vendredi 25 juin 2010

Vendredi du Vin # 27: Le vin Médecin de l'Amour

Pour cette nouvelle session des Vendredis du Vin (les Vendredis du Vin ont lieu tous les derniers vendredis du mois, pour rappel), la 27ème, Michel Smith, président du mois, nous a lancé un cri du coeur: "Trouvez-moi un Vin Médecin de l'Amour !" Mais c'est quoi, un vin "Médecin de l'Amour"? Pour Michel, le vin médecin de l'amour, est "un philtre qui guérit mes petites misères sentimentales, celui qui raccommode les coeurs en peine, qui chasse le spleen amoureux, qui soigne les affres de l'éloignement de l'être cher, qui rafistole les crises de manque et qui soulage le vague à l'âme tout en permettant de penser à Elle/Lui".
Alors, j'ai bien réfléchi... Pour guérir mes petites misères, moi, il me faudrait de la chaleur, du soleil, de la gourmandise, de l'exotisme, et puis une petite note de fraîcheur venue de l'Atlantique. Il me faut un brin d'évasion, sans perdre complètement mes repères... Tout cela, je l'ai trouvé en Espagne, dans une Solera East India, de Lustau. Une magnifique couleur acajou, des notes de tabac (boîte à cigares), de noix et de moka, une bouche suave, et d'une très belle longueur... On y revient, sans cesse. La chaleur enveloppe doucement les papilles, et réchauffe le coeur et l'esprit. C'est bon, c'est rond, généreux, puissant, gourmand, enivrant... On en boit et on en reboit, et là, finis les tracas...
Cap sur l'Espagne donc, tout au Sud, en Andalousie. Ah, l'Andalousie, région somptueuse de l'Espagne, bercée par le doux chant du Flamenco... Le pays des élevages de taureaux, des châteaux et forteresses, des guitares, des danseurs de flamenco donc, et... du Xérès! Car ce sont bien sur ces terres andalouses qu'est produit le célèbre vin Xérès, Jerez pour les espagnols, et Sherry par les anglais.
Le vignoble de Jerez (permettez moi d'utiliser la terminologie espagnole, plus douce et plus chantante... Ca aussi, ça contribue à guérir les petites misères!) se situe en dessous de Séville, sur les bords de l'Atlantique. Ses plus beaux terroirs sont les Albarizas, composés de craie blanche, qui réverbère la lumière du soleil. Inutile de vous dire que les raisins n'ont pas de mal à mûrir à cet endroit, où il fait très très chaud, malgré l'influence maritime du Ponante, ou vent d'ouest apportant un peu de fraîcheur. Sur ces terroirs pauvres et très secs, le Palomino Fino, cépage blanc local, occupe presque 95% du vignoble. Le Pedro Ximenez est l'autre cépage local, servant à l'élaboration de vins doux. (On trouve également, très rarement, de la Moscatel, ou Muscat). Ces cépages (blancs) sont vendangés à maturité totale. Dans certains cas, ils peuvent être passerillés (séchés, et donc naturellement concentrés) en vue de l'obtention de vin doux. Ils sont vinifiés de manière classique, après foulage (à l'ancienne) ou pressurage (le plus courant aujourd'hui).
La première particularité des vins de Jerez est qu'il s'agit de vins vinés ou parfois mutés. Les vins vinés, comme les vins mutés, sont des vins dans lesquels on ajoute de l'eau-de-vie. Dans le cas des vins vinés, l'apport d'eau-de-vie se fait une fois la fermentation alcoolique achevée, ce sont donc des vins secs. Pour les vins mutés, l'apport d'eau-de-vie se fait au cours de la fermentation alcoolique, ce qui a pour effet de la stopper, donnant ainsi un vin doux, moelleux, dans lequel il reste du sucre, comme à Porto. La deuxième particularité des vins de Jerez tient à leur élevage "oxydatif" pour certains types, c'est à dire sous un voile de levure, ou flor, qui se forme à la surface, ceci entraînant l'apparition d'arômes particulier de noix, de curry, comme dans les vins du Jura. Enfin, la troisième particularité réside dans le système d'élevage de ces vins, appelé Solera: des rangées de fûts "éleveurs" ou criaderas se superposent au dessus de la rangée du sol, ou Solera. Les fûts de la rangée du haut servent à ouiller les fûts de la rangée du dessous, jusqu'à la Solera, dont une partie est régulièrement mise en bouteilles. Ainsi, les vins plus jeunes complètent régulièrement les vins plus vieux, par étapes successives, pendant plusieurs années (jusqu'à 7 ans d'élevage). On n'a donc, contrairement aux Portos qui peuvent être millésimés (Porto Vintage), pas de notion de millésime, mais plutôt une qualité et un goût constants, rendus possible par cet élevage tout à fait typique de Jerez.
