vendredi 30 avril 2010

Un vendredi (du vin!) avec un Spätlese

Dans les vins demi-secs, il y a les... les... les Spätlese! Evidemment les Spätlese! Cette fraîcheur du Riesling inégalable, cette pureté, cette minéralité, cette typicité, cette acidité, cette digestibilité... Et ce nom qui m'éclate (il m'en faut peu), moi qui ne parle pas du tout allemand: "j'pète les oeufs". Rien qu'à dire Spätlese, ça me met de bonne humeur. Donc je suis de très bonne humeur aujourd'hui!
Alors en ce dernier vendredi du mois, et ce 25ème Vendredi du Vin, sur le thème des vins demi-secs, je trinque (à votre santé d'ailleurs!) avec un Spätlese Graacher Himmelreich 2002 de chez Joh. Jos. Prüm. Spätlese? L'échelon de qualité, établi en fonction du degré de maturité des baies (pour la petite révision c'est ici). Graacher Himmelreich? Le nom du climat. Joh. Jos. Prüm? Communément appelé JJ Prüm, un des plus grands noms du vignoble de Moselle, et même d'Allemagne.

Petit retour donc dans ce merveilleux vignoble qu'est la Moselle, et plus précisément ici la Moselle moyenne. Un peu plus loin que Brauneberg, où se trouve le domaine Fritz Haag, en remontant la Moselle, on arrive à Bernkastel, puis, encore au-dessus se trouve le petit village de Wehlen. C'est là que se situe le domaine JJ Prüm.
(Carte du vignoble de Moselle moyenne de l'Atlas Mondial du Vin)
A l'origine, la famille Prüm avait des vignes depuis le 17ème siècle. En 1911, Sebastien Alois Prüm partage le domaine familial entre ses deux petits enfants, dont Johann Josef Prüm: c'est la naissance de JJ Prüm (l'autre partie deviendra SA Prüm). Le domaine a ensuite été géré par le fils de Johann Josef, Sebastien, puis depuis 1969 par Manfred. Ces 3 générations ont ainsi contribué à hisser ce domaine parmi les plus grands noms d'Allemagne, grâce à des vins d'une qualité remarquable.
Le domaine JJ Prüm représente 33,5 ha, dont 95% plantés en Riesling, sur différents climats autour de Wehlen, parmi lesquels:
  • Wehlen Sonnenuhr (Sonnenuhr=cadran solaire, comme on en trouve tout au long de la Moselle)
  • Graacher Himmelreich
  • Bernkasteler Badstube
  • Zeltingen
  • ...
Les Riesling de Moselle reposent sur des coteaux raides à très très raides plongeant dans la rivière, sur des sols d'ardoise plus ou moins profonds. Un paysage idyllique, rappelant celui du Douro. D'après L'Atlas Mondial du Vin de Hugh Johnson et Jancis Robinson (un ouvrage que je vous recommande d'ailleurs), "La marque de Bernkastel est une touche de silex. Les vins de Wehlen, cultivés sur une mince couche d'ardoise pure, sont riches et filigranés. Ceux de Graach, installés sur une ardoise plus profonde et plus riche, ont une distinction minérale."
Les vins de JJ Prüm se distinguent par leur pureté, leur précision, leur finesse, leur longévité. Ils peuvent cependant paraître très austères dans leur jeunesse, réticents même, et gagnent donc à être attendus quelques années.
Ce Spätlese Graacher Himmelreich 2002 avait, semble-t-il, passé le cap de la réticence... Une très belle expression du Riesling, avec une belle minéralité, un joli fruit (lychee), une grande finesse, et toujours, toujours, cette fraîcheur, cette digestibilité tellement appréciable. Un petit peu de sucre, pour contrebalancer cette acidité, un peu de perlant, pour renforcer la fraîcheur... On se régale! L'accord que j'aime avec ce vin? Les sushis (et en plus, ça tombe bien, parce que j'adore les sushis). Avec un taux d'alcool de 8% vol., on pourrait presque en consommer sans modération!

