mercredi 19 mai 2010

Piano, dentelle et pinot noir

Plus ça va, plus j'aime la Bourgogne. Et même si c'est grâce à un grand blanc de Bourgogne que j'ai commencé à aimer le vin blanc (et non, toutes les femmes ne préfèrent pas le vin blanc au vin rouge...), aujourd'hui j'ai vraiment un faible pour les rouges de cette région. Parce qu'un Bourgogne rouge, quand c'est grand, c'est vraiment grand...
Je ne sais pas où vous êtes vous, mais là tout de suite maintenant, je suis à Chambolle. Enfin Chambolle-Musigny. Ne pas oublier Musigny... Mmmusigny même. Ca c'est immense. Surtout celui du Comte Georges de Vogüé, un vin grandiose. J'ai une amie qui disait parfois d'un vin qu'il était "asta": "à s'taper le cul par terre" (j'adore!). Bon, et bien le Musigny (Mmmm... Musigny!) Vieilles Vignes Du Domaine Comte Georges de Vogüé, c'est asta! Mais ça y est, je dérive (ça c'est l'effet pinot noir), et l'on va bientôt me reprocher de parler chinois. Et ça, c'est justement ce que je ne veux pas. Donc, simplifions!
La commune de Chambolle-Musigny se trouve au coeur de la Côte de Nuits, entre Vougeot et Morey-St-Denis. Sur ce village, deux grands crus, dont un dont je viens de parler: Musigny, et Bonnes-Mares. Tout simplement magnifiques. Se trouvent également sur le vignoble de Chambolle 24 premiers crus (Les Amoureuses, Les Charmes, Les Baudes, Les Sentiers, ...). Superbes. Et "rien" qu' un Chambolle-Musigny Village (par exemple celui de... Roumier? Hmmm...) peut vous faire rêver. Parce que Chambolle, c'est magique. Un grand Chambolle, village, premier cru ou grand cru, vous emporte ailleurs, vous fait voyager, vous fait rêver. Vous le goûtez, le re-goûtez, vous ne cessez d'y revenir, parce que c'est bon, gouleyant, soyeux, subtil, c'est raffiné, élégant... Ah, l'élégance de Chambolle! Ce n'est pas pour rien que l'on dit des vins de Chambolle qu'ils sont de la dentelle. Oui, Chambolle, c'est la dentelle de Bourgogne, l'élégance du pinot noir, sa classe immense, et peut-être bien inégalable (...).
Qu'est ce qui confère ainsi cette finesse aux vins de Chambolle? Sans doute une proportion très importante de calcaire dans le sol. De nombreuses fissures également, des lignes de faille du Nord au Sud qui permettent ainsi un excellent drainage. Les grands crus de Chambolle, Musigny et Bonnes Mares sont quant à eux des vins plus puissants, plus charpentés, mais tout aussi élégants au vieillissement. Cette fois c'est la marne qui apporte ce caractère, et dans le cas de Musigny, une pente très raide.
Une fois que l'on sait tout ça, on n'a plus qu'à goûter, non? Non, malheureusement pas si simple. D'abord parce que, pour chaque appellation, le facteur humain est à prendre en compte. Or, le vignoble de Bourgogne est très morcelé. Sur un même climat, on peut donc avoir des qualités très variables d'un viticulteur à un autre. De plus, ce morcellement, ainsi que la petite taille des propriétés, rend les bouteilles difficilement accessibles.
Roumier, Mugnier, Groffier, Vogüé, Dujac sont des références dans la région de Chambolle. Je garde un excellent souvenir d'un Chambolle-Musigny Village du Domaine Georges Roumier, trouvé (par chance!) du côté d'Aix-en-Provence (ici). D'une très belle finesse, et d'une grande élégance. Goûté plus récemment, j'ai beaucoup aimé le Chambolle-Musigny 1er Cru Les Baudes de Sérafin Père et Fils. Une propriété plus confidentielle, à l'image de son discret propriétaire Christian Sérafin, mais aussi du fait de sa petite taille (5,5 ha), qui rendent les bouteilles plus rares (d'autant plus que 80% de ses vins sont vendus à l'export. D'ailleurs, cette bouteille avait été achetée en Angleterre, pour l'anecdote). Un vin un peu plus masculin, plus robuste, mais toujours élégant. Marqué par les fruits rouges, les épices, mais également la truffe, les sous-bois. Un joli vin, vraiment. J'ai également beaucoup apprécié le Chambolle-Musigny Les Clos de l'Orme 2002 de Sylvain Cathiard, où l'on retrouve encore une fois cette finesse, cette élégance, et puis cette buvabilité qu'ont les vins de Bourgogne.
Tiens, et pour rester un peu plus longtemps à Chambolle, on écoutera une musique tout aussi fine et élégante que les vins de ce village: Les variations Goldberg de Bach, par Glenn Gould (l'enregistrement de 1981 si possible, plus délicat, et les vins de Chambolle le valent bien): Que du bonheur! A la vôtre!


18 commentaires:

laurentg a dit…

J'ai en cave un Musigny 96 du Comte de Voguë en cave.

Je pense l'ouvrir dans qq semaines.

Ce sera bon ?

Iris a dit…

un article, que certains vont immanquablement classer comme "asta":-) - tes citations (ne ne cite plus j'pète les œufs)- vont devenir une image de marque:-)...

