mardi 24 août 2010

Allons voir si Lisson...

Partager, apprendre, rencontrer. Voilà de quoi j'avais envie, lorsque j'ai créé mon blog. Et des rencontres, j'allais en faire. De belles rencontres même. La dernière remonte à très peu de temps, lorsque, en route vers les Alpes, je décidai de faire un petit détour par Olargues, pour y rencontrer Iris Rutz-Rudel.
Dans la blogosphère, sur les forums autour du vin, sur facebook, tout le monde connaît Iris. Iris n'hésite pas à laisser des commentaires parfois animés, toujours passionnés. Elle nous fait partager ses lectures, ses découvertes, ses idées. Avec optimisme, bonne humeur, joie. Humanité aussi.
Moi Iris, je l'avais d'abord découverte sur son blog (la femme couchée qui se trouvait en face de chez elle m'avait laissée rêveuse). Plus tard, j'apprenais à la connaître un peu mieux ici sur Rouge Blanc Bulles, et je découvrais que nous partagions, semblait-il, quelques goûts en commun. Quelques cépages, mais aussi une musique... Et sa description de l'enregistrement de 1981 des variations Goldberg par Glenn Gould m'avait interpellée. Iris ne faisait pas que connaître cette musique, elle la vivait. La sensibilité qui émanait de son commentaire me touchait. Iris avait suscité ma curiosité. J'avais envie de faire sa connaissance.
La femme couchée
Aller à la rencontre d'Iris, c'était d'abord aller à la rencontre d'une belle personne. Mais c'était aussi découvrir le projet d'une vie: Lisson. Au cours de la visite, je mesurais à quel point la vie d'Iris et Lisson étaient liés. J'en étais presque gênée. Oui, en découvrant Lisson, j'entrais un peu dans l'intimité d'Iris. Dans son histoire beaucoup, dans sa philosophie de vie aussi. Je découvrais quelques facettes de sa personnalité, ses goûts, ses valeurs. En arpentant ces coteaux pentus, en foulant ces terrasses calcaires, en humant les herbes sauvages (la menthe, le thym, ...), saluant au passage cabernets sauvignon, cabernets francs, malbecs, merlots, petits verdots, mourvèdres et pinots noirs, je comprenais que ce lieu était unique. Mieux: magique.
Il y a 30 ans, Iris et son époux Claude Rudel décidaient de faire de cet endroit un lieu de vie. Iris, originaire de Düsseldorf, était tombée sous le charme d'Olargues durant ses années étudiantes. Claude Rudel, enfant du pays, avait acheté une bâtisse abandonnée et quelques bois autour, sur cette montagne surplombant le village. Là, sur ces hauteurs faisant face à la femme couchée, et au mont Caroux, sur ces terres en friche gagnées par les chênes verts, Iris et son époux allaient redonner vie à Lisson, lui rendre une âme. Une raison d'exister, en quelque sorte.
En 1990, ils défrichaient 2 hectares, et rénovaient les vieilles terrasses existantes. Là, ils allaient planter les cépages correspondant aux vins qu'ils aimaient. Sur les terroirs à dominante calcaire, juste derrière la maison, exposés sud/sud-ouest, ils choisiraient de planter cabernets sauvignon et franc, ainsi que du malbec (ou cot). Ce sont Les Echelles. Un peu plus en retrait, se trouve une parcelle en forme d'arène: le Clos des Cèdres. Sur ce terroir schisteux, abrité des vents, ils ont planté mourvèdre, merlot et petit verdot. Plus tard, ils achèteront une petite parcelle, tout en haut de la colline, sur une terrasse calcaire: Le Clos du Curé, qu'ils planteront en pinot noir (l'histoire du Clos du Curé ici).
Tout en haut, les terrasses du Clos du Curé. En dessous, celles des Echelles. A droite, sous l'ombre du nuage, le Clos des Cèdres.
En remontant les Echelles...
Dire que les vignes de Lisson sont cultivées en Agriculture Biologique serait presque un euphémisme. Cette année, aucun traitement n'a été fait. Pas même un cuivre, ou un soufre. Les vignes sont belles, elles respirent la vie. Seul bémol à cet endroit si paisible: la faune vivant dans les bois autour, qui chaque année se régale de ces douces petites baies de raisin. Une clôture électrique, alimentée par des panneaux solaires, entoure chaque parcelle (mais ne suffit pas toujours...).
Les Echelles, le Clos des Cèdres, le Clos du Curé. 3 vins, 3 styles dictés par les cépages, mais une même fraîcheur, une même pureté, une même personnalité. Celle de Lisson. Peut-être que le fait de déguster sur le lieu même influe. Sans doute. Mais vraiment, j'ai adoré. Les 3. Avec une petite préférence pour le Clos du Curé je crois. Dégusté sur le millésime 2005, année "légère" à Lisson, j'ai aimé cette fraîcheur, cette délicatesse, cette élégance. De la dentelle. Le Clos des Cèdres 2002 m'a évoqué un Bandol. Rien d'étonnant pour un vin à dominante de mourvèdre, me direz-vous. Il n'empêche que le mourvèdre n'est pas un cépage facile, loin de là. Et j'ai trouvé ce Clos des Cèdres 2002 d'une grande finesse. A déguster après quelques années de vieillissement, très certainement.
Des vins surprenants donc, dégustés en toute décontraction, partagés en toute amitié. Un moment unique, là au milieu des collines, au grand air, parmi toutes ces fleurs, les soleils d'Iris.
Claude Rudel a quitté ce monde en 2001. Depuis, Iris continue à faire vivre ce lieu. Avec beaucoup de passion, et d'amour. Car Lisson est une histoire d'amour. L'histoire d'amour entre une femme et un lieu, entre une femme et la nature environnante, entre une femme et la vie. Les vins de Lisson en sont la preuve.
Lisson, 34390 Olargues, Clos du Curé, Clos des Cèdres et Les Echelles, de 20 à 30 €, en vente ici.

