jeudi 30 septembre 2010

Un soir d'automne sur les bords de Dordogne

Ce soir le vent qui frappe à ma porte
Me parle des amours mortes
Devant le feu qui s' éteint
Ce soir c'est une chanson d' automne
Dans la maison qui frissonne
Et je pense aux jours lointains...
J'adore cette chanson de Charles Trenet, et surtout, surtout, la version de Léo Ferré, découverte grâce à Armand Borlant, talentueux photographe, capteur d'authenticité. Si le coeur vous en dit, vous pouvez écouter cette version ici, sur son blog. Je trouve que c'est une musique qui va bien avec cette saison.
Une chanson d'automne... Oui, c'est l'automne, la saison des vendanges, des feuilles rougeoyantes, des couleurs éclatantes, des omelettes aux champignons, des bons petits plats mijotés, des premières compotes de pommes, le retour des matins frais, des soirées au coin du feu à siroter un bon vin en écoutant Chet Baker... Alors pour ce genre de soirée automnale, je voulais un vin: rouge, frais (donc avec une bonne acidité), plus dans la retenue que dans l'opulence, un vin plaisir, un vin simple, surtout pas marqué par le bois, droit, fin, précis, ... (Non non, je ne suis pas exigeante du tout, juste un peu idée fixe!)
Si bien souvent j'aime m'évader dans une autre région que celle où je vis, par curiosité ou simplement par affinité, je suis cette fois partie sur les bords de Dordogne, à Fronsac, chez Paul Barre, avec un Château La Fleur Cailleau 2006. Un vin qui a comblé mes attentes, répondant parfaitement au goût que je recherchais en ce soir d'automne. Un vin tout en retenue, oui, avec une trame bien droite, serrée, qui lui donne cette petite part de mystère que j'aime tant. Un vin sur la fraîcheur, simple mais fin, pur, précis, avec une belle longueur en bouche. Du pur jus avec un joli nez, délicat, de fruits rouges, ainsi que de notes florales, comme la violette. Un vin discret, élégant, qui nous murmure quelque chose à l'oreille. Pas de traces de bois, malgré un élevage en barriques "classique". Un vin qui a beaucoup de style, de personnalité. Un vin affirmé, qui ne se prend pas pour un grand cru. Oh, que ce vin me fait plaisir. Comme ça me fait plaisir de trouver ce style de vin à Bordeaux. Alors merci Paul Barre, vraiment, merci!
Cette bouteille, je l'avais achetée lors de ma visite au domaine, au mois de juillet. Rencontrer Paul Barre, c'est rencontrer un sacré personnage! En bio-dynamie depuis 1990, certifié Demeter depuis 1998, on peut dire que Paul Barre est un bio-dynamiste convaincu. Pourquoi la bio-dynamie? "Pourquoi on tombe amoureux?", répond Paul Barre, avec un sourire rêveur. Difficile d'avoir toutes les réponses aux questions posées, Paul Barre aime les anecdotes, il aime plaisanter, il aime philosopher, citer Kant, puis Zola. Et puis Steiner, évidemment. "La lecture de toute une vie", dit-il. Pourtant, au fur et à mesure de la visite, on obtient les réponses. Car avec Paul Barre, tout coule de source, tout est question de bon sens. Qu'est ce que la bio-dynamie? "De l'agriculture". Pour lui, la bio-dynamie est de la science pure: "on fait, on observe, on conclut". Cette fameuse "observation", que l'on semble avoir parfois oubliée, primordiale en bio-dynamie, essentielle dans l'agriculture. "Il n'empêche qu'on se remet parfois en question", poursuit Paul Barre. "Les dilutions sont tellement importantes que l'on se demande si ce n'est pas que de l'eau qu'on applique". Alors on fait, et on observe. Ou on ne fait pas, et on observe... On observe par exemple qu'une parcelle sur laquelle on a fait l'impasse d'une tisane d'ortie se porte moins bien que les autres. Alors on conclut...
Depuis son installation en 1974, Paul Barre a eu le temps de beaucoup observer. "Gentiment libéré de ses obligations par les enseignants", comme il aime à dire, toujours avec un sourire en coin, Paul barre commence par prendre en métayage le Château La Grave, sur l'appellation Fronsac, qui avait appartenu à son trisaïeul. Son épouse et lui rachèteront le domaine en 1999. Parallèlement, en 1982, il crée le domaine La Fleur Cailleau, grâce à l'achat de parcelles en appellation Canon-Fronsac. Aujourd'hui, les vignobles Paul Barre se composent donc de deux domaines:
  • Le Château La Grave, 4 hectares en Fronsac.
  • Le Château La Fleur Cailleau, 3 hectares en Canon-Fronsac.
Durant ses débuts dans l'agriculture, Paul Barre croisera plusieurs fois la bio-dynamie, avec des hommes dont il se dit qu'ils sont fous. Ou avec une cousine, agricultrice en Corrèze, en bio-dynamie, "mais elle, elle est vraiment folle", dit-il, toujours sur le ton de l'humour. Pourtant, la lecture de toute l'oeuvre de Zola durant son année à la Tour Blanche a stimulé chez Paul Barre un "esprit de révolte" (et de bien préciser "attention, révolté, mais pas révolutionnaire"), et de nombreuses réflexions... qui le mèneront à "signer un contrat" avec la bio-dynamie le 1er mars 1990. Dans le même temps, sa mère, Madame Barre, qui gérait à l'époque le Château Pavie-Macquin, se lance également dans la bio-dynamie. Pas de phénomène de mode chez les Barre, mais une vraie philosophie de vie, une vraie remise en question. Quand j'interroge Paul Barre sur la progression de la bio-dynamie actuellement, sur cet engouement, il me répond, avec son ironie constante: "parfois, je me demande si je ne suis pas le seul à ne pas en faire" (j'adore!).
Sur son dynamiseur en bois (un dynamiseur est une cuve à l'intérieur de laquelle se trouvent deux pales dont la rotation, dans un sens, puis dans l'autre, va créer un effet vortex, puis un chaos, permettant de "dynamiser" la solution, autrement dit concentrer les énergies se trouvant dans la substance) une inscription: Penser, Ressentir, Vouloir. "Ressentir", tellement important quand on fait du vin. Sans aucun doute une des clés pour produire des vins authentiques, comme Paul Barre. Des vins affirmés, des vins vrais. Oui, ressentir un lieu, ressentir un terroir, ressentir ce que les vignes ont envie de donner, ce que le vin a envie de nous dire. Ainsi, même si Paul Barre s'irrite du cahier des charges du syndicat de l'appellation, et se demande s'il continuera à demander l'agrément, il affirme, avec sincérité: "J'aime Fronsac, j'aime mon appellation". On le ressent dans ses vins, justement, à leur authenticité.
Penser, Vouloir, Ressentir... Cette saison, avec ce vin... Je me laisse aller à mon instinct, qui me guide vers une autre chanson, de Gainsbourg cette fois, qui s'accorde bien avec La Fleur Cailleau: La chanson de Prévert. J'ai bien envie de la partager avec vous. Alors on aura commencé en musique, et on terminera également en musique, avec un verre de La Fleur Cailleau, au moins dans la tête. A la vôtre!



