lundi 5 avril 2010

Rencontre avec des 2009...

Voilà une belle semaine de passée. Une semaine d'émulation, d'excitation, de courses enivrantes, de dégustations passionnantes. Une semaine riche en découvertes, en retrouvailles, en rencontres. Rencontres avec des personnalités, rencontres avec des vins... Des vins à forte personnalité parfois, d'ailleurs. Non, je ne me suis pas écroulée à la fin de la semaine, comme pourrait le laisser penser ce silence. Juste besoin de prendre l'air, de souffler un peu, de respirer, de rêver. Rêver à ces vins, ceux qui m'ont interpellée. Les imaginer dans quelques années, les projeter, se projeter. Car c'est aussi ça l'exercice des dégustations primeurs: la projection. Est-ce que ce vin me plaira dans quelques années, est-ce que j'aurai envie d'en ouvrir une bouteille, est ce que j'aurai envie de le partager, est ce que j'aurai envie de le boire, ... ? Je repense à ces mots de Kierkegaard: "On ne peut comprendre la vie qu'en regardant en arrière. On ne peut la vivre qu'en regardant en avant". Je crois que j'ai bien vécu cette semaine, alors ;-). Aujourd'hui le millésime 2009 n'est que projection, et dans quelques années il ne sera que souvenirs...
Alors, ce millésime 2009... Je crois qu'effectivement, on peut parler d'hétérogénéité. Hétérogénéité liée au terroir, et à la localisation, c'est indéniable. Mais aussi hétérogénéité liée au style de vinification (des dates de vendanges à l'élevage, en passant par l'extraction). On se retrouve ainsi, sur une même appellation, avec des vins "chauds", et d'autres "verts". Oui, des blocages de maturité ont bien eu lieu, on le sent à ces tanins durs, et verts. Entre les deux, on trouve des vins superbes, profonds, élégants, droits, aux tanins fins et soyeux. Des vins stylés, racés. J'aime! Bon, je dois quand même vous avouer que j'ai eu un gros gros faible pour la rive gauche (sans réelle surprise, je sais...), et en rive gauche un coup de coeur pour l'appellation Saint-Julien, que j'ai trouvée la plus homogène. Quelques Pauillac m'ont également beaucoup parlé...
Pour les Sauternes, la différence de style se fait sentir dans l'équilibre. De très beaux vins dans l'ensemble, grands vins même, mais dont certains ne me parlent pas, parce que pas mon style (je n'ai jamais dit que j'étais objective!). Ah oui, mon style, c'est quoi? Je recherche dans un liquoreux l'acidité, la fraîcheur, et la pureté aromatique.
A propos d'objectivité: Non, je ne la revendique pas. D'autant plus que nous sommes dans une région où je connais un peu mieux les gens, les styles, les idées, la philosophie, la manière de faire. Quelques vins me laissent à penser que je garde quand même un certain recul, une certaine objectivité, malgré tout. Quelques vins que je n'ai pas goûtés à la hauteur de mes attentes. Je n'aime pas la pluie, je crois que les vins en cours d'élevage ne l'aiment pas plus que moi. Ah, cette météo...
Bon, à part Palmer, qui m'a subjuguée, et Calon-Ségur, que j'ai trouvé d'une élégance et d'une finesse incroyables (on aurait dit un Saint-Julien), je n'ai dégusté que les vins présentés lors des dégustations collectives. Allez, je vous livre mes coups de coeur?
Premier jour de dégustation: rive droite, sous la pluie. A l'Association des Crus Classés, mon gros gros coup de coeur, c'est le Château Fonroque. J'ai trouvé ce vin d'une verticalité incroyable, d'une belle élégance, d'une belle profondeur et d'une grande fraîcheur. Ce vin m'a vraiment séduite. J'ai adoré Grand Corbin Despagne également, un très beau vin, ample et profond.
Toujours rive droite, à l'Union des Grands Crus, mon gros coup de coeur est Canon. J'ai adoré sa structure, c'est celui qui m'a le plus parlé. Ensuite, j'ai beaucoup aimé:
  • Figeac, pour sa fraîcheur, son acidité, son style différent, prometteur.
  • Clos Fourtet, pour sa générosité, sa gourmandise, son élégance, un vin toujours fidèle à lui-même.
  • Larcis Ducasse, pour sa fraîcheur et son fruit.