Joh. Jos. Prüm, Spätlese Graacher Himmelreich 2002

jeudi 29 avril 2010

Les Vendredis du Vin

Bon, c'est pas le tout, mais il va quand même falloir que j'active un peu mes neurones, parce que demain, nous sommes vendredi... Mais pas n'importe lequel. Demain, c'est le dernier vendredi du mois, et c'est le vendredi qui marquera le retour des Vendredis du Vin. Ah, c'est quoi les Vendredis du Vin?
Les Vendredis du Vin c'est une sorte de dégustation virtuelle, chaque dernier vendredi du mois, sur un thème bien précis choisi par un blogueur, ouverte à tous les internautes.
Les Vendredis du Vin étaient un peu tombés aux oubliettes, et c'est Iris, vigneronne, et blogueuse assidue (le blog de Lisson) qui a relancé le concept en créant un groupe Vendredis du Vin sur Facebook. Pour ce 25ème Vendredi du Vin, c'est Mathieu Turbide, du blog Méchant Raisin qui a choisi le thème: les vins demi-secs.
Bon, je l'avoue, au départ j'ai fait une (petite) grimace (c'est de famille). Je n'aime pas les vins demi-secs... Enfin, je croyais que je n'aimais pas les vins demi-secs. Et puis soudain, dans un éclair de génie (sourire), je me suis dit "suis-je bête, mais évidemment que si, tu en aimes des vins demi-secs". Parce qu'évidemment il y a les... bip. Je vous le dirai demain!

mercredi 28 avril 2010

Je suis dans le jardin... et je bois de la mondeuse!

Et oui, les notes de Robert Parker sont bien sorties hier. De belles notes, bien hautes, vraiment bien hautes, qui risquent d'avoir quelques conséquences sur les prix des bouteilles... Sur l'image de Bordeaux aussi, comme toujours. L'histoire ne serait-elle bien que Répétition? A méditer...
Le beau temps se prolongeant, je suis de moins en moins derrière mon écran, et de plus en plus dans le jardin... Et vous savez de quoi j'ai envie quand je suis dans le jardin? De Beaujolais! Le vin plein de fruit et de fraîcheur, le vin de copain, le vin plaisir, une petite madeleine de Proust pour moi! Le seul problème, c'est qu'en ce moment, je n'en ai pas... Alors je me console avec une mondeuse de Savoie, celle des fils de Charles Trosset cuvée Prestige des Arpents 2007, parce que ça dans le style vin de plaisir, j'adore! Vous connaissez?
Arbin est un petit village (moins de 200 hectares) de Savoie, situé dans la Combe de Savoie plus précisément, au sud de Chambéry. Dans cette petite vallée de l'Isère, dont le micro-climat est propice à la culture de la vigne, on compte plusieurs crus, parmi lesquels les Chignin-Bergeron en blanc (élaborés à partir du cépage rhodanien roussane, appelé ici bergeron) et les Arbin en rouge sont les plus qualitatifs. Car Arbin est également une appellation de vin rouge, ou plus exactement un cru de l'AOC Vin de Savoie, élaboré à partir d'un seul cépage: la mondeuse. Y aurait-il un lien de parenté entre la mondeuse et la syrah (notez d'ailleurs que ces deux cépages sont féminins, alors que la plupart sont masculins)? On le dit, oui. En tout cas, les notes de violette et de poivre que ce cépage peut parfois développer le laissent à penser (Et quelque part, ça me rassure, parce que je vous avoue que la première fois que j'ai goûté un Arbin, j'ai pensé à un Rhône. C'était un Arbin de Louis Magnin, un régal!). Les vignes en appellation Arbin sont adossées au massif des Bauges, sur des coteaux exposés Sud-Est, dont les sols sont constitués d'éboulis argilo-calcaires.
Dans l'Arbin des fils de Charles Trosset, cuvée Prestige des arpents 2007, ce n'est cette fois ni le côté violette, ni le poivre que j'ai senti, mais plutôt un nez de pierre à fusil prononcé, de fruits rouges. Un nez qui m'a rappelé certains Beaujolais. Un vin d'une belle fraîcheur, d'une belle pureté aussi, le vin buvable par excellence, j'adore! A noter que c'est une très belle réussite, pour un millésime apparemment difficile. Le Domaine Charles Trosset, devenu Les fils de Charles Trosset, est un petit domaine de 4 hectares, tenu par deux frères: Louis et Joseph Trosset. Les sols de la propriété sont travaillés, les vinifications se font au parcellaire, de manière traditionnelle, puis les vins sont assemblés en vue de l'élaboration de trois cuvées: Harmonie, Prestige des Arpents et Confidentielle. L'élevage variera selon ces trois cuvées: Harmonie sera mise en bouteille dès novembre, Prestige des Arpents après environ 8 mois d'élevage, et Confidentielle, cuvée la plus concentrée, après 10 mois.
Bon, si vous me cherchez, je suis dans le jardin, et je bois de la mondeuse... avec modération, oui oui oui!
Arbin Mondeuse Les Fils de Charles Trosset, cuvée Prestige des Arpents, AOC Vin de Savoie, environ 15€

