mercredi 24 mars 2010

Rouge? Blanc? Liquoreux!

Alors, au vu de ces conditions, que penser du millésime 2009 en rouge, en blanc et en liquoreux?
En Rouge
Denis Dubourdieu rappelle que 5 conditions sont nécessaires à l'obtention d'un grand millésime de Bordeaux rouge:
  • 1 et 2: une floraison et une nouaison par temps chaud et sec
  • 3: une véraison homogène, se déroulant après arrêt de la croissance végétative de la vigne.
  • 4: une maturation complète (technologique et phénolique)
  • 5: de bonnes conditions de vendange.
Selon lui, si 2005 remplissait parfaitement ces 5 conditions, 2009 aurait moins bien rempli, sur certains secteurs, les conditions 3 et 4, car:
  • l'arrêt de croissance de la vigne avant la véraison aurait été moins franc et général que 2005.
  • Dans certaines situations, la vigne a trop souffert de la sécheresse du mois d'août au point que sa maturation en a été affectée.
Il est vrai que dans des conditions de sécheresse, comme 2009, on observe obligatoirement une certaine hétérogénéité. Hétérogénéité due à une sensibilité à la sécheresse plus ou moins marquée selon le terroir surtout, ainsi que selon l'âge des vignes, leur vigueur, leur charge. Hétérogénéité due également à la variabilité des précipitations d'un secteur à l'autre.
Ainsi, Denis Dubourdieu dit du millésime 2009 en rouge qu'il est GRAND. Juste grand, pas exceptionnel. Pourquoi? Parce qu'il distingue un millésime exceptionnel (comme 2005, grand sur l'ensemble de la région) d'un millésime permettant de produire des vins d'exception (essentiellement sur les grands terroirs). On a là la vision du "professeur" qui se livre à l'exercice difficile de l'évaluation globale d'un millésime sur l'ensemble de la région. Jacques et Eric Boissenot (grands oenologues conseils du médoc, il faudra que je vous en reparle un jour) semblent toutefois assez d'accord avec cette analyse. Pour eux, là où c'est réussi, c'est exceptionnel. Mais ce n'est pas exceptionnel partout. Jacques Boissenot, pendant les vendanges rapprochait 2009 de 1982. Enfin, David Pernet, se basant sur les conditions climatiques du millésime, compare 2009 à 2000.

En blanc
Pour les blancs, les conditions de réussite d'un millésime diffèrent des rouges. "La réussite des vins blancs secs de garde nécessite des raisins sucrés, suffisamment acides, peu tanniques et riches en précurseurs d'arômes. Un climat trop chaud et des sols trop secs après la véraison sont défavorables"rappelle Denis Dubourdieu. Les nuits relativement fraîches d'août et septembre ont permis de préserver (un peu) l'acidité et le fruit des blancs. Cependant les températures du mois d'août ont été trop élevées pour que le caractère typique du sauvignon soit réellement mis en valeur. Ces températures élevées ont également entraîné une dégradation de l'acidité dans les baies, ainsi les blancs 2009 se caractérisent davantage par leur puissance que par leur fraîcheur.
Pour Denis Dubourdieu, 2009 est ainsi un BON millésime en blanc (mais pas grand). Pour David Pernet "les blancs seront puissants, mais moins aériens qu'en 2008".

En liquoreux
Pour les liquoreux, ce sont les conditions d'installation de Botrytis Cinerea, champignon responsable de la pourriture noble qui vont faire toute la différence. Les pluies du 18 au 20 septembre, suivies de brumes et brouillards matinaux, ont permis au champignon de s'installer sur des raisins déjà très mûrs, dans des conditions tout à fait exceptionnelles. La longue période ensoleillée et sèche qui a suivi a permis d'en tirer le meilleur parti. Pour Denis Dubourdieu, 2009 est une "véritable illustration de la légende de Sauternes". C'est selon lui un millésime PRODIGIEUX en liquoreux.

Voici donc pour les données scientifiques (objectives?), permettant de mieux appréhender le millésime. Les dégustations primeurs la semaine prochaine donneront déjà un petit aperçu du potentiel de 2009. Le reste, l'avenir nous le dira...

Sigalas-Rabaud 2009, en cours d'élevage...

23 commentaires:

Jacques M a dit…

J'aime cette notion de "prodige" dans votre description du millésime 2009 pour les vins liquoreux.
C'est toute la magie du tandem grand terroir-grand millésime, un vin au delà du grand. Au delà des mots. Le Génie à l'état pur.
La part de rêve qui fait toute la différence entre les grands terroirs,... et les autres. Cette part de rêve que tout le travail du monde ne peut remplacer.

Très belle photo, zen. Lumière douce. On aimerait presque être à la place de ce sigalas. Vous posez un beau regard sur ce chais.