Je comprends et partage ton amour du Pinot - au point d'en avoir planté chez moi dans le Sud il y a 20 ans - sur du calcaire, et le plus haut possible - même si le climat ici ne permet pas toujours, de garder son côté aérien au Clos du Curé de Lisson. Toujours très mur, soleil et tout petit rendements obligent, il s'affiche plutôt dans la catégorie "robuste" et dense dans sa jeunesse et demande bien 10 ans, pour devenir buvable avec élégance:-). Du slow, quoi - comme la version des variations Goldberg, que tu nous propose en accompagnement idéale d'un Musigny - bien plus lente chez Gould en 1981 qu'en 1955 - et comme pour le vin: à 18 ans, j'étais éblouie de la fugue de son interprétation de jeunesse - 30 ans plus tard émue par la beauté de la lenteur, les notes, qui arrivent comme autant de perles, tendues sur un file, qui capte l'attention, mais qui emporte aussi vers la méditation... merci, de l'avoir associé!

laurentg a dit…

Le Chambertin 93 de Sérafin, bu l'année dernière, ne s'est jamais assagi.

Un style dur, extrait, sur une année difficile : on est loin de la grâce que peut atteindre ce cépage.

Rouge Blanc Bulles a dit…

@ Laurentg: Un Musigny 96 de Vogüé? J'imagine que ce sera bon oui! Quant au Chambertin 93 de Sérafin... On parle ici de Chambolle, pourquoi cette note négative?

@ Iris: Oui Iris, version bien plus lente, plus douce, plus légère, plus harmonieuse aussi. On ne s'en lasse pas. Cette musique est touchante, vraiment. En effet, elle emporte vers la méditation... Comme un verre de Chambolle! Décidément, mourvèdre, pinot noir, tu en as de la chance!

laurentg a dit…

Pour dire que le pinot est parfois traité avec une certaine sévérité, qu'il y a des millésimes difficiles (1996 en rouge avec par ex un Chambolle Amoureuses de Voguë qui m'avait paru très décevant).

J'ai cru comprendre que Sérafin avait donné des idées à Mortet et Dugat-Py.

Bref, il faudrait passer 10 ans sur la côte pour en faire le tour (et encore ...).

D'accord sur la grandeur du pinot qui peut entraîner dans les nues (un Chambolle Cras 2001 de Roumier par ex, ou une Romanée-Conti 2008).

Pour Sérafin, je ne sais pas le millésime que vous avez goûté.

Armand a dit…

Je suis un inconditionnel de Fréderic Munier où j'ai été avec les 2 Nicolas gouter ce qui était en futs

Rouge Blanc Bulles a dit…

@ Laurentg: Exact, j'ai oublié de préciser: 2001.

laurentg a dit…

Tiens ...

Salut, Armand ! :-)

Tu parles de Jacques-Frédéric Mugnier ?
Je regoûterais bien son Musigny 2001 un peu vieilli !

Rouge Blanc Bulles a dit…

Moi je le goûterais bien tout court (pas "re") son "Musigny 2001 un peu vieilli". Merci Armand pour ce conseil!

Armand a dit…

Laurent si le Domaine s'appelle "Jacques-Frédéric...", le propriétaire actuel c'est seulement "Frédéric..." et c'est de lui et ses vins que je suis fan

Christian Bétourné a dit…

Décidemment je vous trouve "asta"...
Avec tout le respect...

christian Bétourné a dit…

J'allais oublier. Merci aussi pour Bach revisité par Gould. Et ses petites extases qu'il murmure derrière les notes.
Un soir et les irradiations de la chandelle au travers du rubis d'un Chambolle, tandis que les ivoires Gouldiennes vous roulent sous la peau....

Jacques M. a dit…

Aaah Chambolle… dentelle de Bourgogne, comme vous avez raison. Tout un poème !

Raffinement, grâce, beauté, … le vin dans toute sa splendeur Féminine.
Certains « macho macho men » s'imaginent le vin dit « féminin » comme un vin léger, supposé plaire au femmes par sa simplicité et sa facilité. Voila qui est bien trivial. Ces hommes là n’aiment pas les femmes…

Le vin féminin, c’est le vin qui évoque la Femme : délicatesse, charme troublant, clarté incisive, profondeur envoutante semblable au regard dans lequel on se perd, parfum entêtant, images fugitives qui défilent pour se cristalliser sur un sourire : celui de la femme qu’on aime.

C’est une certitude, s’il est un vin « Femme » parmi tous les vins, c’est bien celui là, c’est bien le vin de Chambolle.

Anonyme a dit…

moi qui fut un temps un tantinet féministe (mais on s'assagit avec l'âge), il me tarde de goûter ces Chambolle . Belle définition de la femme Monsieur Jacques M.

Rouge Blanc Bulles a dit…

Très belle définition de la femme, en effet... Et des Chambolle, par la même occasion! Merci!

Bourgogne Live a dit…

Véronique Drouhin a confié également à Jean-Luc Petitrenaud lors de son émission à Beaune que pour elle c'était aussi le Chambolle-Musigny ...et qu'elle avait rêvé enfant d'être pianiste!

http://www.bourgogne-live.com/2010/05/jean-luc-petitrenaud-fait-une-escapade-a-beaune-sur-france-5/

Anonyme a dit…

Vous dites: J'ai une amie qui disait parfois d'un vin qu'il était "asta": "à s'taper le cul par terre", je pense que cela doit être très douloureux. Si vous aimez souffrir, c'est votre choix ! Quand un vin me plait, je préfère dire : J'ai les doigts de pieds en éventail, c'est si bon...

The Helvète underground

Rouge Blanc Bulles a dit…

Pas très douloureux non... Mais c'est peut être davantage une expression pour les femmes... qui ont en général les fesses plus rebondies que les hommes... :)))

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