mercredi 14 avril 2010

Les vins du Languedoc à travers le temps...

Une cave, deux possibilités:
  • on note rigoureusement, consciencieusement, minutieusement, méthodiquement, chaque bouteille entrée et sortie, afin de bien maîtriser sa cave, d'optimiser ses dégustations, de ne pas perdre une bouteille.
  • on entasse, en rangeant de temps en temps mais jamais complètement, en se disant à chaque fois "il faudrait" (ranger, ordonner, compter, noter, enregistrer, ...) mais en ne faisant jamais, on fait un tri de temps en temps, et on entasse à nouveau.
Chez moi, c'est plutôt la deuxième option... Ce qui est bien, c'est que ça permet de garder des bouteilles, de les faire vieillir, de les oublier pendant un laps de temps pour pouvoir le déguster "à maturité" (encore faut-il savoir quand est la maturité, mais ça c'est une autre question). Ce qui n'est pas bien, c'est précisément la même chose (garder des bouteilles, les faire vieillir, les oublier), mais pas avec les mêmes vins... Alors de temps en temps on met la main sur une bouteille en se disant "mince, celle là, je crois qu'on l'a perdue". Ayant récemment entrepris de faire un peu de tri dans la cave (pour mieux entasser!), j'ai retrouvé un Mas Bruguière La Grenadière 1999. Alors, perdu ou gagné?

1999: pas un grand millésime dans le Languedoc. Mas Bruguière, appellation Coteaux du Languedoc Cru Pic Saint Loup: une référence dans l'appellation, et un vin que j'aime bien habituellement. La bouteille a donc été ouverte avec une petite crainte, un petit doute, un léger scepticisme disons le. A tort! C'était dé-li-cieux! Un premier nez de graphite, puis de rose et de violette. Une bouche tout en fraîcheur, pleine, avec des arômes gourmands de violette, d'olive, d'herbes fraîches. Une belle longueur. Un vin plein, frais et élégant, racé... Très joli. J'ai beaucoup aimé!
Parmi les domaines du cru Pic Saint Loup, Mas Bruguière est le voisin le plus proche du Domaine de l'Hortus (à peine 500 mètres), dont j'ai déjà eu l'occasion de parler ici. On est donc bien dans ce petit paradis terrestre, ce joyau de la nature, cet écrin sauvage construit dans la roche et recouvert de vignes, de garrigue et de bois. Pour moi le cru Pic Saint Loup, c'est cet endroit précisément. D'un côté le Pic Saint Loup, de l'autre les falaises de l'Hortus... On se sent si petit à côté, et c'est tellement beau... Mas Bruguière est une des plus anciennes propriétés du cru, puisque la vigne y est cultivée depuis la révolution. Dans les années 50, Albert Bruguière participera à la création du syndicat du Pic Saint Loup. Mais c'est Guilhem Bruguière, arrivé sur la propriété en 1973, qui donnera un grand élan qualitatif à cette propriété familiale. Il agrandit le domaine, entreprend un gros travail de défrichage, et de replantation, comme son voisin Jean Orliac avec qui il s'est lié d'amitié. Nous sommes en plein dans le renouveau des vins du Languedoc, la renaissance viticole de cette région, grâce à l'arrivée de visionnaires, les fameux pionniers... Les deux hommes auront largement contribué à la renommée des vins du Pic Saint Loup. En 1986, Guilhem Bruguière vinifie la totalité de sa récolte au domaine: ce sont les premiers vins "Mas Bruguière". Depuis 1999, c'est Xavier Bruguière, 6ème génération, qui est aux commandes, continuant avec respect le travail de son père. Aujourd'hui, le domaine est en cours de conversion à l'agriculture biologique.
Les falaises de l'Hortus vues du Pic Saint Loup. Je ne m'en lasse (toujours) pas...
Mas Bruguière représente 20 hectares. Le domaine produit 5 vins, dont 80% en rouge:
  • un blanc: Les Mûriers, élaboré à partir de 80% de roussane et 20% marsanne.
  • un rosé de saignée
  • Calcadiz et L'Arbouse: élaborés à partir de syrah et grenache, ces deux vins sont élevés en cuves, à boire jeunes, sur le fruit.
  • La Grenadière: composé de 60% de syrah, 20% de grenache et 20% de mourvèdre, cette cuvée est élevé 12 mois en barriques de 225 l, dont 1/3 de barriques neuves.
  • Le Septième: élaboré à partir de 90% de mourvèdre, complété par 10% syrah, cette cuvée récente est élevée 24 mois en barriques de 225 l.
Mas Jullien 98, Domaine de l'Hortus 98, Domaine Peyre Rose cuvée Syrah Léone 98, la Réserve les Bastides d'Alquier 98, tous dégustés récemment, étaient déjà la preuve que les grands vins du Languedoc ont un potentiel de garde certain. Oui, mais c'était 98 (grand millésime dans la région), me disaient certains (et même des locaux!), résignés. La Grange des pères 95 le prouve aussi (oui mais c'est la Grange des Pères, allez je vous l'accorde). Et bien Mas Bruguière La Grenadière 99 nous le confirme cette fois: oui, les vins du Languedoc peuvent eux aussi se bonifier avec le temps!
Mas Bruguière La Grenadière, AOC Coteaux du Languedoc, Cru Pic Saint Loup, environ 16,50€

