a dit…

@ Laurentg: Un peu comme les 2004 et les 2005. J'aime beaucoup les 2004 à Bordeaux, d'une grande "buvabilité", certains étant très fins, et élégants, dans un style "classique" que j'aime.

@ Karin: Sauf si tu regardes bien le mois de mai... Certains viticulteurs sont bien conscients de ce qui leur est arrivé, ne l'oublions pas quand même!

laurentg a dit…

RBB,

J'ai pu goûter un large panel de 2004 une première fois avec le GJE puis au club IVV Toulouse :
http://www.invinoveritastoulouse.fr/index.php/Thematique-Millesime/20071025-horizontale-bordeaux-2004.html

Des 2004 assez abordables en effet, sages, manquant parfois un peu de surprise.
Plusieurs dégustations de Léoville-Poyferré 2004, consttant à excellent niveau (16,5/17), m'ont permis de mieux le cerner.

Emilie a dit…

Je suis d'accord avec RBB sur les 2004. J'aime leur fraîcheur, leur fruité, leurs tanins veloutés.
C'est un millésime droit, net, avec lequel je n'ai jamais eu de mauvaise surprise, en ce qui concerne les vins du Médoc.
C'est un millésime qui reste abordable en terme de prix. Et on peut dire que ça a été le millésime idéal pour les viticulteurs (qualité et quantité).
Mon coup de coeur dans ce millésime : Pontet Canet!

Rouge Blanc Bulles a dit…

@ Laurentg: pas d'accord sur le "manque de surprise" des 2004. Je trouve que c'est précisément l'inverse!

@ Emilie: "mon coup de coeur dans ce millésime: Pontet Canet!": T'es sûre que c'est juste dans ce millésime??? ;-)

Emilie a dit…

Euh, en 2002 et en 2003 aussi ceci dit!!!

laurentg a dit…

RBB,

Attendons qu'ils soient à maturité.
Dans notre horizontale, Pontet-Canet 2004 n'a pas trop plu.

Bluffé en mai 2005 par Pontet-Canet 1993 (16/20).
Réussites notables sur 1994 et 1997.
Pontet-Canet 1995 très austère (très 95). Alors, oui, 2004 est plus accessible.

Algernon a dit…

Emilie, d'accord avec vous sur Pontet Canet 2003, un des vins du millésime. Pontet Canet a fait énormément de progrès depuis le millésime 1998. Avant, 1996 est très bon, 1994 un des grands du millésime. Sinon, dans les années 1980, on trouve de belles surprises, mais souvent des vins un peu dilués.
Ce que j'aime par dessus tout à Pontet Canet, c'est que ce cru fait la démonstration que rien n'est impossible, et que tout peut arriver, n'importe quand. Jamais trop tard. Le travail, encore, toujours, plus fort, un jour, les fruits sont murs.

Fabrice a dit…

Post super intéressant qui nous éclaire sur la typicité et la trame de ce 2009. Joli travail !

Enregistrer un commentaire