vendredi 23 avril 2010

Spring is in the air!

Et voilà une semaine qui a défilé à toute allure. Je n'ai même pas eu le temps de poster le moindre billet. Et pourtant, il y a beaucoup de vins dont j'aimerais vous parler.... Le retard s'accumule. Mais on a le temps non?
Le problème du Printemps c'est qu'il provoque chez moi un regain d'énergie et de passion qui rendent les journées très chargées, très variées aussi, de toutes façons enrichissantes. La vigne emmagasine ses réserves en été. Moi c'est au Printemps. Donc j'ai envie de goûter plein de vins, de lire plein de bouquins, de visiter plein de régions, plein d'endroits, de découvrir plein d'artistes, d'essayer plein de tables, de tenter plein de recettes aussi, d'inviter plein d'amis, de planter plein de choses, de faire plein de photos, et même de faire plein de sport. Et tout ça est assez... prenant!
Alors pendant qu'une partie du monde du vin de Bordeaux spécule sur la date de sortie des notes de Parker, lesquelles sortiront de toutes façons à la fin du mois, et en l'occurrence, pour ceux que ça intéresse, le 27 avril (si si!), je jardine, je cuisine, je bouquine, je prépare des week-ends gastro-culturels (quoi, ça ne se dit pas?), je visite des propriétés (oui, il faudra que je vous en parle), et je déguste aussi, que dis-je, je sirote... Hmm, un Hermitage de Chave 90 par exemple!

Les Hermitage de Chave, je n'en bois (malheureusement) pas tous les jours, mais j'avais déjà eu le sentiment que ce vin était pour moi proche de la perfection. Vous savez, comme quelqu'un que vous croisez juste une fois, mais qui vous fait vibrer, qui vous semble parfait, en tout cas parfaitement adapté pour vous: le coup de foudre! Mais attention, le coup de foudre est instantané, éphémère aussi, incertain quelque part, relevant d'une folie passagère. Seul le temps parle. Mais après avoir regoûté cette semaine un Hermitage de Chave 90, absolument divin, je peux le dire: je suis complètement amoureuse de ce vin. J'aime ce vin pour son équilibre vers l'acidité, sa fraîcheur, sa droiture, sa précision, sa pureté, son élancement, sa finesse, son élégance, sa race... J'arrête là, mais je pourrais vous en parler pendant des heures tellement ce vin m'a émue. Je trouve qu'il est tout simplement fabuleux.
Sur ce, je m'en vais faire ma valise, pour partir à la rencontre de quelques maîtres en peinture et en cuisine... Bon week-end!

mercredi 14 avril 2010

Les vins du Languedoc à travers le temps...

