vendredi 17 septembre 2010

Des saveurs de blé noir dans un pays bleu...

Si faire du vin est un art, cuisiner l'est aussi. Derrière un vin, il y a un homme. Derrière un plat, il y a un chef. L'art de la cuisine fait appel au propre goût de celui qui la fait, à sa sensibilité, à sa créativité, à la recherche des meilleurs accords, ... A son passé sans doute aussi, aux souvenirs d'enfance qui ont éveillé ses papilles, à sa région d'origine ou de prédilection donc certainement.
"Toujours savoir qui l'on est, ce que l'on fait et où l'on va", écrit Olivier Bellin dans la préface de son livre Saveur blé noir en Finistère. Olivier Bellin sait d'où il vient, c'est une certitude. Car le jeune chef de l'Auberge des Glazicks, est un vrai breton, amoureux de sa région. Sa cuisine est une merveille. "Hommage d'un breton à la Bretagne": tel est le nom qu'il a donné à un de ses pré-desserts. Mais toute sa cuisine est un hommage à la Bretagne. L'hommage d'un grand chef à sa terre d'origine. Oui, l'"hommage d'un breton à la Bretagne".
L'Auberge des Glazicks, c'est à Plomodiern, petit village du Finistère, situé sur les hauteurs du Menez-Hom (330 mètres), surplombant la baie de Douarnenez (un coin à découvrir absolument). Après avoir fait ses classes auprès de grands chefs comme Joël Robuchon, ou Jacques Thorel, Olivier Bellin a repris en 1999 le restaurant familial, autrefois tenu par sa grand-mère, puis par sa mère. Pas facile, de se faire connaître, quand on est ainsi dans ce petit coin perdu du Finistère, au bout de la terre, au bout du monde... Et pourtant... Pourtant, très vite, Olivier Bellin se fera remarquer. En 2005, le Guide Michelin lui décerne sa première étoile. En 2010, l'Auberge des Glazicks obtient deux étoiles... Deux belles étoiles, grandement méritées... Vraiment!
Si je suis parfois un peu sévère (ou simplement exigeante) avec les étoilés, j'ai trouvé la cuisine d'Olivier Bellin régalante, du début à la fin. Des plats aux saveurs exquises, des mélanges de texture sublimes. La cuisine d'Olivier Bellin est un voyage gourmand à travers la Bretagne. Les produits du terroir breton sont mis à l'honneur. Comme ce Finistère qui s'avance dans la mer, les produits de la terre et de la mer s'assemblent, se marient, se provoquent, se défient, se fondent. Et nous avec...
Oui, on fond sur ses langoustines (relevées d'une délicate touche de coriandre apportant beaucoup de finesse et de fraîcheur au plat), sur son homard, sur ses poissons... Le tout, cuit à la perfection! On croque dans les cocos de Paimpol, on savoure le blé noir (même dans le beurre... Et quel beurre! Mmm...), on redécouvre le lait ribot, puis le gros lait. Et puis pour finir, on se délecte d'une touche sucrée légère et rafraîchissante (l'accord d'un sorbet au basilic avec du chocolat était fabuleux).
Langoustine "Rouge" en Involtini de Tête de Cochon
Ananas et Jus Boudin Noir
Homard Bleu "été 2010"
Bar Rôti, Deux Trois Tomates
Lait Ribot Emulsionné
Alors que boit-on à l'Auberge des Glazicks? Du blanc si on veut. Du rouge si on préfère (oui oui, on peut très bien faire poisson-rouge). Et moi, j'ai tendance à avoir un faible pour le rouge (déformation bretonne peut-être?)... Du Bordeaux? Non, pas quand on y habite. Même quand on est bretonne (et les bretons aiment le Bordeaux, c'est indéniable), et même quand on voit du Fonroque (Mmmm) sur la carte. On imaginerait bien un pinot noir de Bourgogne, mais ces derniers sont encore un peu jeunes je trouve, alors on attendra un peu (dommage, je pense que ça aurait été top). On hésite pour un cabernet de la Loire, comme un Chinon de Philippe Alliet. Et puis finalement, on se dit pourquoi pas une jolie syrah du Rhône, en voyant une Côte Rotie de Jean-Michel Stephan, ou un Cornas "Les Terrasses du Serre" 2006 de Matthieu Barret (que j'avais découvert ici). C'est d'ailleurs ce dernier qui sera retenu, grâce aux conseils avisés de Romuald Ravillon, jeune sommelier fin connaisseur. Le Cornas de Matthieu Barret a un premier nez de framboise, de fruits rouges, de mûre un peu aussi. Puis il s'ouvre sur la violette. La bouche explose de fruits. Sa trame est très très belle, avec une matière bien présente, mais très douce, veloutée, et une belle acidité. Superbe.
Et puis, moi quand je vais dans un grand restaurant, j'aime bien rencontrer le chef. Je trouve cela important même. Alors quand avant de partir, on se retrouve à discuter un petit moment sur le pas de la porte avec Olivier Bellin, et que l'on découvre un homme simple, modeste, drôle, qui nous raconte avec son accent du pays son parcours, ses projets, qui met en avant son personnel, et qui finit par dire "Allez, salut, à la prochaine" ... on est complètement sous le charme!
Bon, vous l'aurez compris, l'auberge des Glazicks est mon gros gros coup de coeur du moment. Une adresse que je vous recommande vivement!
L'Auberge des Glazicks, 7 rue de la Plage, 29550 PLOMODIERN, www.aubergedesglazick.com

6 commentaires:

christian Bétourné a dit…

Un de tes meilleurs billets de coeur Annelette...
Avec une petite pointe de Satie en fond sonore.

Algernon a dit…

Bonjour,

Cela faisait bien longtemps que je n'avais promené ma souris sur votre blog. A tort.

Remercions le numéro spécial vin de Challenges (parut le 9 septembre) qui, page 113, dans un article dédié aux blogs culinaires cite, en premier, sous l'accroche "Enivrant" votre blog, et m'en a redonné le chemin. J'espère que vous l'avez vu.

En tout cas BRAVO !

Et au cas où..., j'en reproduit le texte ci dessous :

En moins d'un an, Anne-Laurence Chadronnier, ex-manager de Château Brillette dans le Médoc, est devenue une référence des blogs de vins. Entre grands crus et petits vins, elle raconte ses dégustations, ses coups de coeur. Experte, elle propose d'abord une rencontre avec les saveurs plus qu'un vocabulaire technique, qu'elle sait rendre accessible.

Article complet

christian Bétourné a dit…

Très brillante la Brillette.

Rouge Blanc Bulles a dit…

@ Christian: Bien vu Satie, très bien vu même... ;-)
@ Algernon: Merci... :-)

Anonyme a dit…

J'ai l'eau à la bouche... Mais Pau-Plomodiern, on fait pas la route dans la journée...
On y pensera pour les prochaines vacances (à condition d'avoir fait le plein de soleil dans le midi juste avant !)
A bientôt
Lionel

Anonyme a dit…

Anne-Laurence , nous avons été très sensibles à ton coup de coeur pour Olivier Belin car nous aussi nous avons été sous le charme et l'étonnement de sa cuisine cet été . Et ça réveille en moi toutes mes racines Plomodiernaises....Ta façon de raconter le vin est merveilleuse....Gros bisous . Marie-Claire et Guillaume Fertil

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