18 commentaires:

laurentg a dit…

1999 n'est pas un mauvais millésime dans cette région.

Certains 1999 sont bien meilleurs, plus frais, que les 1998 (annoncés en fanfare, en mode primeur, comme à Bordeaux).

Iris a dit…

Je me reconnais aussi dans la deuxième catégorie de "gestionnaires" de cave:-). J'entasse les cartons, j'essaye de ranger du temps en temps, en éliminant les cartons presque vides, et cela donne des nouveau cartons aux inscriptions un peu énigmatiques genre: blancs, vieux rouges, rouges moyens, très bon vin....ou des collections hasardeuses, où une bouteille de la Grange des Pères côtoie deux ou trois millésimes de l'ami Serge, du Daumas 1993, que je n'ai jamais trouvé "à point", etc...

Les "moyens" posent problème: je bois trop peu, pour vouloir me gâcher le moment avec simplement du moyen, et je respecte trop mes amis et visiteurs, pour les ouvrir pour eux, même si je sais parfois, qu'ils ne feront pas la différence.

Mas Brugière m'évoque la préhistoire des vinifications à Lisson, au milieu des années 1980, bien avant la plantation sur la colline, nos premières essais avec des raisins d'œillade d'un petit fermage - nous y avions récupéré deux vieux demi-muids, pour les utiliser debout comme cuves ouvertes, avec piégeage au pieds et tout le folklore:-). J'ai aussi beaucoup aimé leurs vins, goûtés beaucoup plus tard à l'occasion de Vinisud et je serais curieuse, de mettre la main sur la cuvée 90% de Mourvèdre, comme tu peux t'imaginer.

Pour l'aptitude au vieillissement des vins du Languedoc, je ne me suis jamais trop posé de question. Quand ils sont fait pour, à la vigne et à la cave, comme chez nous et d'autres depuis longtemps, il n'y a aucune raison, pourquoi ils ne l'auront pas, cette possibilité de vieillir avec grâce et en se bonifiant.

Et le classifier simplement sur une carte de millésime, comme c'était la mode dans les guides, style grande année, année moyenne, est beaucoup trop aléatoire à mon avis dans une région, qui compte tant de terroirs, vinificateurs et cépages différents.

Je parie, qu'il y a pleins de vins du Languedoc, qui ont magnifiquement traversés le temps, rangeons nos caves, pour les découvrir:-)!

Jacques Perrin a dit…

Merci pour cet article, Anne-Laurence. c'est un endroit que j'aime particulièrement et dont j'ai écumé les falaises, surtout celle de l'Hortus. J'aime les vins et certains sont en train d'accéder à la grande dimension.

laurentg a dit…

Où en sont vos 99, Iris ?