Une cave, deux possibilités:
  • on note rigoureusement, consciencieusement, minutieusement, méthodiquement, chaque bouteille entrée et sortie, afin de bien maîtriser sa cave, d'optimiser ses dégustations, de ne pas perdre une bouteille.
  • on entasse, en rangeant de temps en temps mais jamais complètement, en se disant à chaque fois "il faudrait" (ranger, ordonner, compter, noter, enregistrer, ...) mais en ne faisant jamais, on fait un tri de temps en temps, et on entasse à nouveau.
Chez moi, c'est plutôt la deuxième option... Ce qui est bien, c'est que ça permet de garder des bouteilles, de les faire vieillir, de les oublier pendant un laps de temps pour pouvoir le déguster "à maturité" (encore faut-il savoir quand est la maturité, mais ça c'est une autre question). Ce qui n'est pas bien, c'est précisément la même chose (garder des bouteilles, les faire vieillir, les oublier), mais pas avec les mêmes vins... Alors de temps en temps on met la main sur une bouteille en se disant "mince, celle là, je crois qu'on l'a perdue". Ayant récemment entrepris de faire un peu de tri dans la cave (pour mieux entasser!), j'ai retrouvé un Mas Bruguière La Grenadière 1999. Alors, perdu ou gagné?

1999: pas un grand millésime dans le Languedoc. Mas Bruguière, appellation Coteaux du Languedoc Cru Pic Saint Loup: une référence dans l'appellation, et un vin que j'aime bien habituellement. La bouteille a donc été ouverte avec une petite crainte, un petit doute, un léger scepticisme disons le. A tort! C'était dé-li-cieux! Un premier nez de graphite, puis de rose et de violette. Une bouche tout en fraîcheur, pleine, avec des arômes gourmands de violette, d'olive, d'herbes fraîches. Une belle longueur. Un vin plein, frais et élégant, racé... Très joli. J'ai beaucoup aimé!
Parmi les domaines du cru Pic Saint Loup, Mas Bruguière est le voisin le plus proche du Domaine de l'Hortus (à peine 500 mètres), dont j'ai déjà eu l'occasion de parler ici. On est donc bien dans ce petit paradis terrestre, ce joyau de la nature, cet écrin sauvage construit dans la roche et recouvert de vignes, de garrigue et de bois. Pour moi le cru Pic Saint Loup, c'est cet endroit précisément. D'un côté le Pic Saint Loup, de l'autre les falaises de l'Hortus... On se sent si petit à côté, et c'est tellement beau... Mas Bruguière est une des plus anciennes propriétés du cru, puisque la vigne y est cultivée depuis la révolution. Dans les années 50, Albert Bruguière participera à la création du syndicat du Pic Saint Loup. Mais c'est Guilhem Bruguière, arrivé sur la propriété en 1973, qui donnera un grand élan qualitatif à cette propriété familiale. Il agrandit le domaine, entreprend un gros travail de défrichage, et de replantation, comme son voisin Jean Orliac avec qui il s'est lié d'amitié. Nous sommes en plein dans le renouveau des vins du Languedoc, la renaissance viticole de cette région, grâce à l'arrivée de visionnaires, les fameux pionniers... Les deux hommes auront largement contribué à la renommée des vins du Pic Saint Loup. En 1986, Guilhem Bruguière vinifie la totalité de sa récolte au domaine: ce sont les premiers vins "Mas Bruguière". Depuis 1999, c'est Xavier Bruguière, 6ème génération, qui est aux commandes, continuant avec respect le travail de son père. Aujourd'hui, le domaine est en cours de conversion à l'agriculture biologique.
Les falaises de l'Hortus vues du Pic Saint Loup. Je ne m'en lasse (toujours) pas...
Mas Bruguière représente 20 hectares. Le domaine produit 5 vins, dont 80% en rouge:
  • un blanc: Les Mûriers, élaboré à partir de 80% de roussane et 20% marsanne.
  • un rosé de saignée
  • Calcadiz et L'Arbouse: élaborés à partir de syrah et grenache, ces deux vins sont élevés en cuves, à boire jeunes, sur le fruit.
  • La Grenadière: composé de 60% de syrah, 20% de grenache et 20% de mourvèdre, cette cuvée est élevé 12 mois en barriques de 225 l, dont 1/3 de barriques neuves.
  • Le Septième: élaboré à partir de 90% de mourvèdre, complété par 10% syrah, cette cuvée récente est élevée 24 mois en barriques de 225 l.
Mas Jullien 98, Domaine de l'Hortus 98, Domaine Peyre Rose cuvée Syrah Léone 98, la Réserve les Bastides d'Alquier 98, tous dégustés récemment, étaient déjà la preuve que les grands vins du Languedoc ont un potentiel de garde certain. Oui, mais c'était 98 (grand millésime dans la région), me disaient certains (et même des locaux!), résignés. La Grange des pères 95 le prouve aussi (oui mais c'est la Grange des Pères, allez je vous l'accorde). Et bien Mas Bruguière La Grenadière 99 nous le confirme cette fois: oui, les vins du Languedoc peuvent eux aussi se bonifier avec le temps!
Mas Bruguière La Grenadière, AOC Coteaux du Languedoc, Cru Pic Saint Loup, environ 16,50€

