mercredi 24 février 2010

Vinisud

Petit passage éclair à Vinisud. Moi qui n'étais pas très Salons, je commencerais presque à y prendre goût. Il faut dire que celui là avait de quoi me plaire...
Pour ceux qui ne connaissent pas, Vinisud est le salon international de vins et spiritueux du grand sud de la France et des pays du bassin méditerranéen, ayant lieu tous les deux ans, au parc des expositions de Montpellier. Ce salon, destiné aux professionnels exclusivement, se déroulait cette année du 22 au 24 février, avec 36 000 visiteurs attendus, parmi lesquels cavistes, grossistes, acheteurs GD, importateurs, journalistes (etc). Il regroupait environ 1650 exposants, comprenant vignerons, caves coopératives, groupement de producteurs, négociants...
Si j'ai aimé Vinisud, c'est d'abord parce que j'ai trouvé ce salon extrêmement convivial. J'y ai perçu beaucoup de fierté de la part des vignerons exposants, de la passion aussi, l'envie de communiquer, de partager. Le fait que le salon soit divisé en plusieurs petits halls renforce sans doute cette impression de convivialité. Et puis j'ai aimé cette accessibilité, cette simplicité d'accueil, qui n'est pas toujours évidente quand on n'est "personne". C'est à ça que l'on reconnaît les vraies valeurs des gens, d'ailleurs.
Journée bien complète donc, avec pour commencer un petit tour du côté de Bandol (le mourvèdre, le mourvèdre, je suis un peu idée fixe!). L'occasion de regoûter Pibarnon, Pradeaux (Merci Iris pour votre conseil), de constater les différences de style dans deux vins proches sans l'être. J'ai beaucoup aimé la finesse du nez de Pradeaux, sa complexité, son élégance, pour une bouche pourtant très musclée, un vin très "brut de décoffrage" (mais j'aime ça), qui demande à vieillir, sans aucun doute. J'ai également été séduite par Pibarnon 2001, la preuve que les Bandol doivent vraiment attendre quelques années avant d'être pleinement appréciés. Malheureusement je n'ai pas pu approcher Tempier, (stand rempli en permanence), dommage!

Puis direction le stand de Jean-Michel Stephan, dont j'avais visité le domaine il y a quelques années (7 ans déjà!). J'apprécie ses Côte Rotie pleines de fraîcheur et de fruits, d'une grande buvabilité. En particulier j'ai apprécié sa Côte Rotie (tout court) goûtée sur le millésime 2008, et ses Vieilles Vignes en Coteaux (2006), pas ses Coteaux de Tupin (c'était d'ailleurs déjà le cas en 2003) que je trouve moins frais, et surtout moins nets, moins purs. Ses vins étant présentés par Vinergie, structure commerciale export d'un groupement de vignerons, c'était aussi l'occasion de découvrir les Cornas de Matthieu Barret/Domaine du Coulet, dont j'ai bien aimé la cuvée Billes Noires (là encore, beaucoup de fraîcheur, il s'agit de vieilles vignes sur le haut d'un coteau, en partie exposées au Nord), ainsi que les Crozes-Hermitage de David Reynaud/domaine Les Bruyères, dont la cuvée Les Croix 2009 semblait prometteuse.
Ensuite, changement de région (ne cherchez pas la logique, c'est une question de halls!), cap sur le sud-ouest avec la découverte de la nouvelle activité de Lionel Osmin. Jeune béarnais mordu de vins et amoureux de sa région, d'un dynamisme extraordinaire et communicatif, entrepreneur dans l'âme, Lionel Osmin avait déjà créé Accents et Terroir, structure commerciale pour un regroupement de plusieurs propriétés du sud-ouest. Cette fois, Lionel a choisi de devenir négociant éleveur, le "Gérard Bertrand du sud-ouest" comme il se plaît à dire, en créant une gamme de vins de différentes appellations du sud-ouest (Madiran, Gaillac, Cahors...), garantis par une marque: Lionel Osmin et cie. Plus passionné que Lionel Osmin ça n'existe pas je crois... Son projet semble bien prometteur!
Retour dans le Rhône, avec un arrêt sur le stand de Laurent Combier/Domaine Combier (Crozes Hermitage). Un véritable coup de coeur, pour son accueil, sa gentillesse, sa disponibilité pour tous ses visiteurs sans exception, sans distinction, et bien entendu ses vins. Là encore, on retrouve beaucoup de fraîcheur, beaucoup de fruit. Ma préférence va au Domaine Combier plutôt qu'au Clos des Grives. A la question "quel millésime récent préférez vous dans votre domaine" Laurent Combier répond "Vous savez, c'est comme les enfants, ils sont différents mais on les aime de la même manière"... Moi j'aime ça!

