jeudi 18 novembre 2010

A l'appel du Beaujolais Nouveau je dis OUI !

Tadam! Attention aujourd'hui, c'est jeudi, mais pas n'importe quel jeudi. Non, aujourd'hui, c'est le troisième jeudi de novembre, et qu'est ce qu'on boit ce jeudi? Du Beaujolais Nouveau, oui oui oui! Parce qu'aujourd'hui, le Beaujolais Nouveau est arrivé, qu'on se le dise!
J'aime bien les traditions quand elles sont gaies et festives. Et la tradition du Beaujolais nouveau, n'en déplaise à certains, moi, je la trouve chouette. Alors non le Beaujolais Nouveau n'est pas ci, n'est pas ça, pas plus comme ça d'ailleurs. Mais non le Beaujolais Nouveau ne sent pas obligatoirement la banane non plus, et non il ne va pas vous donner mal à la tête, ni vous rendre malade. Parce que le Beaujolais Nouveau c'est un vin comme un autre, c'est pas du bourru, c'est juste un vin tout frais, tout jeune, tout juste sorti de sa cuve, le plaisir du premier vin de l'année que l'on consomme joyeusement.
Le Beaujolais est une région qui a toujours commercialisé sa récolte très tôt, puisque son cépage, le gamay, est LE cépage des vins de soif, des vins de plaisir, des vins frais et fruités que l'on boit comme du jus de raisin. Souvent servi bien frais, c'était ainsi le vin des bistrots lyonnais. Alors que la vente des vins étaient autrefois échelonnée sur l'année, afin de pouvoir toujours assurer l'approvisionnement de l'armée (!), en mars 1951, ce principe, appelé "principe d'échelonnement de sortie des vins des propriétés" est supprimé. Cependant, en septembre de la même année, un arrêté stipule que les producteurs ne sont autorisés à faire sortir de leurs chais leur récolte qu'à partir de la date du 15 décembre. Les vignerons du Beaujolais se mobilisent alors pour qu'une partie de leur récolte puisse être vendue plus tôt, argumentant que leurs vins sont des vins de consommation plus rapide. Suite à ces discussions, ils obtiennent le droit de sortir une partie de leur production avant le 15 décembre. Pendant 15 ans, la date de "sortie" des vins variait ainsi, selon l'année. Puis, en 1967, elle est fixée au 15 novembre, à minuit. C'est en 1985 que la date du troisième jeudi de novembre sera choisie, date encore officielle aujourd'hui.
Mais si le Beaujolais Nouveau était au départ une fête locale (chaque village du Beaujolais fêtait la sortie du vin nouveau), le phénomène s'étend à Lyon, puis à Paris, puis... au Japon! Le Beaujolais Nouveau devient hyper populaire à la fin des années 70 et durant les années 80, tellement populaire même qu'il semblait alors être l'une des boissons préférées dans le monde entier. Oui, dans le monde entier, on fête l'arrivée du Beaujolais Nouveau, dont les ventes explosent. Et c'est alors le début de la décadence... Car si la région du Beaujolais a ainsi pu accroître sa popularité en termes de renommée, elle a alors souffert (et souffre certainement encore aujourd'hui) d'un problème de notoriété. Enivrée par une telle popularité, la production s'est alors trop orientée vers le Beaujolais Nouveau, souvent au détriment de la qualité, privilégiant davantage la quantité. En 1992, plus de la moitié des Beaujolais étaient vendus en Beaujolais Nouveau. On redouble de technicité en utilisant des levures développant des arômes particuliers, comme la fameuse souche 71B au goût de banane prononcé... Le Beaujolais Nouveau ne séduit plus, les consommateurs s'en lassent. Mais dans les esprits, Beaujolais résonne avec Nouveau (qui lui même évoque la banane), et on en oublie les si bons Beaujolais qui méritent tant d'égards tellement ils sont gouleyants, plaisants, sans prise de tête, sans artifice, simples, purs et rafraîchissants.
Alors aujourd'hui qu'en est-il? Doit-on bouder le Beaujolais Nouveau? Personnellement, je trouve que ce serait quand même sacrément dommage. Je crois que tout est question d'équilibre. Et dans la grisaille du mois de novembre, le Beaujolais Nouveau réchauffe les coeurs et les esprits. Alors un peu de Beaujolais Nouveau, à condition de bien le choisir, c'est une joyeuse mise en bouche à tous ces Beaujolais que je vous conseille vivement de découvrir.
Et pour le plaisir, voici trois étiquettes qui m'ont beaucoup plu, trois étiquettes riantes à l'image de ce vin festif et joyeux, garanti sans prise de tête. Trois vins, parmi tant d'autres, qui ne sentiront pas la banane j'en suis certaine, et quelque chose me dit qu'ils ne donneront pas mal à la tête non plus. Alors vous faites comme vous voulez, mais moi, par ce temps gris, je vais boire un bon Beaujolpif, et je sens que ça va me donner... la banane! ;) Santé!
Domaine des Côtes de la Molière, Bruno et Isabelle Perraud
Château des Bachelards, Lilian et Sophie Bauchet
Domaine Lapierre, du regretté Marcel Lapierre, décédé en octobre dernier, mais dont le fils Mathieu continue le travail entrepris par son père
Le Beaujolais Nouveau des Côtes de la Molière est en vente à Bordeaux à la cave Le Comptoir