mardi 13 avril 2010

Matisse aussi

"Dans ce verre je bois à ta santé tous les jours du vin d'Alsace frais et parfumé. Que n'es-tu là. " H. Matisse
Extrait des correspondances entre Henri Matisse et André Rouveyre. Les deux hommes se sont connus et liés d'amitié à l'atelier Gustave Moreau. Pendant de nombreuses années, entre les années 40 et 50 surtout, ils ont échangé près de 1200 lettres, billets et télégrammes. Dans ces missives ornées de dessins, Matisse et Rouveyre se racontaient des détails de leur quotidien, partageaient leurs projets, leurs idées. Ces échanges ont été regroupés dans un très bel ouvrage, annoté par Hanne Finsen.

Correspondance Matisse/Rouveyre, en vente ici.

mercredi 7 avril 2010

Billes de Roche pour assiette printanière

"En automne, je récoltai toutes mes peines et les enterrai dans mon jardin. Lorsqu'avril refleurit et que la terre et le printemps célébrèrent leurs noces, mon jardin fut jonché de fleurs splendides et exceptionnelles".
Khalil Gibran (Le sable et l'écume)
J'aime le printemps, cette saison qui nous sort de la mélancolie hivernale (confortable parfois) pour nous redonner un souffle de vitalité, d'énergie, de dynamisme, d'optimisme. "Lorsqu'avril refleurit et que la terre et le printemps célébrèrent leurs noces", mon esprit se remplit d'envies, de désirs, de rêves, de projets, de folie même...
J'aime le printemps parce que c'est la saison du renouveau. Le négatif, les peines: enterrés. Place à la vie: les oiseaux, et leur chant, les couleurs (le vert des bourgeons et des premières feuilles; le jaune des mimosas, des forsythias, des primevères, des jonquilles, des tulipes; le rouge des tulipes encore, des premières fraises), les parfums qui eux aussi réveillent la mémoire.
J'aime le printemps enfin pour ce qu'il apporte... dans nos assiettes! Inconditionnelle des légumes et des fruits, avec pour philosophie de ne consommer que des produits de saison, je vous avoue que je commençais sérieusement à m'ennuyer en cuisine. Quel plaisir de savourer les premières asperges (du blayais!), les premières fraises (de Plougastel!), et les premiers légumes "nouveaux" (Même si certains se font attendre plus que d'autres...).
Un des plats que j'aime beaucoup, c'est le Risotto (surtout appliquez vous à bien prononcer à l'italienne, ça rend heureux!). Alors le Risotto, avec des petits légumes primeurs, ça fait, je vous le donne en mille: un Risotto Primavera!
L'inconvénient du Risotto, c'est qu'il est impératif de rester derrière les fourneaux, donc pour moi on doit être quatre maximum, après ça me stresse (soit parce que je ne profite pas de mes invités, soit parce qu'il y a trop de monde dans la cuisine). J'aime bien l'idée du vin que l'on apprend à connaître le temps que le plat se prépare, et avec qui on a développé une certaine complicité au moment de passer à table. Et bien c'est exactement ce qu'il s'est passé avec le vin que ce plat printanier m'a inspiré: le Saumur blanc "Billes de Roche" 2007 du Domaine Mélaric.