Rouge Blanc Bulles a dit…

Sans doute parce que Sigalas est un vin que j'aime beaucoup.

laurentg a dit…

Merci pour ces récits, RBB ...

Mini verticale Sigalas-Rabaud (2003/1997) :
http://www.invinoveritastoulouse.fr/index.php/degustations-de-vins-divers/20080108-degustation-didier-sanchez-roulot-boxler-francois-cotat-etc.html

2009 plus grand que 2001 (cf le coffre incroyable d'Yquem 2001) ?

Emilie a dit…

Comme dit un de mes amis, on ne boit pas du Sauternes tous les jours. Autant se faire plaisir avec les grands millésimes : un peu de 1997, un peu 2001, et un peu de 2009. Et hop, le fond de roulement est assuré!
J'ai souvent tendance à l'écouter quand il s'agit d'achat de vin...

Emilie a dit…

Et pour les rouges, attendons les dégustations primeurs pour voir les grandes tendances qui se dégagent.

En tout cas, en ce qui concerne les Margaux, je trouve que 2009 leur permet de retrouver leur typicité quelque peu perdue depuis les excès de 2005 : des tanins suaves, ronds , soyeux, un fruit très concentré, un bel équilibre. Mais pas d'opulence. Finesse et élégance. Pas de surpuissance.

laurentg a dit…

Emilie,

Il est vrai que les meilleurs 2005 sont riches en tout (matière, acidité, tannins).

J'ai trouvé très récemment Brane-Cantenac 2005 d'un équilibre généreux splendide !
Cantenac-Brown 2005 (sur 2 dégustations en novembre 2007 puis mars 2010) m'a semblé un peu déficient en matière, pour autant.
Et Margaux 2005 en primeur était considérable : racé, puissant et fin (un Janus).

Pour être explicite :
Margaux : Château Brane-Cantenac 2005 - 13° - 5 mars 2010 (synthèse par Maxime France)
(51% Cabernet-Sauvignon, 43% Merlot, 6% Cabernet-Franc)
L’après-midi : DS17+ - CD17.
Le soir : DS17+ - PC16,5 - LG17 - MF17.
L'olfaction se fait profonde bien que retenue, on y décèle notamment des fragrances de gelée de cassis, de pivoine et de cèdre. La bouche est à la fois mûre et fraîche, charnue et de belle finesse et dotée d'une matière des plus sérieuses. La finale à la sensation minérale suggérant le graphite vient clore la dégustation sur une note élégante. Une très belle bouteille, à la silhouette fuselée, racée en diable, et tout à fait à la hauteur de la (juste!) réputation du millésime.

Emilie a dit…

Merci Laurentg pour ces préicions.
J'ai d'ailleurs une bouteille de Brane Cantenac 2005 dans ma cave.
Vous me donnez envie de la découvrir. Ce sera une nouvelle fois l'occasion de faire un bon dîner entre amis passionnés de vin!

laurentg a dit…

"Ce sera une nouvelle fois l'occasion de faire un bon dîner entre amis passionnés de vin!"

Je comprends :-)

http://www.brane-cantenac.com/blog-brane-cantenac/index.php?2010/03/11/244-in-vino-veritas-toulouse-et-une-verticale-de-brane

laurentg a dit…

Emilie,

J'avoue qu'il est tentant (à l'aveugle) de partir au Sud de la France sur certains Bordeaux 2005.

laurentg a dit…

Emilie,

Il est tentant, à l'aveugle, de partir au Sud de la France sur certains Bordeaux 2005.

Algernon a dit…

Je comprends qu'un millésime chaud (comme 2005) puisse, dans sa jeunesse, évoquer des vins plus méridionaux. Il me semble toutefois que ce caractère solaire fait le plus souvent partie des grands millésimes de bordeaux. A mon sens, il ne trahit pas, surtout à l'évolution, le caractère des vins de la région. Un millésime comme 2003 est de ce point de vue une exception.

laurentg a dit…

Algernon,

J'ai dit plus haut et ailleurs le déséquilibre de pas mal de 2003 (tannins saillants, pointe sèche en finale).
J'ai trouvé ce défaut sur quelques 2005 également.
On trouve des splendeurs à la fois sur 1989 (Haut-Brion, Missions Haut-Brion)), 1982 (Cheval-Blanc), 1990 (Margaux) et aussi en plus frais sur 1988 (Lafite).

Algernon a dit…

@Laurentg, il semble que nous soyons d'accords sur le fond. Oui, 2003 est fondamentalement atypique (quoique pas partout). Mais 2003 mis à part, la plupart des grands millésimes de Bordeaux sont chauds et nous offrent de grands vins de garde, typiques, dont ceux (élitistes, vous avez de la chance) que vous citez en exemple.

laurentg a dit…

Je ne bois heureusement pas que ces vins-là ... :-)

Mais parfois en effet, la hiérarchie fait sens !

