lundi 6 septembre 2010

En passant par Saint-Emilion...

J'adore le vin. J'adore le vin pour le plaisir qu'il procure. Je trouve ce produit extraordinaire, fascinant, envoûtant. Et j'adore le vin pour les rencontres (une fois de plus) qu'il fait faire. Chaque fois que je rencontre un vigneron, je me souviens pourquoi, il y a quelques années, j'ai choisi la voie de l'agriculture, puis de la viticulture. J'aime les vrais paysans, ces gens authentiques, passionnés, simples, humbles, respectueux d'une nature qui pourtant peut leur être fatale, qui cultivent leurs terres avec amour, et rendent hommage à un terroir. Oui, j'aime ces gens.
Le dernier week-end du mois d'août fut un vrai moment de partage, autour de Saint-Emilion. Rencontre avec un blogueur d'abord, Emmanuel Delmas, du blog du sommelier. Passionné, énergique, drôle, ouvert, curieux et à l'écoute des autres, Emmanuel part régulièrement à la rencontre de vignerons. Ensemble, nous avons fait connaissance avec 3 personnalités. 3 hommes, 3 styles, 3 vins. Nous étions accompagnés par la douce Marilyn Johnson, journaliste engagée et positive, dont le site I love Saint-Emilion est riche d'informations sur la région.
La première rencontre que nous avons faite est celle avec Pierre Bernault, du Château Beauséjour, à Montagne-Saint-Emilion. Un physique étrangement ressemblant à Sean Connery, une voix grave et profonde, Pierre Bernault est, il faut le dire, un homme tout à fait charmant. Mais bien au delà de ça, Pierre Bernault fait, sur son domaine de 12 hectares situé au sommet de Montagne, des vins absolument délicieux. Sur ses 4 cuvées, j'en ai goûté 3, qui m'ont beaucoup plues. Assemblage variable de merlot et cabernet franc, toutes expriment un très beau fruit, un fruit frais et croquant, et beaucoup d'élégance. La cuvée 1901, plus en puissance que les autres, est remarquable. Malgré un élevage en barriques dont 80% de barriques neuves minimum, on sent un fruit (fruits rouges) très pur, agrémenté de notes de violette. La finale (longue) laisse une sensation de fraîcheur, signe d'une acidité présente donnant un équilibre parfait au vin. J'ai particulièrement aimé le 2007, millésime difficile à Bordeaux il est vrai, mais pouvant donner de très belles choses (la preuve!).
Pierre Bernault et Emmanuel Delmas, au Château Beauséjour
Photo © Marilyn Johnson
Photo © Marilyn Johnson
La deuxième rencontre, c'est celle avec Alain Moueix, du Château Fonroque, à Saint-Emilion. Bon, je l'avoue, ce n'était pas la première fois que je rencontrais Alain, parce que depuis mon coup de coeur pour son vin lors des primeurs, je ne manque pas une occasion de venir visiter Fonroque. J'adore Fonroque, et je suis très admirative (pour ne pas dire fan) d'Alain Moueix. Admirative du vigneron, et de l'homme. Le vigneron pour son approche extrêmement respectueuse de ses vignes, de son terroir, et de leur environnement. Appliquant la bio-dynamie sur les 17 hectares du domaine depuis 2002, Alain sait expliquer de manière très raisonnée et pragmatique les pratiques de ce mode de culture, tout en précisant bien que celui qui ne croit que ce qu'il voit ne pourra y être sensible. Je vous en parlerai plus longuement à l'occasion, car les visites que je fais à Fonroque me captivent à chaque fois. Alain aime son domaine, son terroir, ses vignes, son vin. Il les aime, les respecte, les écoute, les laisse vivre, s'exprimer. A Fonroque tout paraît évident, simple, naturel, logique. Au-delà du vigneron, je suis admirative de l'homme pour son humilité, son incroyable modestie, son ouverture d'esprit. Sa Sagesse finalement. Oui, cette Sagesse (rare) m'impressionne. Pour moi Alain Moueix est un exemple à Bordeaux, un modèle. Son vin est pour Emmanuel et moi, notre "chouchou" de la région. Moi j'aime Fonroque pour sa finesse et son élégance, ses notes florales exprimant beaucoup de classe et d'allure, pour son équilibre remarquable avec cette fraîcheur que je recherche toujours dans un vin, et ce côté très droit, très "tendu", ce que je résume par verticalité. Cette pointe d'austérité également, que j'apprécie beaucoup dans les vins, et que Pierre Bernault, qui nous accompagnait, a parfaitement résumé par "retenue". Oui, ce vin a une retenue, une discrétion, qui le rend mystérieux. Et trouver une part de mystère dans un vin, ça vraiment, j'adore!
Alain Moueix, dans les vignes de Fonroque
Et puis enfin, dernière rencontre (pour le week-end!), celle d'Arnaud Daudier de Cassini, de Cassini (pas "château"), à Saint-Emilion. Emmanuel connaissait déjà Arnaud, et appréciait grandement le personnage, ainsi que ses vins. J'ai assez vite compris pourquoi... Arnaud est un vrai paysan dans l'âme. Un homme simple, généreux, chaleureux, qui aime ce qu'il fait, qui aime les autres, qui aime la vie tout court. Il nous a reçu avec beaucoup de convivialité, on ressentait chez lui un bonheur immense à partager, à rencontrer aussi, à écouter. Tout cela avec une grande ouverture d'esprit. Sur son domaine d'à peine 2 hectares qu'il cultive en bio, il produit un vin qui lui ressemble. Un vin de partage, un vin de plaisir, un vin gouleyant, du fruit (rouge!), du fruit, et encore du fruit (pas de bois, élevage en cuves béton).
Photo © Emmanuel Delmas
3 vins, 3 hommes, 3 rencontres. 3 moments géniaux partagés dans la joie et la bonne humeur. Que du bonheur! Merci Emmanuel, merci Marilyn, merci Pierre, merci Alain, merci Arnaud, continuez comme ça, parce que vous faites du bien autour de vous!
Château Beauséjour, Pierre Bernault, AOC Montagne-Saint-Emilion, www.chateau-beausejour.com (vente de vin en ligne)
Château Fonroque, Alain Moueix, AOC Saint-Emilion Grand Cru, www.chateaufonroque.com
Cassini, Arnaud Daudier de Cassini, AOC Saint-Emilion, www.cassini.viticulteur.free.fr