Mélaric, c'est l'aventure d'un jeune couple, Mélanie Cunin et Aymeric Hillaire, tous deux ingénieurs agronomes et oenologues. Passionnés par le vin, ils ont d'abord un peu bourlingué, à la rencontre de différents terroirs, de différentes approches. Puis en 2006, ils décident de faire leur propre vin, en appellation Saumur, d'où Aymeric est originaire: ils créent Mélaric, contraction de Mélanie et Aymeric. Les premiers vins de Mélaric, millésimes 2006 et 2007, sont issus de parcelles appartenant à des viticulteurs avec qui le jeune couple a un partenariat: ce sont eux qui réalisent tous les travaux manuels. En 2008, ils achètent 4 hectares sur le vignoble du Puy-Notre-Dame: le domaine est réellement ancré. Sur ces 4 hectares, deux cépages, deux appellations: cabernet franc pour l'appellation Saumur rouge (désormais Saumur Puy-Notre-Dame d'ailleurs depuis la création de l'appellation en octobre 2009), chenin pour l'appellation Saumur blanc. Mélanie et Aymeric se sont donnés pour objectif de tirer de ces cépages locaux l'expression la plus authentique et la plus pure du terroir sur lequel ils s'épanouissent. Ils ont choisi le mode de culture biologique pour la conduite de leur vignoble, et se lancent aujourd'hui dans la biodynamie.
Mais revenons à ce Saumur blanc Billes de Roche 2007, 100% chenin (on peut aussi trouver un peu de chardonnay et de sauvignon dans les blancs de Saumur). En 2006 et 2007, le Saumur blanc de Mélaric était issu de la butte calcaire de Berrie, tout au Sud de l'appellation Saumur. A partir de 2008, il sera issu de la butte de la Cerisaie, au Puy-Notre-Dame. Les terroirs de ces deux endroits, typiques de l'appellation, restent de même nature: des argiles, sur une roche mère de calcaire crayeux turonien: le Tuffeau. "De ce sol argilo-calcaire jaillissent des billes de roche. Chacune apporte son soupçon de fraîcheur, de densité et de complexité." Les vendanges se font manuellement, en cagettes. Les fermentations (très lentes, elles se terminent souvent au Printemps) sont réalisées par les levures indigènes, en fûts de 400 litres de 3 à 7 vins. Le vin est élevé 12 mois sur lies, dans ces mêmes fûts, sans batonnage. L'objectif est de conserver au mieux le CO2 dégagé pendant la fermentation, pour protéger le vin, et le sulfiter le moins possible.
Le Mélaric Billes de Roche 2007 est très limpide, de couleur ocrée, avec des reflets bruns. Il a un joli nez de chenin avec ces notes légèrement oxydatives de cire, de miel, mais aussi de délicates fleurs blanches, de poire, de pêche très mûre. Sa bouche est très pleine, avec pas mal de gras, mais aussi une belle acidité. Le côté cire ressort, mais on sent également une certaine minéralité. Au départ très droit, très tendu, le Billes de Roche 2007 prend au fur et à mesure (de la préparation du Risotto!) beaucoup d'ampleur, de rondeur. Le fruit aussi se fait de plus en plus sentir. C'est un vin qui parle, qui sait d'où il vient, qui nous raconte une histoire: la sienne. Un vin avec beaucoup de personnalité. Très beau. J'aime vraiment beaucoup. (En plus, mariage parfait avec le risotto primavera ;-)) Il paraît qu'à partir de 2008 c'est encore meilleur, mais chut, il n'y en a pas beaucoup!
Mélaric Billes de Roche 2007, Saumur blanc, environ 13€, renseignements ici

lundi 5 avril 2010

Rencontre avec des 2009...

