jeudi 29 juillet 2010

Les copains d'abord

Dans la série des vins du Domaine des Sablonnettes, de Christine et Joël Ménard (ensuite j'arrête, parce qu'on va encore dire que je suis un peu monomaniaque), après Les copines aussi, et Un brin de causette, il y a Les copains d'abord. D'ailleurs, c'est la cuvée la plus ancienne (Un brin de causette fait partie des "p'tits nouveaux" du millésime 2009, avec Fée des Bulles°°°, méthode ancestrale de chenin).
Les copains d'abord 2009 donc, à goûter absolument. Pourquoi? Parce que c'est bon, évidemment. C'est bon, c'est très frais, c'est simple et en même temps assez subtil, avec des petites notes de tabac qui viennent agrémenter ce fruit si présent et si plaisant. L'attaque peut surprendre, pour son côté perlant; pas d'inquiétude, ça disparaît assez vite. Moi j'aime bien, parce que ça renforce la fraîcheur du vin, et puis ça lui donne un côté "brut de cuve", et ça j'adore!
Les Copains d'abord, c'est du groslot (écrit ainsi sur l'étiquette, mais groslot, gros lot, groleau, ou encore grolleau, tout ça c'est pareil!), complété par du cabernet. Et ça aussi, c'est assez surprenant. Parce que le grolleau (moi j'ai l'habitude de l'écrire comme ça), cépage typique de la Vallée de la Loire, originaire de Touraine, est un cépage plutôt en déclin dans la région. Sans doute victime de l'ère productiviste, on lui a longtemps reproché d'être assez inintéressant, plutôt dilué. (Il faut toujours chercher un coupable, et on oublie parfois de se remettre en question...) Il est surtout utilisé dans la région pour la production de rosés. Et pourtant, cette cuvée Les copains d'abord est surprenante par sa structure. Alors qu'Un brin de causette est tout en longueur, Les copains d'abord est un peu plus charpenté, structuré. Peut-être est-ce simplement la magie de l'assemblage. Je crois surtout que le grolleau du Domaine des Sablonnettes est bichonné: vieilles vignes, petits rendements,... Il n'y a pas de secret!
Voilà en tout cas un bon vin pour l'été... et plus si affinité!



Les copains d'abord, Groslot Cabernet Vendanges 2009, Les Sablonnettes, environ 7.50€,www.sablonnettes.com

jeudi 22 juillet 2010

J'en ai marre, j'veux du Ménard!

Il y a des jours comme ça, parfois des semaines, où rien ne va. Les petits soucis s'accumulent (le léger, jusque là ça va encore), puis cèdent la place aux gros (le lourd, et là déjà ça va moins bien). Alors j'ai essayé pas mal de choses pour vider mon sac. Courir d'abord, très vite et très loin. Crier aussi, très fort, genre "j'en ai marre!!!" Là, aux pieds d'une falaise, avec l'echo, c'est pas mal du tout. Le wakeboard (merci ma petite soeur), c'est radical: ça vide vraiment la tête! Un bon bouquin, ça fait vraiment du bien (par exemple Le mec de la tombe d'à côté, super chouette!). Mettre à fond une musique qu'une amie vous a gentiment conseillée, c'est assez efficace (bon, je ne vous donne pas le titre, c'est du private, mais merci Scribouille...)! Et puis, évidemment, boire un vin qui vous fait plaisir. Un vin bon, mais simple, simplement bon, un vin de copains en fait. A la limite du vin médecin. Alors à défaut de trouver les Beaujolais que je veux, je reviens à mes premières amours, la région où j'ai passé quelques jolies années pour mes études: La Loire! Et dans la Loire... Y'a Ménard!
Chez Christine et Joël Ménard, du Domaine des Sablonnettes (Rablay-sur-Layon) il y a Les Copines aussi (Gamay), dont j'ai déjà eu l'occasion de parler. Mais là, j'avais plutôt envie de cabernet, parce que, je ne le répète jamais assez, mais j'adore le (les) cabernet (franc et sauvignon)! Et je reste impressionnée par la souplesse et la fraîcheur de ceux de la Loire.
Et puis comme j'avais une amie précieuse qui venait dîner, et qu'on avait un grand besoin de refaire le monde, Un Brin de Causette 2009 tombait à point nommé. Le genre de bouteilles que vous ne pouvez boire qu'avec de bons amis, parce qu'honnêtement ouvrir Un brin de causette avec quelqu'un à qui vous n'avez rien à dire, ce serait un peu (beaucoup) ballot, non? J'adore ce vin parce que c'est un vrai vin de soif, à la texture légère, très droite (vraiment longiligne), avec une belle acidité, et un fruit frais et croquant. Et puis "Un brin de causette", j'adore ce nom pour ce qu'il évoque: l'amitié, la convivialité, la joie, le partage, ... Je vous assure que depuis ça va déjà beaucoup mieux!
Un brin de causette, Cabernet Vendanges 2009, Les Sablonnettes, environ 7.50€, www.sablonnettes.com

vendredi 2 juillet 2010

Il fait beau, il fait chaud, je veux du Graillot!