Je passe rapidement le domaine de l'Hortus (Yves me pardonnera-t-il???), dont j'ai déjà parlé plusieurs fois, qui était en plus un prétexte pour que mon acolyte (un peu beaucoup enceinte) puisse se (re)poser un peu. Quand même, au moins pour Laurentg (;-)), je précise que j'aime BEAUCOUP la Grande Cuvée 2007, au boisé plus fondu que les millésimes précédents. En blanc, j'adore la Bergerie de l'Hortus, le blanc frais facile à boire, fin et gourmand, le blanc d'apéros, le blanc de copains. Idem pour le rosé. C'est (re)dit!
Enfin, changement de hall où j'avais prévu de me rendre sur le stand des Caves du 41, mais où je me suis finalement arrêtée sur celui Abbayes et Châteaux en Languedoc, pour déguster les vins de Jean-Benoît Cavalier/Château de Lascaux (Coteaux du Languedoc et Pic St Loup). J'ai passé un bon moment à déguster tout en discutant avec Jean-Benoît Cavalier, dont la gentillesse, l'écoute, l'attention portée aux autres m'ont touchée. J'ai beaucoup aimé le Coteaux du Languedoc blanc Château de Lascaux 2009, avec un très joli nez, fruité et minéral, et une belle fraîcheur citronné en bouche. En rouge, j'ai particulièrement apprécié le Pic St Loup Château de Lascaux (2007), avec ses arômes typés d'olive noire, d'épices, de réglisse, et sa fraîcheur en bouche (je sais, je me répète, mais la fraîcheur d'un vin est quelque chose d'important pour moi).
Là dessus il était déjà temps de partir. Dommage, car j'avais encore plein de choses à voir (boire?).
D'ailleurs, en parlant de boire, la soirée entre copains (c'est ça qui est sympa aussi dans les salons! ;-)) a été arrosée au Rosé de Provence du Château Léoube, vinifié par Romain Ott. C'est bon le rosé de Provence aussi! (Rien à voir, mais je vous recommande également l'huile d'olive de Léoube, extra!)
Vive les vins (frais!) du Sud, et vive Vinisud!
(Là dessus je vous laisse pour quelques jours, courte pause hivernale... :-) A bientôt!)

samedi 20 février 2010

Chianti Chianti per favore!

Chose promise chose due... je vous ai parlé de Chianti, puis de Chianti Classico... je vous dois quelques explications. Alors parlons un peu de Chianti!
Chianti est une DOCG (Denominazione di Origina Controllata e Garantita). Le système d'appellations en Italie est assez similaire au système français, les DOC (Denominazione di Origina Controllata) évoquant les AOC (Appellation d'Origine Contrôlée). Le G de Garantita distingue les vignobles historiquement les plus réputés.
La zone d'appellation Chianti se situe entre Florence et Sienne, sur 160 km du Nord au Sud, dans ce décor somptueux de collines recouvertes de vignes, d'oliviers, de cyprès, de bois, de villas. Un paysage poétique... Pas de doute, nous sommes bien en Toscane! C'est aussi dans cette région que sont originaires les grandes familles italiennes du vin, comme les Antinori, Frescobladi, Ricasoli...
La production de vin dans la région de Chianti remonte à une époque très lointaine. C'est au Moyen-Age qu'on a commencé à identifier le vin produit par le nom de la zone géographique dont il était issu. Etendue en 1716, cette zone est restée le coeur historique de Chianti, appelée Chianti Classico. Aujourd'hui, on distingue ainsi 8 sous-zones de chianti:
  • Classico (le coeur historique)
  • Colli Fiorentini (au Nord, autour de Florence)
  • Rufina (au Nord Est)
  • Colli Aretini (au Sud est)
  • Colli Senesi (au Sud, autour de Sienne)
  • Colli Montespertoli (à l'ouest)
  • Montalbano (nord ouest)
  • Colline Pisane (zone un peu excentrée du reste, au sud de Pise)