Voilà une belle semaine de passée. Une semaine d'émulation, d'excitation, de courses enivrantes, de dégustations passionnantes. Une semaine riche en découvertes, en retrouvailles, en rencontres. Rencontres avec des personnalités, rencontres avec des vins... Des vins à forte personnalité parfois, d'ailleurs. Non, je ne me suis pas écroulée à la fin de la semaine, comme pourrait le laisser penser ce silence. Juste besoin de prendre l'air, de souffler un peu, de respirer, de rêver. Rêver à ces vins, ceux qui m'ont interpellée. Les imaginer dans quelques années, les projeter, se projeter. Car c'est aussi ça l'exercice des dégustations primeurs: la projection. Est-ce que ce vin me plaira dans quelques années, est-ce que j'aurai envie d'en ouvrir une bouteille, est ce que j'aurai envie de le partager, est ce que j'aurai envie de le boire, ... ? Je repense à ces mots de Kierkegaard: "On ne peut comprendre la vie qu'en regardant en arrière. On ne peut la vivre qu'en regardant en avant". Je crois que j'ai bien vécu cette semaine, alors ;-). Aujourd'hui le millésime 2009 n'est que projection, et dans quelques années il ne sera que souvenirs...
Alors, ce millésime 2009... Je crois qu'effectivement, on peut parler d'hétérogénéité. Hétérogénéité liée au terroir, et à la localisation, c'est indéniable. Mais aussi hétérogénéité liée au style de vinification (des dates de vendanges à l'élevage, en passant par l'extraction). On se retrouve ainsi, sur une même appellation, avec des vins "chauds", et d'autres "verts". Oui, des blocages de maturité ont bien eu lieu, on le sent à ces tanins durs, et verts. Entre les deux, on trouve des vins superbes, profonds, élégants, droits, aux tanins fins et soyeux. Des vins stylés, racés. J'aime! Bon, je dois quand même vous avouer que j'ai eu un gros gros faible pour la rive gauche (sans réelle surprise, je sais...), et en rive gauche un coup de coeur pour l'appellation Saint-Julien, que j'ai trouvée la plus homogène. Quelques Pauillac m'ont également beaucoup parlé...
Pour les Sauternes, la différence de style se fait sentir dans l'équilibre. De très beaux vins dans l'ensemble, grands vins même, mais dont certains ne me parlent pas, parce que pas mon style (je n'ai jamais dit que j'étais objective!). Ah oui, mon style, c'est quoi? Je recherche dans un liquoreux l'acidité, la fraîcheur, et la pureté aromatique.
A propos d'objectivité: Non, je ne la revendique pas. D'autant plus que nous sommes dans une région où je connais un peu mieux les gens, les styles, les idées, la philosophie, la manière de faire. Quelques vins me laissent à penser que je garde quand même un certain recul, une certaine objectivité, malgré tout. Quelques vins que je n'ai pas goûtés à la hauteur de mes attentes. Je n'aime pas la pluie, je crois que les vins en cours d'élevage ne l'aiment pas plus que moi. Ah, cette météo...
Bon, à part Palmer, qui m'a subjuguée, et Calon-Ségur, que j'ai trouvé d'une élégance et d'une finesse incroyables (on aurait dit un Saint-Julien), je n'ai dégusté que les vins présentés lors des dégustations collectives. Allez, je vous livre mes coups de coeur?
Premier jour de dégustation: rive droite, sous la pluie. A l'Association des Crus Classés, mon gros gros coup de coeur, c'est le Château Fonroque. J'ai trouvé ce vin d'une verticalité incroyable, d'une belle élégance, d'une belle profondeur et d'une grande fraîcheur. Ce vin m'a vraiment séduite. J'ai adoré Grand Corbin Despagne également, un très beau vin, ample et profond.
Toujours rive droite, à l'Union des Grands Crus, mon gros coup de coeur est Canon. J'ai adoré sa structure, c'est celui qui m'a le plus parlé. Ensuite, j'ai beaucoup aimé:
  • Figeac, pour sa fraîcheur, son acidité, son style différent, prometteur.
  • Clos Fourtet, pour sa générosité, sa gourmandise, son élégance, un vin toujours fidèle à lui-même.
  • Larcis Ducasse, pour sa fraîcheur et son fruit.