Déjà le mois de juillet qui pointe le bout de son nez... Il fait beau, il fait chaud, très très chaud même...Rosé? Non, pas de rosé. Ce dont j'ai le plus envie là en ce moment, pour débuter la soirée, c'est d'un bon fino servi très très frais. Ce côté très sec là vous voyez, qui augmente la sensation de fraîcheur... Ca j'adore! Les finos de Lustau par exemple sont extras, et accompagnent délicieusement... un gazpacho! Ca, en entrée ou à l'apéritif, c'est un régal! Et puis, en ce moment c'est un temps à manger des grillades je trouve. Tiens, des petites côtes d'agneau par exemple. Et bien pour accompagner ces grillades, ce que j'apprécie particulièrement à cette époque de l'année, c'est le Crozes-Hermitage d'Alain Graillot (là le 2007). Ne cherchez pas à comprendre, c'est comme ça, pour moi c'est la saison du Crozes-Hermitage d'Alain Graillot. Peut-être parce qu'il a un petit air de vins de copains. Parce que c'est fruité et épicé comme une syrah bien mûre, c'est fin, précis, élégant, c'est simple dans le bon sens du terme, et c'est très frais. Pour toutes ces raisons, j'adore! Au premier nez, ne soyez pas surpris par une petite pointe végétale, plus ou moins prononcée selon la période à laquelle on ouvre la bouteille (le vin est un produit vivant!). Elle s'estompe avec l'aération, donc au fur et à mesure du repas, et ne se retrouve pas en bouche. Ce léger caractère végétal susceptible d'apparaître, est dû au type de vinification, en grappes entières, c'est-à-dire avec la rafle. C'est justement cette rafle qui permet d'apporter tant de fraîcheur au vin.
L'appellation Crozes-Hermitage est la plus étendue des appellations du Rhône septentrional. 11 communes de la rive gauche du Rhône, dans la Drôme, bénéficient de cette appellation, représentant aujourd'hui une surface de production de 1500 ha. De l'autre côté du fleuve se situe le vignoble de Saint-Joseph. Au coeur de l'appellation Crozes Hermitage se trouve l'illustre appellation Hermitage, vignoble situé sur la colline du même nom. L'appellation Hermitage est quant à elle une petite appellation en superficie (135 ha environ), mais de très grande renommée. Un grand cru en quelque sorte, qui fait rêver tous les amoureux de la syrah. Car le cépage roi du Rhône septentrionale, c'est en effet la syrah, cépage connu pour son caractère épicé et ses notes particulières de violette. Il existe également des Hermitage et Crozes-Hermitage blancs, faits à partir des cépages roussane et marsanne. A noter qu'une petite proportion (15% maximum) de ces deux cépages blancs peut entrer dans la constitution du vin rouge, pour les deux appellations. Mais si la colline de l'Hermitage est une sorte de paradis pour la syrah, l'appellation Crozes-Hermitage produit elle aussi de très belles choses. Pour Jancis Robinson et Hugh Johnson, dans L' Atlas Mondial du Vin, "le Crozes Hermitage est au grand cru (Hermitage) ce qu'un Gevrey-Chambertin Village est au Chambertin". Au Nord de l'appellation, le terroir est plutôt constitué de coteaux granitiques, alors qu'au Sud on a une dominante alluviale, avec des cailloux amenés par le Rhône (à l'image des terroirs de Châteauneuf du Pape).
Alain Graillot fait aujourd'hui partie des références de l'appellation. Pour Olivier Poussier il est "l'un des meilleurs vignerons de l'appellation". Bien qu'originaire de la région (il a grandi aux pieds de la Côte-Rotie), Alain Graillot n'était pas du tout issu du métier. Après un début de carrière dans les produits phytosanitaires, en région parisienne, il choisit de revenir au pays, et s'installe en tant que viticulteur en 1985. Il commence par un fermage de 17 ha. A cette époque assez productiviste, le vignoble qu'il reprend en mains avait un avantage: les sols avaient toujours été travaillés, jamais désherbés. Alain Graillot continuera dans cette voie, n'utilisant jamais de désherbant. En matière de protection de la vigne, il n'utilise quasiment que cuivre (anti-mildiou) et soufre (anti-oïdium), produits autorisés et utilisés en agriculture biologique, mais ne s'interdit pas d'utiliser d'autres produits en cas de réelle nécessité. C'est pour cette raison que, malgré une philosophie bio très protectrice de son terroir, Alain Graillot ne revendique aucun label. Sa propriété représente aujourd'hui 20 hectares, dont 2 de blanc. Située à Pont de l'Isère très précisément, on se situe au Sud de l'appellation, sur un plateau d'alluvions avec très peu d'argiles et un peu de calcaire et de silice. Depuis le début (Alain Graillot en est à son 25ème millésime), la vendange est vinifiée en grappes entières. J'ai bien aimé la manière dont Alain Graillot explique la raison, avec beaucoup de simplicité et d'humour, de modestie aussi: La première année, quand il a commencé, il n'avait tout simplement pas d'érafloir. Il s'est alors rendu compte que la rafle était une réserve de fraîcheur importante, fraîcheur qu'il recherche justement dans les vins. Cette vinification en grappes entières oblige bien entendu à vendanger très mûr. Pour ses rouges, Alain Graillot pratique la macération à froid. Il laisse le départ en fermentation se faire naturellement, avec les levures indigènes. Après les fermentations malo-lactiques en cuves, les vins sont élevés sur lies en barriques de plusieurs vins (très très peu de bois neuf, 8 barriques sur 300 sur le dernier millésime).
Alain Graillot (ici en compagnie D'Arnaud Plard) lors d'une soirée de présentation de ses vins à la Winery
Alain Graillot est un fervent défenseur de l'appellation : "Je fais du Crozes-Hermitage, pas de la syrah". Sa philosophie est de faire un vin simple, séduisant, accessible au plus grand nombre. Je trouve qu'il y arrive vraiment bien, parce que je vous assure que je n'ai jamais été déçue par ses vins. Bravo Alain Graillot!
Crozes Hermitage d'Alain Graillot 2007, environ 18€