On produit ainsi 2 types de Jerez:
  • les Finos, vinés jusqu'à 15%vol.(du nom du cépage qui les composent), vins secs de type oxydatif, c'est à dire élevés sous voile. Parmi les finos, on distingue les Fino (vin très sec, léger, à servir très frais), Manzanilla (très sec, avec parfois un petit goût salé), Amontillado (fino élevé en Solera), ... J'abrège un peu, j'y reviendrai un jour (peut-être) mais je vous recommande vivement d'en goûter, on aime ou on déteste, moi j'adore! (ça, avec du Jamon iberico, c'est... asta!)
  • les Olorosos, vinés ou mutés jusqu'à 18%vol., non élevés sous voile. Parmi eux, on distingue les Oloroso (sec), Medium (légèrement moelleux), Palo Cortado (qui est en réalité un intermédiaire entre Amontillado et Oloroso), Pale Cream (moelleux), Cream (assemblage d'Oloroso et Pedro Ximenez), Moscatel, Pedro Ximenez (très moelleux, très concentré).
Comme à Porto (ou en Champagne d'ailleurs), les propriétaires sont ici des Négociants Eleveurs, dont les Bodegas se trouvent dans une des trois villes les plus importantes du vignoble:
  • Jerez de La Frontera
  • Sanlùcar de Barrameda
  • El Puerto de Santa Maria.
Parmi ces bodegas, la Emilio Lustau SA fait partie des références.
Ca fait un peu long pour un Vendredi (du Vin) tout ça, mais vous allez comprendre pourquoi je suis obligée de vous donner ces détails. Car en réalité notre Chasse-spleen amoureux du jour, notre Vin Médecin de l'Amour, l'East India de Lustau, est un assemblage d'Oloroso (vin muté après fermentation alcoolique complète, donc vin sec) et de Pedro Ximenez (vin muté pendant la fermentation, donc dans lequel il reste du sucre). C'est ce qu'on appelle un Cream Sherry. Une fois ces deux vins assemblés, l'East India est remis en barriques de chêne américain pour être élevé en Solera quelques années supplémentaires.
Le nom East India lui, rappelle une époque très lointaine, le XVIe siècle, époque à laquelle des fûts de Sherry étaient acheminés vers les Indes. On avait alors remarqué qu'au terme de ces voyages, les vins gagnaient en qualité, en complexité, en finesse. C'est en souvenir de cette époque, et en cherchant à reproduire ce style, que la bodega Lustau a baptisé cette cuvée.
L'East India Solera doit être servi assez frais. On le savoure avec des desserts, voire en tant que dessert lui-même. Moi en réalité, j'ai tendance à bien l'apprécier à l'apéritif, comme ça ça réchauffe le coeur dès le début!
La musique? Je vous laisse la découvrir ci-dessous. Allez, Hauts les Coeurs!


Sherry Solera East India, Emilio Lustau SA, environ 20€

4 commentaires:

Emilie a dit…

Moi qui était assez réticente à goûter ce type de vin, je l'ai grandement apprécié sur le dessert. C'est du Nectar!!!
A découvrir. Son nom est une invitation au voyage... East India.

Thomas L. a dit…

Je me souviens avoir goûté un Pedro Ximenez chez un ami.... Soirée et vins mémorables !!!!!
Merci encore pour ce beau et instructif billet !!

christian Bétourné a dit…

Elle est finaude La T'Chad!!! très joli variation "d'oloroso".
Je t'avais bien dit que c'était bon "East India"!

Rouge Blanc Bulles a dit…

Oui Christian, tu l'avais bien dit. J'aurais d'ailleurs bien mis un lien vers ton billet... A quand le retour de Littinéraires viniques?

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