Chianti Classico reste la meilleur zone de Chianti, celle où l'on trouve la plus grande concentration de très bons producteurs. Elle bénéficie depuis 1996 d'une DOCG à part entière.
La nature des sols de Chianti est assez variée. Les plus beaux terroirs sont composés de calcaire, d'alberese (marne calcaire) et de galestro (argiles et marnes schisteuses). Mais on peut aussi trouver certaines zones avec des sols plus sablonneux, et donc plus chauds.
Le grand cépage de Chianti, le cépage historique et typique de la région, c'est le Sangiovese. Il peut se révéler très aromatique (arômes de violette, de fraises même), souvent très épicé, avec parfois des notes plus minérales, s'exprimant différemment selon le terroir sur lequel il se trouve. Son acidité est assez importante, et il est relativement tannique. En revanche le sangiovese donne très peu de couleur. C'est un cépage tardif, et capricieux. En particulier, les automnes humides de la région ainsi que l'altitude (entre 250 et 500 mètres) rendent parfois sa maturation plus difficile. A croire que ce serait peut être bien la règle pour obtenir de grands vins typés (le cabernet sauvignon, le pinot noir, le mourvèdre sont tous des cépages tardifs...).
Le sangiovese doit entrer dans la composition des vins de Chianti à 70% minimum, et 80% pour Chianti Classico. Mais il doit obligatoirement être assemblé, avec les autres cépages autorisés, chaque cépage étant limité à 10% maximum dans l'assemblage:
  • Canaiolo: cépage noir très coloré et moins acide.
  • Malvasia (malvoisie): grand cépage blanc dans la région, connu pour le vin santo
  • Trebbiano: cépage blanc, très productif, qui pour cette raison d'ailleurs a pris la place de la malvoisie dans le paysage viticole toscan à une certaine époque.
Depuis peu, sont également autorisés, toujours en faible proportion, quelques cépages français comme le cabernet sauvignon et le merlot.
Pour comprendre la raison de cet assemblage assez particulier, un brin d'histoire s'impose... Comme je l'ai précédemment expliqué, la région de chianti produit du vin depuis très longtemps. A la fin du 19ème siècle, le baron Ricasoli, propriétaire de Castello di Brolio, qui fut également premier ministre, définit une sorte de "formule" du chianti, établissant que ce vin devait être un assemblage de sangiovese, canaiolo, et malvasia. A l'époque, on recherchait des vins frais, faciles à boire, d'où son idée d'ajouter un cépage blanc dans l'assemblage. Par la suite le trebbiano, autre cépage blanc beaucoup plus productif fut également autorisé. Il existait alors une sorte de "ligue de chianti", qui fixait les régles de production. Puis, en 1963, la DOC Chianti fut créée, autorisant l'ajout de cépages blancs dans l'assemblage à hauteur de 30%... C'est la grande époque des chianti décolorés, des chiantis produits en masse vendus dans les fiasques (bouteilles arrondies recouvertes d'osier) typiques de la région et que nous avons tous vu dans les pizzerias. C'est aussi le début du déclin de l'image des vins de Chianti. C'est alors que Nicolo Antinori, riche propriétaire de le région (dont nous avons déjà parlé ici), installé dans le coeur de Chianti, décide de réagir en changeant quelque peu les règles. Pour remédier au déclin de l'appellation Chianti, il décide de se détacher des critères de production de Chianti, et de créer sa marque, une marque forte, gage de qualité. La première sera Tignanello, vin composé de sangiovese et cabernet sauvignon. Puis, il crée Solaia, à base de cabernet sauvignon et sangiovese, mais en proportions inversées par rapport au premier. A la même époque la marque Sassicaia est créée à Bolgheri. Peu à peu, les voisins se mettent à faire pareil. C'est le début des Super Toscans.
Dans ce contexte assez particulier, les règles de production de vins d'appellation Chianti ont été revues et corrigées dans les années 80. Notamment la proportion maximale de cépages blancs autorisés est maintenant de 10% (et non pas 30) . Quelques cépages français dits "améliorateurs" (ou pas.Vaste sujet... ;-)) sont autorisés à hauteur de 10%. Le concept des Super Toscans est toujours bien présents, puisqu'il y a encore de nombreux vins à dominante de cépages français. De plus, les vins monocépages ne peuvent bénéficier de l'appellation Chianti, même s'il s'agit d'un 100% sangiovese (c'est le cas de Isole E Olena par exemple, avec sa cuvée Cepparello 100% Sangiovese). Dommage, car le sangiovese est sans aucun doute l'âme de Chianti...