A Pomerol, mon seul coup de coeur à l'Union des Grands Crus est La Conseillante, dont j'ai beaucoup aimé la structure et l'équilibre. Plus tard, j'ai goûté Mazeyres, dont j'ai trouvé l'équilibre superbe, sur l'acidité, avec beaucoup de fraîcheur.
Changement de jour, changement de rive, mais toujours de la pluie... A l'Alliance des Crus Bourgeois, quelques coups de coeur, parmi beaucoup de jolis vins, assez surprenants même:
  • Tour de Bessan, en Margaux, pour ses très jolis tanins, sa structure délicate, son fruit aussi, sa fraîcheur.
  • Brillette, en Moulis, pour ses tanins fins et élégants, son fruité également, sa gourmandise.
  • La Fleur Peyrabon en Pauillac, pour sa belle structure, sa belle matière, sa bouche ample, pleine.
  • Clauzet et Coutelin Merville, en Saint-Estèphe, pour leur structure très "médoc", charnue, et pour leur fraîcheur.
A Cantemerle, pour la dégustation des Moulis, Listrac et Haut-Médoc, je dois dire que le seul véritable coup de coeur que j'ai eu a été Poujeaux. J'adore la structure de ce vin, son caractère médocain, sa bouche ample et charnue, sa profondeur.
Puis direction Desmirail, pour la dégustation des Margaux. J'ai trouvé l'appellation très hétérogène. Trois coups de coeur:
  • Brane-Cantenac, dans son style classique et très élégant que j'aime beaucoup. "Just Brane"... ;-)
  • Giscours, dans un style "brut de décoffrage" assez caractéristique du vin (pour moi en tout cas), que j'aime assez bien je dois dire. Un vin très viril, le plus charnu des Margaux sans doute, dans un style presque opposé à Brane.
  • Monbrison, pour la personnalité de ce vin, sa finesse, sa gourmandise, son élégance, et sa constance.
(Ce jour là, j'ai terminé par les Sauternes, mais je vais rester sur les rouges, et je vous en parle après.)
Troisième jour de dégustation, cap vers Batailley pour la dégustation des Saint-Julien, Pauillac et Saint-Estèphe. Il est vrai qu'il pleuvait un peu moins, ce facteur est sans doute à prendre en compte. Mais la météo ne fait peut être pas tout quand même... J'ai a-do-ré cette dégustation. Bon, l'appellation Saint-Estèphe un peu moins, il est vrai. Un coup de coeur quand même pour Lafon-Rochet, dont la matière et la profondeur m'ont beaucoup plu.
A Pauillac, j'ai eu un réel coup de coeur pour les deux Pichon, dans deux styles très différents:
  • l'un plus austère (mais j'aime les vins austères...), Pichon-Longueville, assez fermé ce jour là, mais profond, terriblement médocain, un vin qui me plaît, qui m'interpelle, qui me donne envie d'y revenir, de mieux le connaître. J'aime vraiment trouver cette part de mystère dans un vin, comme dans Palmer 2009.
  • l'autre plus "civilisé", plus élégant peut-être, plus féminin sans doute, avec ses tanins d'une très grande finesse, Pichon-Lalande.
A Saint-Julien, je crois que j'ai aimé tous les vins (enfin presque). J'ai trouvé que c'était incontestablement l'appellation la plus homogène. Trois coups de coeur cependant:
  • Lagrange, que j'ai trouvé d'une grande élégance, avec une très belle structure.
  • Léoville-Barton, qui ce jour là était plus dans l'opulence que dans l'élégance, mais avec un très bel équilibre, une grande fraîcheur, et une bouche ample et profonde.
  • Gruaud-Larose, surprenant, un très joli vin, bien médocain, avec une belle structure, une belle profondeur, une finale longue.
(Si vous saviez comme j'ai hâte de goûter Léoville Las Cases depuis cette dégustation...)
Et je termine (enfin!) par les Sauternes. De très très beaux vins, en effet... Une mention spéciale pour Fargues, pour sa liqueur divinement suave, sa puissance et sa pureté aromatique. Mais à la recherche d'acidité, j'ai été plus subjuguée par Lafaurie-Peyraguey, Doisy Daëne et surtout, surtout Sigalas-Rabaud. J'ai trouvé ce vin d'une immense pureté, complexité, subtilité même, d'une grande finesse, d'une grande élégance. De la haute couture. Vraiment.
Tout cela m'a donné une terrible envie de Bordeaux, mais j'ai besoin d'une pause, alors je m'en vais de ce pas déguster un Clos La Néore 2007, en écoutant... Hmm, allez Didier Squiban, pour encore mieux me ressourcer! A la vôtre!