10 commentaires:

Michel Smith a dit…

Merci Laurence pour ce récit complet qui réhabilite notre petit Nouveau. Et merci pour ces chouettes étiquettes qui mettent un peu de gaieté dans un univers plutôt triste. Santé ! Michel

Quintal a dit…

J'aime bien aussi les traditions quand elles sont gaies et festives !
Merci Anne Lo pour ta plume toujours aussi belle et instructive.

Vincent LEVIEUX a dit…

excellent "ceci n'est pas une banane"...

Christian Bétourné a dit…

Merci Anne pour ce récit complet qui réhabilite les (BONS) petits Nouveaux... Ton choix n'est pas le fait du hasard. Je ne t'imagine pas écrire le même billet si tu avais - et Monsieur Smith aussi - avec moi, goûté les Nouveaux de mon caviste.... Et que dire de la bouteille achetée en GD, histoire de voir ce que boivent la majorité des gens qui achetaient à tout vat!

Rouge Blanc Bulles a dit…

Certes Christian, mais à quoi bon en parler, d'autres s'en chargent déjà bien assez... Je vous épargne les discussions que j'ai pu avoir à ce sujet, et qui, au delà de me mettre en colère, me font de la peine. A parler des mauvais, on discrédite la région dans son ensemble. Alors à partir du moment où il y a de très bons vignerons, qui font des super Beaujolais, je ne vois pas l'intérêt de parler du négatif. Moi je me suis régalée avec les nouveaux de Descombes et Lapierre, et j'attends de goûter celui de bruno et isabelle Perraud.
La vie est déjà bien assez compliquée comme ça, alors faisons nous plaisir avec de bons vins, et oublions le reste.
Et en effet Michel, ces étiquettes mettent beaucoup de gaieté dans cette grisaille!
Christian, Vincent, Gwendal et Michel: Cheers!

Francis Bd a dit…

<< J'aime bien aussi les traditions quand elles sont gaies et festives !
Merci Anne Lo pour ta plume toujours aussi belle et instructive. >>

+ 1 voix.
Pour partager les mêmes sentiments et féliciter de la rédaction.

Cordialement,

Farncis

Anonyme a dit…

Bonsoir messieurs dames,
Pour ma part, j'ai noyé la pluie automnale de jeudi dernier dans 3 cuvées de primeurs (pas de Bordeaux, puisque je peux me les payer...) :
les 2 cuvées de Jean-Paul Brun en Beujolais et celle d'Alain Rotier à Gaillac.
Ce Gamay de Gaillac est une véritable gourmandises : des notes de fruits rouges bien mûrs, cassis, myrtille avec beaucoup de fraîcheur. On en boirait... beaucoup trop.
Les vins de Jean Paul brun, quant à eux, étaient plus sérieux : le vin nouveau était plus épicé, un brin strict, mais assez gourmand tout de même avec ces notes de cerise.
La "grande cuvée" - eh oui, il ose faire 2 cuvées cet animal - était plus en chair, avec des notes de fruits murs, de réglisse et ses tannins bien mûrs. Du vin quoi ! J'ai oublié de mentionner son nom : "L'Ancien" !
Bref, comme toi Anne Laurence, j'ai ouvert des nouveaux, et j'ai fini mes verres.
Des vins de soif, alleluiah !
A bientôt
Lionel
PS : merci pour tes billets - et sois tranquille : personne ne t'en voudra d'avoir pris des vacances début novembre ;-)

laurentg a dit…

Le liquoreux de Rotier, cuvée renaissance (cépage loin de l'oeil), fruité à souhait et d'un remarquable équilibre, est l'une des nombreuses preuves du savoir-faire des vignerons de la région en termes de vins sucrés.

Rouge Blanc Bulles a dit…

Merci Lionel pour cette indulgence concernant mon absence (justifiée!) début novembre... :)
Ah, le Beaujolais de Jean-Paul Brun, en voilà un autre qu'il est bon!
Merci aussi Laurent pour cette confirmation positive, vous m'avez donné envie de goûter ce Gaillac... avec une "légère" attirance pour le gamay! ;)

laurentg a dit…

Rotier travaille bien toutes ses cuvées, le braucol notamment.

De même Ribes (Le Roc) ou Penaveyre (château Plaisance), mes voisins de Fronton, pour la négrette assemblée ou non.

L'avantage de Gaillac est l'existence de ces liquoreux délicieux et pas trop chers.

Le 2009 de Brun est pas mal mais moins bon que celui de Lapierre (soufré ou non) lui-même moins bon que l'excellent Morgon Clos des Lys 2009 de Chamonard. Alors à 9 euros ...

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