Voilà une belle semaine de passée. Une semaine d'émulation, d'excitation, de courses enivrantes, de dégustations passionnantes. Une semaine riche en découvertes, en retrouvailles, en rencontres. Rencontres avec des personnalités, rencontres avec des vins... Des vins à forte personnalité parfois, d'ailleurs. Non, je ne me suis pas écroulée à la fin de la semaine, comme pourrait le laisser penser ce silence. Juste besoin de prendre l'air, de souffler un peu, de respirer, de rêver. Rêver à ces vins, ceux qui m'ont interpellée. Les imaginer dans quelques années, les projeter, se projeter. Car c'est aussi ça l'exercice des dégustations primeurs: la projection. Est-ce que ce vin me plaira dans quelques années, est-ce que j'aurai envie d'en ouvrir une bouteille, est ce que j'aurai envie de le partager, est ce que j'aurai envie de le boire, ... ? Je repense à ces mots de Kierkegaard: "On ne peut comprendre la vie qu'en regardant en arrière. On ne peut la vivre qu'en regardant en avant". Je crois que j'ai bien vécu cette semaine, alors ;-). Aujourd'hui le millésime 2009 n'est que projection, et dans quelques années il ne sera que souvenirs...
Alors, ce millésime 2009... Je crois qu'effectivement, on peut parler d'hétérogénéité. Hétérogénéité liée au terroir, et à la localisation, c'est indéniable. Mais aussi hétérogénéité liée au style de vinification (des dates de vendanges à l'élevage, en passant par l'extraction). On se retrouve ainsi, sur une même appellation, avec des vins "chauds", et d'autres "verts". Oui, des blocages de maturité ont bien eu lieu, on le sent à ces tanins durs, et verts. Entre les deux, on trouve des vins superbes, profonds, élégants, droits, aux tanins fins et soyeux. Des vins stylés, racés. J'aime! Bon, je dois quand même vous avouer que j'ai eu un gros gros faible pour la rive gauche (sans réelle surprise, je sais...), et en rive gauche un coup de coeur pour l'appellation Saint-Julien, que j'ai trouvée la plus homogène. Quelques Pauillac m'ont également beaucoup parlé...
Pour les Sauternes, la différence de style se fait sentir dans l'équilibre. De très beaux vins dans l'ensemble, grands vins même, mais dont certains ne me parlent pas, parce que pas mon style (je n'ai jamais dit que j'étais objective!). Ah oui, mon style, c'est quoi? Je recherche dans un liquoreux l'acidité, la fraîcheur, et la pureté aromatique.
A propos d'objectivité: Non, je ne la revendique pas. D'autant plus que nous sommes dans une région où je connais un peu mieux les gens, les styles, les idées, la philosophie, la manière de faire. Quelques vins me laissent à penser que je garde quand même un certain recul, une certaine objectivité, malgré tout. Quelques vins que je n'ai pas goûtés à la hauteur de mes attentes. Je n'aime pas la pluie, je crois que les vins en cours d'élevage ne l'aiment pas plus que moi. Ah, cette météo...
Bon, à part Palmer, qui m'a subjuguée, et Calon-Ségur, que j'ai trouvé d'une élégance et d'une finesse incroyables (on aurait dit un Saint-Julien), je n'ai dégusté que les vins présentés lors des dégustations collectives. Allez, je vous livre mes coups de coeur?
Premier jour de dégustation: rive droite, sous la pluie. A l'Association des Crus Classés, mon gros gros coup de coeur, c'est le Château Fonroque. J'ai trouvé ce vin d'une verticalité incroyable, d'une belle élégance, d'une belle profondeur et d'une grande fraîcheur. Ce vin m'a vraiment séduite. J'ai adoré Grand Corbin Despagne également, un très beau vin, ample et profond.
Toujours rive droite, à l'Union des Grands Crus, mon gros coup de coeur est Canon. J'ai adoré sa structure, c'est celui qui m'a le plus parlé. Ensuite, j'ai beaucoup aimé:
- Figeac, pour sa fraîcheur, son acidité, son style différent, prometteur.
- Clos Fourtet, pour sa générosité, sa gourmandise, son élégance, un vin toujours fidèle à lui-même.
- Larcis Ducasse, pour sa fraîcheur et son fruit.
A Pomerol, mon seul coup de coeur à l'Union des Grands Crus est La Conseillante, dont j'ai beaucoup aimé la structure et l'équilibre. Plus tard, j'ai goûté Mazeyres, dont j'ai trouvé l'équilibre superbe, sur l'acidité, avec beaucoup de fraîcheur.