A Pomerol, mon seul coup de coeur à l'Union des Grands Crus est La Conseillante, dont j'ai beaucoup aimé la structure et l'équilibre. Plus tard, j'ai goûté Mazeyres, dont j'ai trouvé l'équilibre superbe, sur l'acidité, avec beaucoup de fraîcheur.
Changement de jour, changement de rive, mais toujours de la pluie... A l'Alliance des Crus Bourgeois, quelques coups de coeur, parmi beaucoup de jolis vins, assez surprenants même:
  • Tour de Bessan, en Margaux, pour ses très jolis tanins, sa structure délicate, son fruit aussi, sa fraîcheur.
  • Brillette, en Moulis, pour ses tanins fins et élégants, son fruité également, sa gourmandise.
  • La Fleur Peyrabon en Pauillac, pour sa belle structure, sa belle matière, sa bouche ample, pleine.
  • Clauzet et Coutelin Merville, en Saint-Estèphe, pour leur structure très "médoc", charnue, et pour leur fraîcheur.
A Cantemerle, pour la dégustation des Moulis, Listrac et Haut-Médoc, je dois dire que le seul véritable coup de coeur que j'ai eu a été Poujeaux. J'adore la structure de ce vin, son caractère médocain, sa bouche ample et charnue, sa profondeur.
Puis direction Desmirail, pour la dégustation des Margaux. J'ai trouvé l'appellation très hétérogène. Trois coups de coeur:
  • Brane-Cantenac, dans son style classique et très élégant que j'aime beaucoup. "Just Brane"... ;-)
  • Giscours, dans un style "brut de décoffrage" assez caractéristique du vin (pour moi en tout cas), que j'aime assez bien je dois dire. Un vin très viril, le plus charnu des Margaux sans doute, dans un style presque opposé à Brane.
  • Monbrison, pour la personnalité de ce vin, sa finesse, sa gourmandise, son élégance, et sa constance.
(Ce jour là, j'ai terminé par les Sauternes, mais je vais rester sur les rouges, et je vous en parle après.)
Troisième jour de dégustation, cap vers Batailley pour la dégustation des Saint-Julien, Pauillac et Saint-Estèphe. Il est vrai qu'il pleuvait un peu moins, ce facteur est sans doute à prendre en compte. Mais la météo ne fait peut être pas tout quand même... J'ai a-do-ré cette dégustation. Bon, l'appellation Saint-Estèphe un peu moins, il est vrai. Un coup de coeur quand même pour Lafon-Rochet, dont la matière et la profondeur m'ont beaucoup plu.
A Pauillac, j'ai eu un réel coup de coeur pour les deux Pichon, dans deux styles très différents:
  • l'un plus austère (mais j'aime les vins austères...), Pichon-Longueville, assez fermé ce jour là, mais profond, terriblement médocain, un vin qui me plaît, qui m'interpelle, qui me donne envie d'y revenir, de mieux le connaître. J'aime vraiment trouver cette part de mystère dans un vin, comme dans Palmer 2009.
  • l'autre plus "civilisé", plus élégant peut-être, plus féminin sans doute, avec ses tanins d'une très grande finesse, Pichon-Lalande.
A Saint-Julien, je crois que j'ai aimé tous les vins (enfin presque). J'ai trouvé que c'était incontestablement l'appellation la plus homogène. Trois coups de coeur cependant:
  • Lagrange, que j'ai trouvé d'une grande élégance, avec une très belle structure.
  • Léoville-Barton, qui ce jour là était plus dans l'opulence que dans l'élégance, mais avec un très bel équilibre, une grande fraîcheur, et une bouche ample et profonde.
  • Gruaud-Larose, surprenant, un très joli vin, bien médocain, avec une belle structure, une belle profondeur, une finale longue.
(Si vous saviez comme j'ai hâte de goûter Léoville Las Cases depuis cette dégustation...)
Et je termine (enfin!) par les Sauternes. De très très beaux vins, en effet... Une mention spéciale pour Fargues, pour sa liqueur divinement suave, sa puissance et sa pureté aromatique. Mais à la recherche d'acidité, j'ai été plus subjuguée par Lafaurie-Peyraguey, Doisy Daëne et surtout, surtout Sigalas-Rabaud. J'ai trouvé ce vin d'une immense pureté, complexité, subtilité même, d'une grande finesse, d'une grande élégance. De la haute couture. Vraiment.
Tout cela m'a donné une terrible envie de Bordeaux, mais j'ai besoin d'une pause, alors je m'en vais de ce pas déguster un Clos La Néore 2007, en écoutant... Hmm, allez Didier Squiban, pour encore mieux me ressourcer! A la vôtre!