12 commentaires:

laurentg a dit…

Des vins découverts par Philippe Catusse et Patrick H (mon collègue et néamoins ami :-)).

Très personnels en effet (et un travail de titan).

Quelle approche du soufre en vinification ?
Iris recommande-t-elle un carafage énergique des vins ?

Rouge Blanc Bulles a dit…

Laurent,
Iris ne cherche pas à faire des "vins sans soufre", mais essaie d'en limiter l'apport. Son point de vue à ce sujet ici: http://lisson.over-blog.com/article-28166252.html
Pas de recommandation particulière concernant le carafage. En revanche, Iris sait que ses vins ne sont pas à leur avantage sur la jeunesse, et nécessitent quelques années de vieillissement en bouteilles. Les Clos du Curé 2005 et Clos des Cèdres 2002 ainsi que Les Echelles 2002 n'avaient pas été carafés. Juste ouverts quelques heures à l'avance je crois. Et ils étaient parfaits.

christian Bétourné a dit…

Trop bonne La T'Chad!!!
Bises virtuelles mais amicales aux deux belles des champs...

laurentg a dit…

Anne-Laurence,

Je m'interrogeais précisément sur sa philospohie (pratique) dans cette limitation d'apport ...

Les vins que j'ai bus méritaient souvent un carafage car le premier contact (aromatique voire structurel) pouvait être un peu sévère.
Cela dit, il est sûr que l'on est clairement pas en Libournais (avec des vins propres sur eux et bien arrondis)

Beaucoup aimé ce matin cet article :
"Grand entretien Pascal Delbeck, l’ex-régisseur d’Ausone juge le système bordelais"

Iris a dit…

"Cela dit, il est sûr que l'on est clairement pas en Libournais" ...avec des vins, qui contiennent aux maximum 10 à 15% de Merlot, cher Laurentg;-).

laurentg a dit…

Iris,

Oui, le mourvèdre n'est pas le merlot.

C'était une petite pique envers Bordeaux et ses ambiances parfois feutrées :-)
On y aime souvent la rondeur, n'est-ce pas ?
(cf aussi Michel Rolland et les degrés d'alcool dans la dernière RVF - courrier des lecteurs)

Lisa a dit…

Bonjour,

Je suis une lectrice assidue de Rouge Blanc Bulles. J'aime ce blog, pour les aspects techniques qu'il aborde, pour son écriture, pour les coups de gueule et les touches d'humour, pour les vins qu'Anne-Laurence nous fait partager , et pour les commentaires des fans de RBB sauf parfois. Et là, je m'adresse à vous cher laurentg. J'aime la plupart de vos interventions qui montrent que vous connaissez très bien les vins (trop peut être). Je m'explique . En vous lisant, on a le sentiment que vous avez tout bu,tout visiter, que rien ne vous échappe, que vous chercher à tout expliquer. Je ne vois pas le vin de cette manière, pas tout le temps en tout cas : laissons une part de mystère à chaque bouteille et soyons un peu plus épicurien à l'ouverture de chacune d'entre elles .
Plus généralement, en écoutant certains commentaires de dégustation, j'ai le sentiment que les professionnels dégustent les vins , les détaillent, les déshabillent uniquement pour le plaisir de lancer un débat ("le vin est bon oui mais, il n'y aurait pas un pet de bret ?" ), de lui trouver un petit défaut, un petit truc qui ne pas. Et la question que je me pose est celle ci : savons nous professionnels (oenologues, sommeliers & coe) apprécier simplement un vin ? savons nous déguster sans décortiquer ?
Sans tomber dans l'excès des orgies romaines, faisons nous plaisir simplement avec un p'tit ballon de rouge (ou de blanc), aussi cher ou réputé soit il.. Alors merci RBB d'aimer les vins pour ce qu'ils sont (ou devraient être) : un simple moment de plaisir.

Lisa, une bordelaise qui n'aime pas les ambiances feutrées.

laurentg a dit…

Merci Lisa,

Moi aussi j'aime bien de blog d'AL et elle le sait.
Je suivi votre recommandation hier soir en dégustant un Fronton (château Laurou 2007).

Je décortiquerai ce soir 25 vins italiens pour préparer un concours de dégustation impliquant 12 vins du monde (pas simple).

Ne vous inquiétez pas : même en approfondissant les choses, la part de mystère restera toujours irréductible, le contexte déterminant, l'analyse sensorielle indicible !

J'ai hâte de vous dire un mot (assez long certes :-)))) sur Bel Air Marquis d'Aligre, si touchant car si atypique.
Tout cela vu par un groupe d'oenophiles (pas d'oenologues).

Emmanuel Delmas a dit…

Et puis, Laurent et Lisa, il existe aussi des sommeliers qui savent se rendre accessible, non ? ;-()
Mais bon, Anne-Lo c'est Anne-Lo quoi...et nous reviendrons à Bordeaux bientôt ! Hein Anne-Lo ?

laurentg a dit…

Emmanuel,

Dès jeudi soir, pour moi !
Pour la frénésie.

Emmanuel Delmas a dit…

Ah Laurent, tu n'y vas pas pour la "pavoiserie" ??
Je taquine, mon côté un brin provocateur. ;-))))

laurentg a dit…

Emmanuel,

J'y vais pour goûter, pour les rencontres humaines.
Anne-Laurence sait cela. :-)
Au plaisir de vous y croiser.

Je rappellerai à Anne-Laurence les qualités de son blog, qui constitue un bel espace apaisé et sensible dans un monde de brutes.

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