Château La Grave (Fronsac), de 10,50 à 12,50€ selon millésime, et Château La Fleur Cailleau (Canon Fronsac), de 15 à 18€ selon millésime, Paul Barre, www.vignoblespaulbarre.com, en vente sur le site

vendredi 24 septembre 2010

Un vendredi (du vin!) acrobatique

Aujourd'hui c'est vendredi. Un joli vendredi qui nous sourit. Le premier de l'automne. Et le dernier de septembre. Et le dernier vendredi de chaque mois est un vendredi... du vin! Ce mois-ci, pour les Vendredis du Vin # 29, c'est François, de Bourgogne Live, qui a défini le thème: "Vive la quille".
"Partagez avec nous LA bouteille qui vous a fait craquer, et dites nous si l'ivresse était à la hauteur". Ca tombe bien, parce que j'avais très envie de vous parler d'un vin, dont la bouteille, et son contenu, m'ont beaucoup plu! Alors en ce joli vendredi, je vous parlerai de grolleau... oui, mais de grolleau gris! Car la bouteille qui m'a fait craquer, c'est la Cuvée L'Acrobate de Julie et Toby Bainbridge. Un rosé de grolleau (groleau, gros lot, etc. Vous vous rappelez?), fait à Chavagnes-les-eaux (Maine et Loire), près de Thouarcé, dans l'aire d'appellation des Coteaux-du-Layon, Anjou, etc... Mais sans appellation, car la Cuvée L'Acrobate est un vin de table (ça vous rappelle quelqu'un?).
Si cette bouteille me plaît tant, c'est parce que je la trouve surprenante, différente, un brin provocante. C'est une bouteille lourde, de méthode champenoise, ou crémant, ou ce que vous voulez (des bulles, oui des bulles!). Et cette bouteille est bouchée non pas avec un bouchon, mais avec une capsule. Pas une capsule à vis, non plus, une capsule de dégorgement (ou de bière, si vous préférez), ces mêmes capsules que l'on met sur les bouteilles de champagne (ou méthode champenoise) lors de la deuxième fermentation, la "prise de mousse". Alors forcément, sur un rosé "tranquille" (pas de bulles!), ça peut surprendre. Ca donne à cette bouteille beaucoup de caractère. Un côté musclé, trapu, costaud, bien ancré. L'étiquette est quant à elle épurée, simple, claire, raffinée: exactement comme j'aime! Alors cette association bouteille lourde, cette capsule "de bière" finalement, avec cette étiquette élégante, ça lui donne un côté décalé et un air de ne pas y toucher... que j'adore!
Ce qui est assez amusant, c'est de connaître l'histoire de cette bouteille. Pour cela, il va falloir que je vous raconte l'aventure de Julie et Toby Bainbridge. Vous avez un peu de temps pour une petite balade sur les bords de Loire?
Bainbridge, ça ne sonne pas tellement français. Toby est anglais, Julie américaine. Toby est arrivé dans la Loire en 1997, durant ses études d'Agriculture, grâce à un partenariat entre son école anglaise, et l'ESA d'Angers. C'est à l'ESA qu'il découvre la viticulture, puis l'oenologie, et qu'il se prend de passion pour la vigne et le vin. Plus tard, il apprendra réellement le métier auprès de Christophe Daviau, puis Didier Chaffardon, avant de rejoindre en 2005 Agnès et René Mosse. En 2007, Julie et Toby décident de se lancer eux aussi dans l'aventure, en cultivant leurs propres vignes, en faisant leur propre vin. Ils achètent une parcelle de 86 ares de vieux pieds de grolleau, datant probablement du début des années 1900. L'aventure commence. Il faudra d'abord remettre cette parcelle en état, redresser les pieds à la taille, remplacer les nombreux manquants. La production des premières années est donc extrêmement faible. Comme ceux auprès desquels il a appris le métier, Toby a choisi le mode de culture biologique pour la conduite de son vignoble.