33 commentaires:

laurentg a dit…

Merci pour ces pistes, Anne-Laurence ...

Néore 2007, c'est très bon et cela rassérène à coup sûr.

Je goûte LLC 2009 jeudi :-)

chateau a dit…

Salut Anne Laurence,
je suis super d accord pour les Saint Julien ,
j ai bien aimé à Margaux Kirwan et Dauzac!
a bientot
a+
Stef DUPUCH

Rouge Blanc Bulles a dit…

@ Laurentg: Finalement pas fan de Néore, un peu trop déviant pour bien rasséréner, pas assez pur et droit, pour moi.

@ Stef Dupuch: Je n'ai pas trouvé ton Peyredon à l'Alliance! Je crois que je vais venir le goûter sur place... comme les grands!

laurentg a dit…

Anne-Laurence,

Vous avez goûté la version VT ? :-)

laurentg a dit…

Pour mes amis d'IVV Toulouse, St-Julien tient le haut du pavé, en effet, toutes appellations confondues (mais hors sauternes).

Nous verrons cela jeudi chez las Cases, après Latour, Lafite et Mouton et avant Ausone et Chevla-Blanc.

Emilie a dit…

Quel beau programme laurentg!

Vous avez de la chance de pouvoir déguster directement ces propriétés.

Effectivement, les Saint-Julien sont vraiment à un niveau d'exception sur ce millésime. Nul doute que Las Cases sera somptueux.

Rouge Blanc Bulles a dit…

@ Laurentg: Oui Laurent, la version VT. Il y avait pas mal de soufre en fait... ;-)

laurentg a dit…

Anne-Laurence,

Ah mais le soufre c'est autre chose, ma bonne dame ...

Emilie,

Nous sommes très malchanceux car Haut-Brion est déjà complet :-)

Rouge Blanc Bulles a dit…

@ Laurentg: Alors non pardon, pas la version VT... Mais version soufre quand même! :-)))

laurentg a dit…

J'ironisais sur une éventuelle VT ...

Cela dit, Néore 2003 est insolite
Sancerre Vatan Clos de la Néore 2003 : (15/20) – 5/9/08
Un vin pas facile à décrypter. Robe pâle (ce sera un indice). Nez en registre excentrique : pomme, poire (eau de vie), anis, résine, lavande. Beaucoup d’alcool en bouche, du sucre résiduel. Opulence, franchise et une très noble amertume au service du prolongement. Le millésime semble nettement avoir imposé son empreinte (évolution à suivre).
(le rouge est à goûter, aussi)

Néore 85 est assez gras.
Néore 2006 et 2008 pas faciles faciles à ce stade.
Néore 96 est un grand vin, comme vous les aimez ...

Emilie a dit…

Dommage pour le Haut-Brion! Il aurait été intéressant d'avoir votre impression sur ce vin. Personnellement, j'ai été très déçue par les primeurs de Pessac Léognan que j'ai pu déguster : des tanins serrés et beaucoup d'amertume en finale.
J'espère qu'ils se révèleront meilleurs au fur et à mesure de leur élévage.

laurentg a dit…

Dommage pour HB, MHB, Laville HB, Haut-Brion blanc ... (les 2005 y furent splendides).

De toute manière, un avis unique reste très précaire.

Il faudrait déguster plusieurs fois et ensuite attendre sereinement un vin à maturité.
Entre temps, pas mal d'eau coulera sous les ponts.

Rouge Blanc Bulles a dit…

@ Laurentg: Oui, j'avais bien compris. Moi aussi j'ironisais...

@ Emilie: Je crois que Haut-Brion et Mission Haut-Brion sont très grands. Pour les autres, comme toi, je n'ai pas eu de coup de coeur. Mais même si l'échantillon ne se présentait pas super bien, Haut-Bailly m'a interpellée quand même... Donc à revoir, en effet...

Jacques M. a dit…

Langueur nocturne, corps las, besoin de rêve et de repos.
Drapé dans la soie des tanins médocains, projeté dans le sommeil par l'idée de ces grands vins, je ne suis pas sur de compter jusqu'à 2009 avant de sombrer...

Anonyme a dit…

Excusez mon ignorance mais qu'est ce que la verticalité dans un vin?

