vendredi 24 septembre 2010

Un vendredi (du vin!) acrobatique

Aujourd'hui c'est vendredi. Un joli vendredi qui nous sourit. Le premier de l'automne. Et le dernier de septembre. Et le dernier vendredi de chaque mois est un vendredi... du vin! Ce mois-ci, pour les Vendredis du Vin # 29, c'est François, de Bourgogne Live, qui a défini le thème: "Vive la quille".
"Partagez avec nous LA bouteille qui vous a fait craquer, et dites nous si l'ivresse était à la hauteur". Ca tombe bien, parce que j'avais très envie de vous parler d'un vin, dont la bouteille, et son contenu, m'ont beaucoup plu! Alors en ce joli vendredi, je vous parlerai de grolleau... oui, mais de grolleau gris! Car la bouteille qui m'a fait craquer, c'est la Cuvée L'Acrobate de Julie et Toby Bainbridge. Un rosé de grolleau (groleau, gros lot, etc. Vous vous rappelez?), fait à Chavagnes-les-eaux (Maine et Loire), près de Thouarcé, dans l'aire d'appellation des Coteaux-du-Layon, Anjou, etc... Mais sans appellation, car la Cuvée L'Acrobate est un vin de table (ça vous rappelle quelqu'un?).
Si cette bouteille me plaît tant, c'est parce que je la trouve surprenante, différente, un brin provocante. C'est une bouteille lourde, de méthode champenoise, ou crémant, ou ce que vous voulez (des bulles, oui des bulles!). Et cette bouteille est bouchée non pas avec un bouchon, mais avec une capsule. Pas une capsule à vis, non plus, une capsule de dégorgement (ou de bière, si vous préférez), ces mêmes capsules que l'on met sur les bouteilles de champagne (ou méthode champenoise) lors de la deuxième fermentation, la "prise de mousse". Alors forcément, sur un rosé "tranquille" (pas de bulles!), ça peut surprendre. Ca donne à cette bouteille beaucoup de caractère. Un côté musclé, trapu, costaud, bien ancré. L'étiquette est quant à elle épurée, simple, claire, raffinée: exactement comme j'aime! Alors cette association bouteille lourde, cette capsule "de bière" finalement, avec cette étiquette élégante, ça lui donne un côté décalé et un air de ne pas y toucher... que j'adore!
Ce qui est assez amusant, c'est de connaître l'histoire de cette bouteille. Pour cela, il va falloir que je vous raconte l'aventure de Julie et Toby Bainbridge. Vous avez un peu de temps pour une petite balade sur les bords de Loire?
Bainbridge, ça ne sonne pas tellement français. Toby est anglais, Julie américaine. Toby est arrivé dans la Loire en 1997, durant ses études d'Agriculture, grâce à un partenariat entre son école anglaise, et l'ESA d'Angers. C'est à l'ESA qu'il découvre la viticulture, puis l'oenologie, et qu'il se prend de passion pour la vigne et le vin. Plus tard, il apprendra réellement le métier auprès de Christophe Daviau, puis Didier Chaffardon, avant de rejoindre en 2005 Agnès et René Mosse. En 2007, Julie et Toby décident de se lancer eux aussi dans l'aventure, en cultivant leurs propres vignes, en faisant leur propre vin. Ils achètent une parcelle de 86 ares de vieux pieds de grolleau, datant probablement du début des années 1900. L'aventure commence. Il faudra d'abord remettre cette parcelle en état, redresser les pieds à la taille, remplacer les nombreux manquants. La production des premières années est donc extrêmement faible. Comme ceux auprès desquels il a appris le métier, Toby a choisi le mode de culture biologique pour la conduite de son vignoble.
Parallèlement, Toby continue à travailler chez les Mosse, jonglant du mieux qu'il peut entre sa vie professionnelle, sa vie de famille, ses propres vignes... D'où le nom de sa cuvée: L'Acrobate (sacrée acrobatie pendant les vendanges et les vinifications d'ailleurs...). Les Danseurs sera le nom de leur rosé pétillant, produit seulement les deux premières années. Ce sont des rosés de pressurage direct, élaboré avec un vieux pressoir vertical. La Cuvée Rouge aux Lèvres est le nom de leur vin rouge (100% grolleau). Depuis peu, ils ont repris un fermage d'1 hectare 30 de chenin dans l'aire d'appellation Bonnezeaux, où ils produisent une cuvée de blanc sec: Les Jongleurs.
Le choix de la bouteille, et de la capsule, relève en partie du hasard (encore le hasard, oui...). La première année, Toby et Julie louaient une petite cave, dans laquelle il était impossible de brancher un appareil triphasé. Donc pas de boucheuse, et pas de sertisseuse. C'est alors qu'ils ont eu l'idée d'utiliser ces capsules, pouvant être mises à la main. Le choix des bouteilles en a découlé, puisque les bouteilles de méthode champenoise sont prévues pour recevoir ces petites capsules durant la deuxième fermentation, avant la phase de dégorgement. Julie et Toby ont alors fait le choix de garder ce packaging "original" dans tous les sens du terme. "Les hasards de notre vie nous ressemblent" (Elsa Triolet). Moi, pour le peu que je les connaisse, je trouve que ça leur va bien.
Bon ce rosé, je vous en parle quand même? Un petit verre de L'Acrobate, ça vous tente? Vous aurez peut-être remarqué que je ne suis pas une grande consommatrice de rosé. J'en bois, mais bien souvent ça ne me parle pas. Ce qui ne fut pas le cas de l'Acrobate. Le nez de l'Acrobate m'a étrangement fait penser à un gamay (et là déjà, rien qu'au démarrage, je fonds, parce que le gamay, c'est ma petite madeleine de Proust à moi). Etrangement ou pas d'ailleurs, parce que pour info, j'ai découvert, dans mon petit précis d'ampélographie pratique (de Pierre Galet) que le grolleau était aussi appelé gamay groslot à Thouarcé (hasard?...). La bouche est assez ronde, grasse, pleine, structurée. C'est un vin qui a du style, du caractère, du chien, un vin qui parle, qui s'exprime, qui évolue dans le verre et au cours du repas... J'adore! Alors oui, l'ivresse était bien à la hauteur de la bouteille. Le tout constituant une belle harmonie. Bravo aux créateurs de L'Acrobate!
L'Acrobate, les Danseurs, les Jongleurs, Rouge aux Lèvres. Des vins à découvrir, des vins de plaisir, des vins de copains, des vins de fête, des vins chouettes... A goûter, absolument!
Cuvée L'Acrobate, Vin de Table de France, Julie et Toby Bainbridge, Chavagnes-Les-Eaux (49), 20€ les 3 bouteilles (Rouge, blanc, bulles si vous voulez!), en vente au salon Anges Vins par exemple.

4 commentaires:

Iris a dit…

J'aime bien, prendre le temps de t'accompagner pendant tes balades chez des vignerons, qui admettent, que la vie peut aussi être fait d'hasard parfois - qui, comme j'ai appris en France, fait souvent bien les choses;-)!

Bourgogne Live a dit…

Le hasard fait décidément bien les choses!!
Très jolie quille et billet! J'aime bien le Gamay de Proust;-)
Merci beaucoup Anne-Laurence!
François

Christian Bétourné a dit…

Tu es la seule qui a autant de coeur dans la tête et c'est pour ça que je t'aime d'amitié virtuelle vraie!!!
Super Anne, comme à l'accoutumée...

Rouge Blanc Bulles a dit…

A peine eu le temps de tester (ou taster!) le Rouge aux Lèvres que vous me mettez du rouge aux joues... et du baume au coeur! Merci!

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