lundi 22 mars 2010

"Nouveau né"

Depuis que je vis à Bordeaux, j'ai appris, au fil des années, que le dernier millésime était toujours le meilleur ( :-) ). N'étant arrivée dans cette région qu'au début du XXIème siècle, j'ignore comment c'était au siècle précédent, mais j'ai également pu constater qu'on avait régulièrement des "millésimes du siècle" . Car, rappelez vous, il y a eu 2000. Puis 2003, annoncé comme un grand millésime dès le mois d'août, avant qu'on ne se rende compte que le principe typiquement français qui consiste à dire que "la vigne doit souffrir pour donner le meilleur d'elle-même" avait ses limites. Ensuite 2005. Maintenant 2009. Certains y verront un aspect mercantile: le meilleur millésime est celui qui est à vendre. Je souris gentiment. Moi j'y vois surtout de la passion.
J'y vois la passion de celui qui revit chaque année, avec le nouveau millésime, la magie du métier. La passion de celui qui voit, dans une bouteille, le fruit de ses labeurs, le fruit d'une année de travail, incluant les angoisses du vigneron (le gel, la grêle, la pression des maladies, ...), causées par la météo, toujours inquiétante, qui rappelle que l'homme ne peut pas tout maîtriser, mais juste composer avec ce que la nature lui donne. J'y vois beaucoup d'affectif, d'amour même, celui d'un géniteur pour son dernier né. Un dernier né avec qui il redécouvre chaque étape de la création. Un dernier né avec qui il apprend à faire connaissance en goûtant, et re-goûtant, afin de mieux le comprendre, de mieux l'apprivoiser, et d'adapter ses choix techniques. Un dernier né encore tellement vulnérable, tellement dépendant de celui qui l'a fait, pas encore stable, pas encore détaché, pas encore prêt à affronter le monde.
C'est pourquoi, selon moi, le dernier millésime est souvent le meilleur.
A une semaine du coup d'envoi des primeurs, j'avais envie de me replonger dans le millésime 2009. Pour bien comprendre le millésime 2009 à Bordeaux, il convient de se remettre un peu dans l'ambiance. C'est ce que je vous propose de faire... demain!

8 commentaires:

Emilie a dit…

Vivement la suite!...
C'est vrai qu'on a toujours tendance à trouver le dernier né meilleur que les précédents.
Je pense, malgré tout, que 2009 a quelque chose en plus.
Mais l'élevage est encore long.
En tout cas, j'attends ton analyse du millésime avec impatience.
A demain!

Anonyme a dit…

Emilie, je pense que ce que 2009 a "en plus", c'est le travail de qualité qui "s'accumule" année après année dans le vignoble, permettant ainsi à la vigne d'être en condition de produire de meilleurs raisins quand une saison favorable se présente à nouveau, comme en 2009. Non?

Emilie a dit…

Je pense que tu as tout à fait raison. Les viticulteurs sont de plus en plus performants et savent profiter au mieux de ce que la nature leur donne.

Domdom a dit…

Le millésime, s'apparente pour moi a la valeur étalon, il est tellement compliqué de faire la part des choses, entre millésime, travail du vigneron, et vinification.
Ok 2009 a tout pour plaire a Bordeaux, mais les vignerons font du vin tout les ans et donc doivent vivre et donc vendre tout les ans.
Je suis pour ma part beaucoup plus ému sur des jolis 2002,2004 ou 2007 bien travaillés (en connaissant les conditions des millésimes), que sur un "facile" 2000, 2005 et bientôt 2009 (je n'ai pas encore déguster donc ....).
En règle générale, les 2005 par exemple ont était bus trop rapidement et ca c'est dramatique pour les vignerons qui auront vendus un vin, pas prêt a boire, trop tannique et concentré, loin d'être a son apogée.A part quelques amateurs passionnés et équipés pour la garde , qui aura profitera d'un 2005 et 2009 a leur apogé ? Pas grand monde malheureusement .

Anonyme a dit…

Bravo pour cette explication très sensible du lien qui unit le vin et ses artisans... Certains vont même jusqu'à dire "Sève et Sang liés, sinon point de Salut!"
A méditer...

Malgré ce lien difficilement descriptible qui nous lie à notre dernier millésime, il faut absolument rester objectif sur la qualité de nos vins, sinon nous ne pourrons pas progresser...

Rouge Blanc Bulles a dit…

Domdom, je comprends un peu votre point de vue, mais j'aimerais toutefois apporter quelques précisions.
Pour moi, la notion de "millésime", c'est le contexte. Et ce dernier change tous les ans. Le travail du vigneron, et sa manière de vinifier, c'est quelque chose qui dépend en effet de l'homme, de sa rigueur, de sa philosophie. C'est ce qui définit le style du vin, et ça, dans le fond, ça ne change pas. Ce n'est donc pas si difficile de faire la part des choses entre le millésime et le travail du vigneron, ce sont juste deux choses différentes.
Ensuite, je voulais également préciser que, contrairement à ce que l'on a tendance à penser, il n'y a pas de millésime facile. Tous les ans, c'est le même stress. Je comprends qu'a posteriori on puisse penser que 2000, 2005 et maintenant 2009 aient été des millésimes faciles, mais c'est faux. 2000 a été un millésime difficile à la vigne, avec une très forte pression mildiou. En 2005 il y a eu une très forte pression oïdium, et des fermentations rendues difficiles par des degrés élevés, avec tous les risques de déviation que cela implique. En 2009 pareil. Chaque année, la vinification doit être modulée, en fonction de la vendange, et cette adaptation du vigneron à sa récolte nécessite beaucoup de sensibilité, de finesse. Chaque année, c'est le travail du vigneron, à la vigne, et au chai, qui va faire la différence. Vraiment.

Domdom a dit…

@RBB
JE ne peux que suivre votre explication, et suis a 100% d'accord avec vous.

ce que je voulais pointer du doigt était seulement que chez 90% des consommateurs, le millésime est forcement une valeur qualitative (qui peut donner une idée mais qui n'est une valeur absolu). Et la c'est un problème pour le vigneron, enfermé dans la "Pubilicité" du dit millésime, et la mauvaise Pub des "petits millésimes".

Je pense juste que que de trop communiquer sur les millésimes (qu'il soient bons ou mauvais) peu poser problème en cas de catastrophe sur 3 années consécutives. Surtout pour les petites structures.

j'ai bien pris soin de mon précédent commentaire de bien mettre entre guillemets le mot Facile. Car bien évidement, même 2009 a était compliqué dans les chais (taux en alcool très élevé en autre).

Rouge Blanc Bulles a dit…

@ Domdom
De mon point de vue, l'effet millésime (entendez par là la notoriété du millésime) est important sur les Grands Crus et assimilés essentiellement (impact sur la capacité de vieillissement). Je ne suis pas certaine que beaucoup de personnes ayant acheté du Latour 2005 l'ait déjà bu. Mais je peux très bien me tromper.
En revanche, dans une "petite propriété" (je veux dire non Cru Classé), je trouve que l'impact millésime est moins fort. D'une part parce que ce ne sont pas des vins de longue garde, d'autre part parce que le prix n'est pas tellement différent d'un millésime à l'autre, et je trouve que dans un certain niveau de gamme, les gens ne regardent pas vraiment le millésime.
Pour moi, c'est quand le vin est mauvais que c'est catastrophique dans les petites structures, pas quand le "millésime" n'est pas réputé.

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