
Dans les bonnes résolutions de l'année 2010, il y a: ranger mes affaires au fur et à mesure, prendre davantage de notes quand je déguste un vin, écrire plus de billets... Non! C'était une blague... Inutile de dresser une liste, que je ne tiendrai pas, d'une part je me connais, d'autre part mon temps n'est toujours pas extensible! En revanche, il y a quand même une résolution qui me tient à coeur: parler davantage de Bordeaux. Parce que j'en ai marre de ce racisme anti-bordelais. J'en ai marre de ces idées reçues, de cette supériorité que certains affichent en dédaignant Bordeaux, comme si c'était ringard, has been. J'en ai marre qu'on dise tout et n'importe quoi sur Bordeaux. J'en ai marre d'entendre ou de lire que les Bordeaux sont trop chers, trop boisés, trop uniformes, trop ceci, trop cela. J'en ai marre d'entendre ou de lire que les bordelais sont arrogants, fermés, hautains, etc. Vraiment, j'en ai MARRE!
Certes, à Bordeaux, il y a eu, et il y a encore malheureusement (trop) de mauvais vins. Mais pas plus qu'ailleurs, en proportion. Certes à Bordeaux il y a des cons (sorry!). Mais pas plus qu'ailleurs. Pour autant, est-ce une raison pour tirer des conclusions navrantes sur une région entière? Est-ce une raison pour tenir des propos stériles, inutiles, mesquins. Arrêtons de dénigrer Bordeaux, et les bordelais. Il y a à Bordeaux un vrai beau terroir, et de vrais grands vins "de terroir". Il y a à Bordeaux, des gens simples, passionnants, qui savent se remettre en question (grande preuve d'intelligence), des gens qui avancent, qui font des choses, qui progressent, qui créent. Allez rencontrer, écoutez, lisez, des
Jean Gautreau, des Jean-Paul Jauffret, des
Jean-Michel Cazes, pour l'ancienne génération, vous parler de ce qu'ils ont fait à Bordeaux, et pour le monde du vin en général. Allez rencontrer, écoutez, lisez, des
Thomas Duroux, des
Jean-Michel Laporte, pour la nouvelle génération des Grands Crus, qui vous diront comment ils voient les choses aujourd'hui, quels sont leurs challenges, leurs priorités. Allez rencontrer, écoutez, lisez, des
Sylvie Courselle, des
Stephane Dupuch, des
Thibault Despagne, des
Vincent Levieux, pour les Bordeaux, qui dépensent une énergie considérable pour défendre leur appellation. J'en cite quelques uns au passage, mais il y en a tant d'autres... Car oui, ça existe ça, à Bordeaux.
On accuse aujourd'hui Bordeaux de beaucoup de maux. Il y a eu des erreurs de faites, certes. D'une part un certain laisser-aller, on ne peut pas le nier. Aujourd'hui c'est fini. Si une génération a pu s'asseoir sur ses lauriers, la nouvelle génération, celle qui est en place aujourd'hui, a tout à reconstruire. Elle le sait, et se bat. D'autre part, il y a des prix parfois écoeurants pour certains grands châteaux, peut être, mais puisqu'il y a des acheteurs, c'est ce qu'on appelle la loi du marché. Et puis enfin il y a certainement eu des errements techniques. Trop de désherbants (J'étais la première à bondir de rage en voyant les vignes désherbées avant le travail des sols dans certaines propriétés dans les appellations les plus prestigieuses du médoc, pour que l'on ne voit pas un brin d'herbes dans les vignes), trop de bois, trop d'extraction etc... Oui, il y a eu ces errements. Comme dans les autres régions. Peut être même plus, Bordeaux étant, qu'on le veuille ou non, à la pointe en matière de recherche et d'innovation (en partie sans doute grâce aux Grands Crus), avec ce que cela comprend de bon et de moins bon. Aujourd'hui, c'est révolu. Aujourd'hui, toutes les propriétés que je connais font extrêmement attention à leur environnement, cherchent à préserver leur terroir et en extraire la typicité. Beaucoup font de la culture bio sans le revendiquer, un peu comme Patagonia a toujours été une marque éco-responsable, sans jamais le médiatiser, juste par philosophie.
Bordeaux reste un leader pour la France, je continue à le penser quand je vois l'image que Bordeaux a à travers le monde. En France Bordeaux dérange, Bordeaux agace, parce que comme tout leader, Bordeaux n'a pas droit à l'erreur. Mais c'est dommage de garder des oeillères, et de ne pas voir le Bordeaux d'aujourd'hui.
Oui, on pourrait en effet émettre un avis critique sur ce qui a été fait par les générations précédentes, et qui se faisait encore il y a peu de temps. Mais ce serait ne pas prendre en considération le fait que le contexte était simplement différent. On juge Bordeaux aujourd'hui pour des erreurs passées, comme on pourrait juger une génération entière, pour avoir surproduit, surconsommé, sur-pollué, dans un contexte d'abondance et d'insouciance. Simplement parce que le contexte a changé, et qu'en prime on a non seulement l'expérience des anciens, mais aussi le recul nécessaire. Mais est-ce là le vrai débat? Pourquoi cet acharnement à critiquer le passé quand la réalité d'aujourd'hui est si différente.
Alors voilà, cette année, je vais essayer de parler davantage de Bordeaux, et tant pis, on dira même que les bordelais ne boivent que des Bordeaux (ce qui est FAUX, ai-je besoin de le préciser? Et en plus, de toutes façons, je ne me considère toujours pas bordelaise, mais encore bretonne!). En réalité, j'ai peu parlé de Bordeaux dans ce blog, sans doute parce que ma curiosité et ma soif d'apprendre m'ont poussée à chercher des vins d'autres régions que celle où je vis, et que je connais mieux du fait d'y avoir travaillé. Sans doute aussi parce que nous avons choisi d'oublier nos bouteilles de Bordeaux pour les faire vieillir en caves, par goût pour les vieux millésimes à Bordeaux. Alors peut être que je parlerai plus d'hommes, à voir, après tout, tout est lié...! En tout cas, c'est décidé, vous verrez plus de Bordeaux sur Rouge Blanc Bulles!
(Photos prises dans le vignoble de Saint-Emilion, en Avril 2006...)