jeudi 18 février 2010

Des vitamines et du Chianti, s'il vous plaît!

Je ne sais pas vous, mais moi cette grisaille hivernale me fait de plus en plus ressentir le besoin de SOLEIL... Alors à défaut d'en trouver dans le ciel, j'en recherche dans le verre et l'assiette. La cuvée Maxime du Domaine Borie de Maurel 2006 (gentiment recommandée par John Fourmi en commentaire de ce billet), avec des petits farcis maison trouvés dans le congélateur, ça c'était un bon plein de soleil déjà! Mais on n'a pas toujours la chance de retrouver des petits farcis dans son congélateur, et, comme cette grisaille entraîne en plus de la fatigue une certaine flemme, un bon bocal de coulis de tomates gorgées de soleil, avec des pâtes fraîches, et un peu de parmesan, ça requinque et ça redonne le sourire! Et moi, avec les pâtes, j'adore le Chianti!
Encore une approche qui peut paraître complexe que celle des vins italiens, à l'instar de la France... De nombreuses appellations, et au sein des appellations de nombreuses propriétés, de qualités inégales. Dur dur, dans ces conditions, de trouver son bonheur sans repère... on ne le sait que trop bien.
Un chianti que j'aime bien, c'est le Chianti Classico de San Giusto A Rentennano. Son nez de fruits rouges et noirs et d'épices est pur et intense. Sa bouche, d'une grande fraîcheur, révèle une belle matière, pleine et ronde. Elle est longue, et très élégante.
San Giusto est une propriété de 160 hectares, dont 31 hectares de vignes, située à 10 km au Nord de Sienne, dans le sud de la zone des Chianti Classico (petite subtilité j'y reviendrai plus tard), au coeur de la Toscane. Les vignes sont situées sur une petite colline, à 270 mètres d'altitude, dans ce cadre magique et somptueux typique de la Toscane. San Giusto était autrefois un monastère cistercien, qui accueillait des nonnes. De cette époque, il reste des caves souterraines dans lesquelles sont élevés les vins. San Giusto a ensuite appartenu à la famille Ricasoli, du célèbre Château de Brolio (j'aurai l'occasion d'en reparler aussi). En 1957, Enrico Martini di Cigala hérite de San Giusto. Aujourd'hui ce sont ses enfants qui en sont les propriétaires.
Les vignes de la propriété sont cultivées en agriculture biologique. Les vins sont élevés 10 à 12 mois en foudres et barriques, avec moins de 15% de bois neuf.
Le Chianti Classico de San Giusto A Rentennano est composé de 95% de Sangiovese (LE grand cépage des vins rouges de Toscane) et de 5% de Canaiolo nero.
Allez, de bonnes pâtes vitaminées, un verre de Chianti, et c'est reparti!

Chianti Classico de San Giusto A Rentennano, 22€ (à la Winery par exemple)

vendredi 12 février 2010

Mourvèdre!!!