6 commentaires:

Anonyme a dit…

Je plonge...
Après être passé à maintes reprises sur cet excellent blog, je prends enfin le temps d'y contribuer.
Je dois avouer, chère Anne Laurence, que tes écrits sont frais, bien sentis. Ils sont enthousiastes, et ça, ça fait du bien. Tes descriptions parlent finalement plus des gens qui font le vin. Et c'est l'âme de celui-ci, en réalité, qui en ressort.
En lisant tes notes de dégustation, tes billets, j'ai l'impression de connaître un peu ceux qui sont derrière les bouteilles.
Dans une époque où on compare tout, où on donne des notes sur 100, où il faut exister par rapport aux autres, il se dégage de ton blog une sensation de liberté où chacun peut exister, à condition qu'il aie envie d'apporter et de partager quelque chose... J'adhère et j'adore.
C'est pour cette raison que la grande gueule que je suis a finalement décidé de participer modestement à la vie de ton blog.
Il m'aura fallu du temps, mais c'est désormais chose faite !
A très bientôt donc
Lionel

Rouge Blanc Bulles a dit…

Voilà un bien gentil commentaire Lionel, sensible et amical, à ton image. La "grande gueule" a aussi un grand coeur! ;)
C'est vrai que je parle beaucoup des hommes, tu n'es pas la première personne à me faire part de cette remarque. Sans doute les restes de mes premiers pas dans le vin, lorsque j'entendais mon père me répéter "derrière un vin, il y a un homme". Et pour moi, même si comme le dit très justement Alain Moueix "l'homme doit s'effacer au profit du terroir", le vin est le produit de l'homme, qui rend hommage à la nature. L'homme transmet beaucoup de choses au vin, à travers les nombreux choix qu'il fait, de la conduite de son vignoble à sa manière de vinifier. C'est aussi l'homme qui dose la juste mesure d'art et de science, faisant appel à son feeling et son bon sens, pour obtenir le vin qu'il souhaite, qui lui plaît, qui lui semble en adéquation avec son terroir, et avec ses propres valeurs.
Voilà pourquoi, en effet, j'accentue souvent mes billets sur l'homme, quand je peux. "chacun peut exister, à condition qu'il ait envie d'apporter et de partager quelque chose": C'est exactement ça oui! Chacun peut exister, à partir du moment où il a envie de partager. Pas de comparaison, ou de notes prétentieuses et sans intérêt, je déteste cela.
Merci Lionel pour ce commentaire positif et constructif, et à très bientôt!

laurentg a dit…

Cassini ... merci pour cette piste.

Cela doit être intéressant de goûter un vin délibérément fruité (qui me rappelle un peu BAMA).
Mais je n'y connais rien en oenologie.

Le vin perd-il quelque chose à ne pas voir le bois ?
Sa gouleyance l'empêche-t-il de vieillir par exemple ?
Pourquoi ce choix du producteur ? (est-ce lié à la bio) ?

Emmanuel Delmas a dit…

Laurent,

Il suffit juste de rendre visite à Arnaud, afin de comprendre ce qu'il veut nous offrir. La cuve béton ou ciment reste neutre, et permet une meilleure inertie et surtout l'intervention du béton permet une vraie neutralité au niveau des saveurs. Arnaud utilise 3 tailles de cuves béton: 50,60 et 75 hectos.

Le fruit s'en retrouve plus expressif, le vin bien encadré, comme tenu...quant à sa démarche, je t'invite à lire en avant première presque mondiale cette vidéo. D'ailleurs, Anne Lo, tu peux la mettre sur le blog si tu en as envie, bien entendu.

Arnaud aime laisser vivre sa vigne afin qu'elle se libère, pas de rognage par exemple, c'est anti-conventionnel mais il n'est pas dans le bio certifié. Arnaud prend juste ce qui lui semble bon pour sa vigne et son vin.
La vidéo valant mieux que tous les écrits ! ;-)

http://www.youtube.com/watch?v=bpfzIaeVuvM

En prime le superbe sourire d'Anne Laurence !

laurentg a dit…

Merci pour ces éclaircissements ...

Anonyme a dit…

Passionnant ces récits de rencontres vigneronnes, à la fois chez des éleveurs et faiseurs de vin que j'apprécie, mais également pour la simplicité et la fraîcheur du compte rendu.
Merci.
Stéphane

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