Changement de jour, changement de rive, mais toujours de la pluie... A l'Alliance des Crus Bourgeois, quelques coups de coeur, parmi beaucoup de jolis vins, assez surprenants même:
- Tour de Bessan, en Margaux, pour ses très jolis tanins, sa structure délicate, son fruit aussi, sa fraîcheur.
- Brillette, en Moulis, pour ses tanins fins et élégants, son fruité également, sa gourmandise.
- La Fleur Peyrabon en Pauillac, pour sa belle structure, sa belle matière, sa bouche ample, pleine.
- Clauzet et Coutelin Merville, en Saint-Estèphe, pour leur structure très "médoc", charnue, et pour leur fraîcheur.
A Cantemerle, pour la dégustation des Moulis, Listrac et Haut-Médoc, je dois dire que le seul véritable coup de coeur que j'ai eu a été
Poujeaux. J'adore la structure de ce vin, son caractère médocain, sa bouche ample et charnue, sa profondeur.
Puis direction Desmirail, pour la dégustation des Margaux. J'ai trouvé l'appellation très hétérogène. Trois coups de coeur:
- Brane-Cantenac, dans son style classique et très élégant que j'aime beaucoup. "Just Brane"... ;-)
- Giscours, dans un style "brut de décoffrage" assez caractéristique du vin (pour moi en tout cas), que j'aime assez bien je dois dire. Un vin très viril, le plus charnu des Margaux sans doute, dans un style presque opposé à Brane.
- Monbrison, pour la personnalité de ce vin, sa finesse, sa gourmandise, son élégance, et sa constance.
(Ce jour là, j'ai terminé par les Sauternes, mais je vais rester sur les rouges, et je vous en parle après.)
Troisième jour de dégustation, cap vers Batailley pour la dégustation des Saint-Julien, Pauillac et Saint-Estèphe. Il est vrai qu'il pleuvait un peu moins, ce facteur est sans doute à prendre en compte. Mais la météo ne fait peut être pas tout quand même... J'ai a-do-ré cette dégustation. Bon, l'appellation Saint-Estèphe un peu moins, il est vrai. Un coup de coeur quand même pour Lafon-Rochet, dont la matière et la profondeur m'ont beaucoup plu.
A Pauillac, j'ai eu un réel coup de coeur pour les deux Pichon, dans deux styles très différents:
- l'un plus austère (mais j'aime les vins austères...), Pichon-Longueville, assez fermé ce jour là, mais profond, terriblement médocain, un vin qui me plaît, qui m'interpelle, qui me donne envie d'y revenir, de mieux le connaître. J'aime vraiment trouver cette part de mystère dans un vin, comme dans Palmer 2009.
- l'autre plus "civilisé", plus élégant peut-être, plus féminin sans doute, avec ses tanins d'une très grande finesse, Pichon-Lalande.
A Saint-Julien, je crois que j'ai aimé tous les vins (enfin presque). J'ai trouvé que c'était incontestablement l'appellation la plus homogène. Trois coups de coeur cependant:
- Lagrange, que j'ai trouvé d'une grande élégance, avec une très belle structure.
- Léoville-Barton, qui ce jour là était plus dans l'opulence que dans l'élégance, mais avec un très bel équilibre, une grande fraîcheur, et une bouche ample et profonde.
- Gruaud-Larose, surprenant, un très joli vin, bien médocain, avec une belle structure, une belle profondeur, une finale longue.
(Si vous saviez comme j'ai hâte de goûter Léoville Las Cases depuis cette dégustation...)Et je termine (enfin!) par les Sauternes. De très très beaux vins, en effet... Une mention spéciale pour Fargues, pour sa liqueur divinement suave, sa puissance et sa pureté aromatique. Mais à la recherche d'acidité, j'ai été plus subjuguée par Lafaurie-Peyraguey, Doisy Daëne et surtout, surtout Sigalas-Rabaud. J'ai trouvé ce vin d'une immense pureté, complexité, subtilité même, d'une grande finesse, d'une grande élégance. De la haute couture. Vraiment.
Tout cela m'a donné une terrible envie de Bordeaux, mais j'ai besoin d'une pause, alors je m'en vais de ce pas déguster un Clos La Néore 2007, en écoutant... Hmm, allez Didier Squiban, pour encore mieux me ressourcer! A la vôtre!