Est-ce l'influence d'Olivier Jullien de Mas Jullien, ou celle de François Orliac du Domaine de l'Hortus, toujours est il que, de retour du Languedoc, je me suis découvert un petit gros penchant pour le mourvèdre... Vous connaissez?

Le mourvèdre est un cépage noir d'origine espagnole, dont le nom proviendrait de Murviedro, dans la province de Valencia. Il est présent depuis très longtemps en Provence, bien que sa culture ait été un peu délaissée lors de la reconstruction du vignoble français après le phylloxéra. Aujourd'hui, on le trouve encore en Provence, mais aussi dans le Languedoc-Roussillon, et à Châteauneuf-du-Pape (parmi les 13 cépages de l'AOC en rouge), couvrant ainsi en France une superficie d'environ 7 500 ha (juste pour donner un ordre de grandeur, la syrah couvre en France environ 68 000 ha...).
Le Mourvèdre est resté LE grand cépage de Bandol (Hmm, Pibarnon... j'adooore! ;-)), où il entre au minimum à 50% mais parfois à plus de 80% dans la constitution des vins. Ailleurs, il a été longtemps sous estimé, restant pour beaucoup un cépage mal aimé (:(). De forte personnalité, le mourvèdre ne supporte pas la médiocrité (tiens, ça me rappelle un autre cépage...). C'est un cépage tardif, qui pour mûrir a besoin d'emmagasiner beaucoup de chaleur et de lumière. C'est la raison pour laquelle il est normalement exposé plein Sud (Sur les coteaux situés sous les falaises de l'Hortus par exemple, il se porte à merveille... ). Malheureusement, ce débourrement tardif lui a valu d'être planté (à tort!) dans certaines zones gélives, c'est à dire les plaines et bas fonds, où il ne pouvait atteindre une maturité suffisante. De plus, c'est un cépage à gros grains et relativement productif, dont les rendements doivent être rigoureusement contrôlés, sous peine d'avoir des jus dilués, et manquant de couleur. Ce cépage nécessite donc beaucoup de soins à la vigne, notamment d'importants travaux en vert. Avec des rendements trop importants, et sur des terroirs médiocres, le mourvèdre donne facilement des vins rustiques, et dilués. De plus, ce cépage est très sensible aux maladies du bois, entraînant donc une mortalité élevée. Ceci expliquant cela, on comprend mieux le désintérêt pour le mourvèdre, cépage extrêmement exigeant, qui peu à peu est tombé dans l'oubli...
Et pourtant... Pourtant le mourvèdre, de port superbement érigé, devient majestueux sur ses zones de prédilection. Quand il est bien conduit, il développe des petites notes de poivre, de violette. Ses tanins sont fins, souples. N'atteignant jamais des degrés trop élevés (maximum 13,5% alc) son équilibre est tout en fraîcheur. C'est un cépage authentique, qui donne des vins vrais, des vins qui racontent leur terroir. A Châteauneuf-du-Pape, Jacques Perrin l'avait compris avant les autres, contribuant à son développement dans cette région. Le Château de Beaucastel rouge contient ainsi une proportion importante de mourvèdre (30%), et dans les grandes années, une cuvée Hommage à Jacques Perrin est produite, à partir de très vieilles vignes de mourvèdre. Parmi les vins de Pic Saint Loup, le Domaine de l'Hortus est un des domaines qui contient la plus forte proportion de mourvèdre. La Grange des Pères (il fallait bien que j'en parle! ;-)) en contient 40%, Mas Jullien 1/3 de l'assemblage sur les derniers millésimes... A l'heure où le mot buvabilité a pris le dessus sur la concentration, à l'heure où l'on recherche des vins digestes plutôt que des monstres de dégustation, des vins authentiques, des vins vrais, il semblerait que le mourvèdre ait une place à gagner dans le paysage viticole français...

Mourvèdres sur coteaux au pied des falaises de l'Hortus. Là il se sent bien... pas bête le mourvèdre!

dimanche 7 février 2010

J'ai demandé à la lune...


