lundi 15 novembre 2010

Le temps d'un Des Tours

Déjà la mi-novembre, et pas écrit un seul billet dans le mois. Il y a du laisser aller sur ce blog, je vous le dis! Pourtant, j'en ai goûté des vins. Des rouges, des blancs, et même des bulles! Seulement, je manque cruellement de temps pour vous raconter tout ça... Ah, ce temps... Ce temps qui passe, qui court, qui défile. "Le temps des crues, le temps des folies, le temps perdu, le temps de la vie, le temps qui vient, jamais ne s'arrête, et je sais bien, que la vie est faite", comme dirait Charles Aznavour.
Tout ça pour vous dire que je veux vous parler d'un temps que les gens de... ah non pardon vous parler d'un vin, assez, hmmm... déroutant! Un Château des Tours, Côtes-du-Rhône Grande Réserve 2002, très très tentant!
Justement, en parlant de temps (mais pas le même cette fois), on se souvient que 2002 fut une année terrible dans le Rhône. Terrible dans le sens cruel. Une tempête au mois de septembre, véritable déluge (en particulier dans le Rhône méridional, là où se situe le Château des Tours), força les vignerons à vendanger dans l'urgence, quand il leur restait un peu de récolte... Telle est la réalité du vigneron, dont le travail est incontestablement dépendant de la nature, de ses aléas, de ses humeurs, ... Et cette année 2002, la nature était visiblement très en colère...
Situé à Sarrians (entre Orange et Carpentras, dans le Vaucluse, au pied des dentelles de Montmirail), le Château des Tours, propriété de 40 hectares de vignes, produit habituellement 2 vins rouges: un Côtes-du-Rhône, élaboré à partir de grenache, cinsault et syrah, et un Vacqueyras (Cru des Côtes-du-Rhône) principalement à base de grenache (80%) complété par de la syrah (Le château des Tours produit également un Côtes-du-Rhône blanc, issu à 100% du cépage grenache blanc). Mais en cette année 2002, où la priorité était de sauver la récolte, Emmanuel Reynaud, régisseur du Château des Tours, a choisi de mélanger ses raisins issus des deux appellations pour faire une cuvée unique: Le Côtes-du-Rhône Grande Réserve.
Ah, Emmanuel Reynaud, c'est qui? Emmanuel Reynaud, c'est le régisseur de plusieurs propriétés familiales, dont l'immense Château Rayas, propriété mythique produisant un vin reconnu comme étant l'un des plus grands vins du monde. Si le Château Rayas est géré par Emmanuel Reynaud depuis 1997, ce dernier exploite le Château des Tours, acquis par la famille dans les années 30, depuis 1989. La Revue du Vin de France consacre un article sur cet homme dans son dernier numéro (novembre 2010), expliquant son aversion pour le bois neuf et son penchant pour les demi-muids (fûts de 600 litres) usagés pour l'élevage de ses vins.
Photo d'Emmanuel Reynaud dans la RVF
Alors ce Château des Tours 2002, une fois que l'on sait tout ça, comment on le goûte? C'est un vin surprenant. Surprenant à plusieurs niveaux d'ailleurs. D'abord parce que connaissant les conditions climatiques défavorables de ce millésime, on pourrait s'attendre à quelque chose de pas mûr, de pas net, de pas ceci, de pas cela, de pas du tout même. Et bien non. La robe est très pâle, comme toujours pour le Château des Tours, sans doute en raison de la forte proportion de grenache (si la syrah est LE cépage du Rhône septentrional, le grenache est un des cépages typiques du Rhône méridional, souvent dominant même), cépage peu tannique. Elle est relevée de reflets ocrés. Le nez, pur, est un bouquet de fruits, principalement de griottes, mais sent également beaucoup le kirsh. La structure est légère, fine, mais ce vin a pourtant une très belle longueur en bouche. Une bouche très chaleureuse d'ailleurs, gourmande, où l'alcool se fait bien sentir, sans que ce soit désagréable, et les notes de kirsh et de griotte ressortent. Alors ce vin est surprenant aussi parce que, honnêtement, je crois que vous me l'auriez décrit avant que je le goûte, comme ça, je vous l'avoue, je crois que ça ne m'aurait pas tentée. Si je devais décrire mon vin idéal, je décrirai probablement quelque chose qui ressemblerait à l'inverse de ce vin. Et pourtant, j'adore... Oui, j'adore ce vin. Un vin vraiment surprenant, avec une forte personnalité, que l'on dégusterait à grande lampée tellement c'est bon. Un vin qui parle, en résumé, et qui ne peut pas laisser indifférent. Comme quoi, il n'y a pas "un" vin idéal, mais "des" vins, dans des styles très différents. Ne surtout pas être sectaire. Jamais. Oui, on trouve ainsi des vins très différents, à déguster selon l'humeur du jour. C'est génial non? D'ailleurs, aujourd'hui, je suis d'humeur à boire, hmmm... du cidre, parce que je ne sais pas chez vous, mais ici il fait vraiment un temps à manger des crêpes! Yec'hed mat!
Château des Tours Grande Réserve 2002, Côtes-du-Rhône, Emmanuel Reynaud, www.chateaurayas.fr , 22€ ici par exemple.
Pour les bordelais, en dégustation au verre Aux Quatre coins du vin.

6 commentaires:

laurentg a dit…

C'est une splendeur, mature, raffinée, aérienne (arômes complexes - fleurs, fraise, griottes à l’eau de vie, girofle, brou de noix, quinquina, orangette, poivre noble - structure en taffetas, alcool nettement présent mais parfaitement au service du vin), signée par ce diable d'Emmanuel Reynaud.

Pas de bois, un peu de soufre, un talent atavique, un style (car les sols de Fonsalette ne sont pas ceux de Rayas).

Je me suis également régalé avec Fonsalette 2002, Fonsalette syrah 2002 (goûtée au domaine), Pialade 2002.

Noter que Rayas 2002, rencontré 3 ou 4 fois, est magique, exceptionnel (et prêt à boire).
(et que Bonneau 2002 n'est pas mal non plus).

Jacques Perrin a dit…

Ah Rayas 2002 ! Aussi beau qu'une ondine qui réapparaît !

laurentg a dit…

En blanc comme en rouge, au demurant ...

Anonyme a dit…

Je confirme ce vin est excellent. Nous venons de boire il y a une semaine le vaqueyras du château des Tours en 2001 ! Tout simplement splendide !!! Miam Miam ! En plus on le trouve assez facilement sur MERIGNAC !

Philippe

laurentg a dit…

Goûté hier soir un intéressant blanc du château des Tours 2002, en demi-bouteille.

Et aussi ce rosé que je ne connaissais pas : Parisy Vin de Table (2009), corpulent.

Ainsi qu'une autre curiosité, le vin de pays du Vaucluse, domaine des Tours, merlot, 1998.

Merci à Maxime pour ces découvertes.

edern a dit…

E.Reynaud c'est magnifique! de la dentelle...Comme on dit souvent entre nous rayas c'est pas du chateauneuf c'est du...Rayas!

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