Souvenir de Echelles de Lisson 1999 en 2007.
Et aussi Abbé Rozier 98.

Les Brunes 98, Maghani 98, Valinière 98, Grange des Pères, Daumas 98 (qui vieillit bien) : Voilà ce qu'il me reste - merci à mon livre de cave :-))))))

Iris a dit…

Laurent, il faudra que je regarde, ce qui me reste de la maigre réserve personnelle, que j'en avais gardé en cave.

Les échos sur le Clos du Curé (Pinot) 1999 ces dernières 3 années, que les amateurs m'ont communiqué par mail ou téléphone, étaient plutôt flatteurs...mais j'ai bien l'impression, que la majorité de mes clients respecte mes conseils d'attendre au moins 8 à 10 ans, pour les ouvrir, surtout pour les Mourvèdres et l'assemblage des Cabernets:-).

C'est le problème, quand on ne travaille pas avec les cépages recommandés pour la région, genre Syrah, Grenache, qui se vinifient et dégustent beaucoup plus facilement jeunes et sur le fruit...

Je me rappelle bien tes maigres notes sur 20 pour mes vins, publiés sur le web à plusieurs endroits - d'ailleurs presque les seules de ce genre, qu'on trouve, en tapant les noms des cuvées sur Google.

Rouge Blanc Bulles a dit…

@ Laurentg:
Quand je m'avance sur l'appréciation d'un millésime, je me base sur ce que me disent les producteurs eux mêmes, les professionnels de la région. C'est de leur ressenti dont je parle, et je pense qu'ils sont les plus à même de parler de la qualité d'un millésime. Donc, d'après eux, 99 a été un millésime très difficile, alors que 98, toujours selon eux et 12 ans après donc hors "fanfare" primeurs, est un grand millésime. Personnellement, les quelques 98 que j'ai goûté ne m'ont pas paru manquer de fraîcheur, loin de là...
Quant au livre de cave, c'est marrant, je ne suis pas étonnée...

@ Iris:
J'ai goûté il y a quelque temps "le septième", mais je n'ai pas été très séduite par ce vin. Il faudra que je le regoûte, à l'occasion, mais j'ai le souvenir d'un vin trop boisé (je souris car je pense à certains de mes lecteurs, amis en l'occurrence, qui se diront en lisant ces lignes que j'ai un réel problème avec le bois... Oui, c'est vrai, c'est comme ça, je trouve toujours dommage de sentir le bois dans un vin). Je préfère le style de La Grenadière, que je trouve par ailleurs d'un très bon rapport qualité-prix.

@ Jacques:
Je me doutais bien que cet endroit te plaisait aussi. ;-) C'est un paradis!

laurentg a dit…

Iris,

Il y quelques commentaires sur le forum LPV.
Découvert vos vins par Philippe Catusse et aussi par mon ami Patrick Henquel.

Des vins en tout cas pas maquillés pour plaire à tout prix (et des choix drastiques en effet).

Et tous n'ont pas obtenu une maigre note :-)

laurentg a dit…

Anne-Laurence,

Il est intéressant de comparer les Châteauneufs sur 98 et 99 ...

Clos des Papes, Beaucastel (et Beaucastel Hommage à Jacques Perrin), Rayas ...
Pour moi, net avantage à 1999, contrairement à certains pronostics de spécialistes !

SCOkeshi a dit…

Je vis dans la région du Pic Sait Loup et je vous le confirme; cet endroit est magique. Si vous voulez le découvrir par vous même, je vous invite à participer aux balades Buissonnières en PSL qui ont lieu cette année le 12 et 13 juin. C'est un parcours oenologique et gastronomique à travers le vignoble de PSL. Un vrai régal pour les yeux et les papilles et vous pourrez déguster tous les vins de PSL et rencontrer les fiers artisans de ces bouteilles. Je pense que pour cette année (le 10ème anniversaire de cette manifestation), les inscriptions sont terminées mais tentez quand même votre chance auprès du syndicat des vignerons du Pic Saint Loup.