Il nous arrive parfois d'ouvrir une bouteille, et de constater, avec déception, que cette bouteille est fermée, sans expression, sans charme, sans défaut non plus d'ailleurs, mais laissant cette triste impression que l'on est passé à côté. Ca m'est arrivé dernièrement avec une bouteille de Mas Jullien 2005, un vin que j'avais pourtant déjà goûté, et adoré... Alors oui parfois, il s'agit de nous, parce que nous ne sommes pas toujours dans un bon jour, c'est vrai. Mais le vin étant un produit vivant, comme le prouve son évolution au cours des années, il y a un certain nombre de paramètres extérieurs qui en sont responsables. En cours d'élevage ou en bouteille, lorsqu'on déguste très régulièrement le même vin, on constate parfois des différences énormes d'une semaine à l'autre. Alors, simples phénomènes d'oxydo-réduction, variation de pression atmosphérique, ou... influence de la lune? Là est la question.
La lune, qui tourne autour de la terre, exerce sur elle une attraction, provoquant notamment le changement du niveau des mers: c'est le phénomène des marées. Ainsi, on pense que cette attraction gravitationnelle pourrait toucher d'autres éléments que les mers, comme les végétaux par exemple. En effet, depuis bien longtemps, de nombreux jardiniers et agriculteurs suivent les phases de la lune pour leurs méthodes culturales. Il est par exemple recommandé d'effectuer des semis lorsque la lune est croissante, de même que l'on peut réguler la vigueur d'une plante en choisissant de la tailler lorsque la lune est croissante (afin d'accroître la vigueur), ou lorsqu'elle est décroissante (afin de diminuer sa vigueur). Nous-mêmes pouvons ressentir des variations en nous, comme une pousse de cheveux plus ou moins rapide, ou une certaine nervosité en période de pleine lune (d'où l'expression ancienne "être mal luné", soit dit en passant...). L'agriculture bio-dynamique accorde beaucoup d'importance à la lune quant au choix des moments de pratiques culturales, s'inspirant de la théorie de Rudolf Steiner (à l'origine de l'anthroposophie, il posa les fondements de l'agriculture bio-dynamique en 1924): "si tu veux comprendre le point, observe la circonférence". Les sceptiques diront que seule les mers, par la masse d'eau qu'elles représentent, peuvent subir une telle influence, qui reste minime sur le reste. Minime, mais peut être pas nulle? Et dans ce cas, pourquoi le vin, composé majoritairement d'eau (qu'on se le dise!) comme les végétaux, ne subirait-il pas lui aussi l'influence de la lune?
Outre cette attraction gravitationnelle, ou force de marée, la lune exercerait également une influence selon sa position par rapport aux constellations du zodiaque. Ainsi, on distingue 4 catégories de jours:
  • les jours fruits: quand la lune passe devant les constellations du Lion, du Bélier, et du Sagittaire (en accord avec l'élément Feu), car les forces dominantes dans le fruit sont les forces de chaleur.
  • les jours fleurs: quand la lune passe devant les constellations du Verseau, des Gémeaux et de la Balance (en accord avec l'Air), car les forces dominantes dans les fleurs sont celles de lumière.
  • les jours feuilles: quand la lune passe devant les constellations du Scorpion, du Poisson et du Cancer (en accord avec l'élément Eau), car les forces dominantes des feuilles sont les forces d'eau.
  • les jours racines: quand la lune passe devant les constellations de la Vierge, du Capricorne et du Taureau (en accord avec l'élément Terre), car les forces dominantes dans les racines sont les forces de terre.
Ces distinctions de jours sont, encore une fois, largement prises en considération en agriculture bio-dynamique. Elles déterminent le moment le plus opportun pour effectuer telle ou telle pratique culturale. Mais on peut également penser que cette distinction de jours influencerait en partie la dégustation des vins. En effet, il aurait été constaté que certains jours seraient plus propices à la bonne dégustation, tandis que d'autres seraient néfastes. Plus précisément, les jours fruits seraient les jours idéaux pour déguster un vin, car ce sont les jours où le fruité est le plus évident. Les jours fleurs, qui mettent en valeur le parfum, et les jours feuilles, seraient moins propices. Enfin, les jours racines tueraient le fruit et les saveurs, les vins se goûtant donc beaucoup moins bien.
Comme souvent, j'aime avoir des preuves (Quelqu'un se porte volontaire pour une expérimentation?), mais la question m'interpelle, et j'ai tendance à avoir spontanément un peu envie d'y croire. D'ailleurs, je suis allée vérifier sur un calendrier lunaire... et bien figurez vous que mon Mas Jullien a bien été ouvert un jour racine... Alors, hasard, ou coïncidence?