Antoine A.

laurentg a dit…

Si je peux me permettre :

verticalité : profondeur de champ !

Rouge Blanc Bulles a dit…

@ Antoine A. : la verticalité, par opposition à l'horizontalité... La tenue longiligne, la posture droite, élégante et précise, l'élévation... Voilà ce que je mets derrière verticalité.

Rouge Blanc Bulles a dit…

Et by the way, Las Cases 2009, c'est grandiose!

laurentg a dit…

Moi, j'ai trouvé Latour 2009 (le voisin) grandiose ...

Vertical, racé, puissant, très long.

Je reviendrai fin avril goûter les très réussis St-Julien.

Hervé Lalau a dit…

Juste une petite réflexion. Je ne suis pas sûr que Sauternes soit le liquoreux qui se prête le mieux à la recherche de l'acidité. Jurançon, Pacherenc, Côteaux du Layon, Gaillac ou même Tokaj me semblent plus indiqués dans cette optique (et c'est aussi ce que je recherche, en général).


Hervé

laurentg a dit…

Hervé,

Gaillac/Mauzac n'est pas l'arcéhtype du liquoreux nerveux (mais il y a de belles exceptions : Plageoles, Lescarret, Rotier, Palvié, ...)

Pacherenc moins acide que Jurançon (encore un peu déçu avant-hier par Décembre 90 de Brumont, manquant de tonus).

Pour l'acidité, voir :
Vouvray/Montlouis (plus que layon)
Tokaji 6P
Madère
Riesling VT ou SGN
eiswein

Anonyme a dit…

Oui, bien sûr, aucun type d'appellation ne résiste à une analyse pointue par producteur. Mais je maintiens que le profil du Sauternes n'est pas nerveux.

Hervé

Rouge Blanc Bulles a dit…

@ Hervé: Ah mais Hervé, j'adore les Jurançon, avec un gros faible pour ceux de Chapelle de Rousse. Cela dit, j'ai eu la chance, le privilège, (l'honneur?) de goûter Yquem 75 cette semaine... Bonne acidité tout de même, très belle vivacité... Grande pureté de fruits aussi... Une merveille! Si la perfection existe en matière de liquoreux, je crois que nous n'en étions pas loin...

laurentg a dit…

Anne-Laurence,

Pour moi rencontre avec un succulent Climens 1975.
Les Bordeaux rouges 1975 ne sont pas aussi gourmands ! :-)

Clos Joliette (forever gone !) :
http://www.invinoveritastoulouse.fr/index.php/Thematique-Domaine/19980427-clos-joliette.html

http://www.invinoveritastoulouse.fr/index.php/Thematique-Domaine/20020916-verticale-clos-joliette-jurancon.html

Algernon a dit…

Climens 1975, un délice en effet (souvenir ému sur des crêpes suzettes). Climens de façon général est très grand, avec une aptitude stupéfiante à traverser le temps (je l'envie!).
Cela dit, pour avoir gouté les deux, je rejoins Anne-Laurence sur la (presque) perfection d'Yquem 1975.

laurentg a dit…

Pour un Climens presque parfait : 1988, 1971.

Algernon a dit…

et pour un climens parfait?

laurentg a dit…

Souvenir d'un sublime Climens 1966, en milieu de repas chez Pierre Gagnaire, sur ce plat :
Pavé de bar poché au laurier - Avocat, champignons de Paris, langoustines ; jus onctueux de pamplemousse - Huile d’olive Santa tea, foisonnée au miel du désert des Agriates.

Pas goûté le 2001 (d'Yquem 2001 ultime, avec une belle acidité hé hé), ni 2009 (pas encore). :-)

Algernon a dit…

Merci pour le conseil sur le 1966...

Il parait que le 2009 d'Yquem est un pur génie.

laurentg a dit…

Sandrine Garbay parle avec émotion du 2001 (qui est sublime).

Jacques Perrin fait de même avec le 2009.

Emilie a dit…

Pour Bérénice Lurton, le Climens parfait, c'est 1967.

laurentg a dit…

Il ne reste plus qu'à mon ami Vincent de nous le faire goûter demain sur Langon. :-)

laurentg a dit…

Bien, ce ne fut pas le 1967 mais le très décevant Climens 1999.

Cette bouteille lourdingue manquant sérieusement de netteté avec ses goûts iodés (pourriture grise ?).

Enregistrer un commentaire