(les grands 82, je les vois plutôt rive droite)

Algernon a dit…

@RBB - j'entends de plus en plus parler de Sigalas Rabaud, ce qui m'étonne car j'en avais l'image d'un cru un peu confidentiel, et traditionnel, ce qui n'est pas toujours positif.
La propriété a-t-elle changé de mains?

Rouge Blanc Bulles a dit…

@ Laurentg, ou devrais-je dire "IVV"? :-)
2009 sera peut-être aussi bon que 2001, peut-être meilleur, qui sait? Réponse dans 10, 20... 30 ans et plus!

@ Emilie: Il a l'air de bon conseil ton ami dis donc! ;-)

@ Algernon:
Quelques petits changements:
- changement de génération, avec l'arrivée de Laure Compeyrot, fille du marquis de Lambert des Granges.
- changement d'oenologue conseil (désormais, c'est Eric Boissenot qui intervient à Sigalas)
- changement de mode de commercialisation, de communication, ...

laurentg a dit…

RBB,

"Laurentg, ou devrais-je dire "IVV"?"

A votre guise, RBB (ou Anne-Laurence ?). :-)
Je tiens à mentionner mes partenaires d'IVV quand cela s'avère pertinent.

laurentg a dit…

Le vin de mon ami Eric Fonta (en attendant la cuvée Plénitude) :

Graves Château Léhoul 2004 : 15,5/16 - 25/3/10
Joli nez empyreumatique : moka, fruits noirs, réglisse, graphite.
Matière agréable, sapide. Finesse de grain, velouté, maturité et fraîcheur, persistance des goûts.

Fabrice a dit…

Personnellement, sachant que ce millésime 2009 est à peine mis en bouteille, j'en parlerai quand je l'aurai goûté ! Le reste... Comme chaque année, comme à chaque millésime, on lui prédit un grand avenir : personnellement, je pense qu'on a un peu surévalué 2005 et sous-évalué 2007 (au tout début). Les enjeux économiques étant tels que la notion de subjectivité n'est plus tellement dans la profession. Et puis jugeons un millésime dans le temps. Pourquoi se précipiter à évaluer un vin qui n'est même pas terminé ? Aujourd'hui, parlons de 2003, 2001, 1998, 1989.

Xavier D. a dit…

Fabrice, je comprends votre point de vue et mesure le côté agaçant de ces jugements empressés sur le nouveau millésime. Pourtant, il faut bien reconnaitre que dés les vendanges, on connait le potentiel des raisins, et des vins qu'ils vont produire. On connait les conditions météo de la campagne. On connait donc le potentiel du millésime. Ce qui me semble plus difficile, c'est l'exercice de comparaison par rapport aux millésimes passés.

Rouge Blanc Bulles a dit…

@ Fabrice
"sous-évalué 2007": Je ne pense pas. Sur les 5 conditions nécessaires à l'obtention d'un grand Bordeaux rouge (cf plus haut), seule la dernière a été remplie (de bonnes conditions de vendange...), sauvant le millésime. En revanche, cela n'empêche pas certains vins d'être bons, parce que vignes très bien travaillées etc. Mais "bon" ne veut pas dire "grand". 2007 n'a pas été sous-évalué, non, vraiment je ne crois pas.
Remarque très juste de Xavier D "dès les vendanges on connaît le potentiel des raisins, et des vins qu'ils vont produire". Il n'y a pas vraiment de secret là dessus. Les conditions météorologiques d'un millésime sont très parlantes. Vous le dites vous même dans votre commentaire sur le billet précédent: les conditions climatiques, autrement dit l'"histoire" du millésime, "nous éclaire sur la typicité et la trame" du vin.
On est là pour parler de ce millésime en toute décontraction, il n'y a pas d'enjeu derrière (pas sur RBB!), donc ce post était effectivement là pour "éclairer" un peu sur ce millésime (du siècle! :-)), avec des faits OBJECTIFS. Je donnerai peut-être (et peut-être pas) un avis sur quelques vins la semaine prochaine, en toute subjectivité!
Quant au fait de parler d'autres millésimes, parlons en! Vous remarquerez que la plupart des commentaires portent sur d'autres millésimes, justement. Et je trouve ça vraiment sympa d'ailleurs, amusant même! Tous ces petits débats sur les millésimes passés reviennent toujours au moment des primeurs, et je trouve ça génial.
On peut dire ce qu'on veut sur Bordeaux, quand on voit l'émulation de cette ville au moment des primeurs, on comprend toute sa magie.

laurentg a dit…

Fabrice,

J'ai récemment goûté sur Toulouse pas mal de 2007 un peu faiblards tout de même !

laurentg a dit…

Pour moi hier soir un somptueux Sigalas-Rabaud 1914, d'une vitalité parfumée incroyable !

Merci, Roger ! :-)

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