vendredi 5 février 2010

La Winery

Après les billets sur le bordelais, les billets POUR les bordelais! (Aïe... Je vais encore me faire tirer les oreilles!) Comme je sais, en plus, que mon billet sur Cave Privée a déplu à certains (;-)), je me dépêche de me rattraper... Parce que je n'achète pas tous mes vins au même endroit, loin de là!!!
Donc, c'est par une belle après-midi ensoleillée (le genre d'après midi qui recharge les batteries, quand on fonctionne comme moi, à l'énergie solaire!), que j'ai emprunté la route du Médoc, pour m'arrêter à la Winery, à Arsac. La Winery est un complexe oenotouristique créé par Philippe Raoux (négociant et propriétaire de 4 domaines, dont le Château d'Arsac). Ce complexe à l'architecture très design, une "serre à l'envers" toute de verre et d'acier (imaginée et conçue par l'architecte bordelais Patrick Hernandez, afin de concilier innovation et respect de la nature environnante) propose "une approche actuelle, accessible et personnalisée du monde du vin". Dans ce lieu fait pour le vin et autour du vin, on trouve, entre autres, une cave, et c'est précisément là que je voulais en venir.
Moi, si j'aime la cave de la Winery, c'est d'abord parce qu'il y a une excellente (et vaste) sélection de vins hors Bordeaux. J'avais dit que j'allais parler davantage de Bordeaux, c'est vrai, mais de retour du Salon des Vins de Loire, j'avais quand même envie de continuer sur ma lancée! Je savais donc que je risquais (car c'est toujours un gros risque pour le portefeuille, comme le faisait remarquer Anne-Lyse dans un commentaire) de trouver mon bonheur... Et en effet, je l'ai trouvé! Parce que le problème avec ce genre de caves, c'est qu'il est impossible de repartir les mains vides. J'ai en plus été séduite par la gentillesse, l'attention, l'écoute, la connaissance et la grande modestie du caviste qui m'a conseillée. Ils sont 4 cavistes au total, mais c'est Vincent, sommelier de formation, ayant travaillé chez Michel Guérard puis Thierry Marx qui était présent ce jour là. J'ai vraiment apprécié de discuter avec lui, on apprend beaucoup aux contacts de gens comme ça, des vrais connaisseurs, passionnés et passionnants, qui écoutent leurs clients, pour comprendre leurs goûts, afin de mieux les conseiller... le caviste parfait!
Donc voilà pour les gens de la région, une bonne adresse à retenir. Ceci dit, si vous n'êtes pas d'ici, mais que vous passez un jour dans le coin, ça peut aussi vous intéresser, car l'endroit est vraiment à voir, et montre bien que les choses évoluent en matière de tourisme à Bordeaux. Oserais-je le dire, mais vous pouvez en plus acheter en ligne (mais là on retombe dans le débat de l'achat des vins sur internet, et je sais que ça ne va pas plaire à tout le monde... ;-)).
Je dois quand même avouer que j'ai longuement hésité à vous parler de la Winery... Simplement parce que ce complexe étant relativement récent, la cave n'est pas encore très connue, ce qui nous permet de mettre la main plus facilement sur quelques unes de nos bouteilles préférées, comme le Crozes-Hermitage d'Alain Graillot... Mais bon, tant pis, on partagera!