Xavier D. a dit…

Je peux témoigner que, malgré une chaleur potentiellement torride, l'escapade buissonnière dans les vignes du PSL mérite qu'on lui consacre un week-end.
Quant à toi, SCOkeshi,... je doute que tu en sois cette année !!!

Rouge Blanc Bulles a dit…

Ah moi aussi je confirme: superbe escapade! Que de beaux souvenirs...

Iris a dit…

Anne-Laurence@ - une Bordelaise qui n'aime pas le boisé - c'est au moins inhabituel:-). Mais je vous comprends - surtout là ou je goute le plus souvent mes vins: à la barrique au cours du longue élevage, je souffre aussi au plus tard à la troisième pipette tirée.

Heureusement pour les vins faits pour la garde, on peut prendre le temps, pour attendre la fusion complète des arômes, quand le bois est vraiment fondu avec le raisin. C'est du slow sur toute la ligne...ce n'est pas à la mode, mais cela vaut le coup. Il est difficile, d'élever des très petites quantités de vin longtemps autrement qu'en barriques, il y aura donc toujours un conflit entre la technique, qui s'impose par cette quantité, et le but recherché, qui n'est pas le maquillage du raisin, mais son expression...

Pour tous les autres commentataires: Pic Saint Loup- oui, un paysage vraiment magique, comme le Caroux et la Femme couché en face de mes vignes, qui me sont chers:-).

Domdom a dit…

@Iris
Ah les clichés !!!!

Il est vrai que les Bordelais aiment boire du bois du matin au soir.

Il n'y a qu'a voir les terrasses de café ......... les douelles remplacent les tartines dans le café le matin, ce n'est guère pratique, un peu encombrant, mais que c'est bon du bois a pleine bouche !!!
Les cannelés sont bel et bien has-been maintenant .
Tout cela n'est qu'ironie et humour, je déconseille fortement.
l'abus de douelles au petit dej est fortement déconseillé pour la santé buuco-dentaire.

laurentg a dit…

Il y a un immense Bordeaux, tout en longévité, élevé en cuve : Bel Air Marquis d'Aligre
http://dat.erobertparker.com/bboard/showthread.php?t=222847

Il y a aussi des vins du Languedoc lourds et boisés, presque imbuvables.

laurentg a dit…

Un très beau vin hier soir, stylé, puissant, farouche, encore plein de potentiel :
Peyre-Rose Marlène Soria Clos des Cistes 1998.

Rouge Blanc Bulles a dit…

@ Laurentg: 98 Laurent, 98! ;-) L'autre cuvée de Peyre-Rose, Syrah Leone, est également sublime en 98.

@ Iris: Ah mais Iris, je ne suis pas bordelaise!!! Et ceci dit, je connais pas mal de bordelais qui n'aiment pas les vins trop boisés, si si! :-)

Laurentg a dit…

Et oui, 98 ... mais dans ce qui se fait de mieux.

Mes dernières rencontres avec Syrah Léone 1998, en mars 2009 et septembre 2009, furent convaincante.

Anonyme a dit…

La Grenadière 2010 rouge
Nez : Le nez intense et complexe évoque la maturité du fruit en exprimant les fruits noirs très mûrs, le rouleau de réglisse et une belle suavité générale empreinte de densité.
Bouche : La bouche, bien construite, dense et profonde laisse apparaître de ce terroir particulièrement frais situé au pied du Pic St Loup, une fraîcheur remarquable. La maturité lente de cette zone, permet un équilibre entre la densité du volume, la puissance maitrisée des tanins et un fruité intense et gourmant. Les tanins parfaitement mûrs et intégrés par les 18 mois d’élevage en fût apportent une persistance longue et harmonieuse.
Un superbe souvenir...
http://www.lacavedelisa.com

Enregistrer un commentaire