Parallèlement, Toby continue à travailler chez les Mosse, jonglant du mieux qu'il peut entre sa vie professionnelle, sa vie de famille, ses propres vignes... D'où le nom de sa cuvée: L'Acrobate (sacrée acrobatie pendant les vendanges et les vinifications d'ailleurs...). Les Danseurs sera le nom de leur rosé pétillant, produit seulement les deux premières années. Ce sont des rosés de pressurage direct, élaboré avec un vieux pressoir vertical. La Cuvée Rouge aux Lèvres est le nom de leur vin rouge (100% grolleau). Depuis peu, ils ont repris un fermage d'1 hectare 30 de chenin dans l'aire d'appellation Bonnezeaux, où ils produisent une cuvée de blanc sec: Les Jongleurs.
Le choix de la bouteille, et de la capsule, relève en partie du hasard (encore le hasard, oui...). La première année, Toby et Julie louaient une petite cave, dans laquelle il était impossible de brancher un appareil triphasé. Donc pas de boucheuse, et pas de sertisseuse. C'est alors qu'ils ont eu l'idée d'utiliser ces capsules, pouvant être mises à la main. Le choix des bouteilles en a découlé, puisque les bouteilles de méthode champenoise sont prévues pour recevoir ces petites capsules durant la deuxième fermentation, avant la phase de dégorgement. Julie et Toby ont alors fait le choix de garder ce packaging "original" dans tous les sens du terme. "Les hasards de notre vie nous ressemblent" (Elsa Triolet). Moi, pour le peu que je les connaisse, je trouve que ça leur va bien.
Bon ce rosé, je vous en parle quand même? Un petit verre de L'Acrobate, ça vous tente? Vous aurez peut-être remarqué que je ne suis pas une grande consommatrice de rosé. J'en bois, mais bien souvent ça ne me parle pas. Ce qui ne fut pas le cas de l'Acrobate. Le nez de l'Acrobate m'a étrangement fait penser à un gamay (et là déjà, rien qu'au démarrage, je fonds, parce que le gamay, c'est ma petite madeleine de Proust à moi). Etrangement ou pas d'ailleurs, parce que pour info, j'ai découvert, dans mon petit précis d'ampélographie pratique (de Pierre Galet) que le grolleau était aussi appelé gamay groslot à Thouarcé (hasard?...). La bouche est assez ronde, grasse, pleine, structurée. C'est un vin qui a du style, du caractère, du chien, un vin qui parle, qui s'exprime, qui évolue dans le verre et au cours du repas... J'adore! Alors oui, l'ivresse était bien à la hauteur de la bouteille. Le tout constituant une belle harmonie. Bravo aux créateurs de L'Acrobate!
L'Acrobate, les Danseurs, les Jongleurs, Rouge aux Lèvres. Des vins à découvrir, des vins de plaisir, des vins de copains, des vins de fête, des vins chouettes... A goûter, absolument!
Cuvée L'Acrobate, Vin de Table de France, Julie et Toby Bainbridge, Chavagnes-Les-Eaux (49), 20€ les 3 bouteilles (Rouge, blanc, bulles si vous voulez!), en vente au salon Anges Vins par exemple.

vendredi 17 septembre 2010

Des saveurs de blé noir dans un pays bleu...

Si faire du vin est un art, cuisiner l'est aussi. Derrière un vin, il y a un homme. Derrière un plat, il y a un chef. L'art de la cuisine fait appel au propre goût de celui qui la fait, à sa sensibilité, à sa créativité, à la recherche des meilleurs accords, ... A son passé sans doute aussi, aux souvenirs d'enfance qui ont éveillé ses papilles, à sa région d'origine ou de prédilection donc certainement.
"Toujours savoir qui l'on est, ce que l'on fait et où l'on va", écrit Olivier Bellin dans la préface de son livre Saveur blé noir en Finistère. Olivier Bellin sait d'où il vient, c'est une certitude. Car le jeune chef de l'Auberge des Glazicks, est un vrai breton, amoureux de sa région. Sa cuisine est une merveille. "Hommage d'un breton à la Bretagne": tel est le nom qu'il a donné à un de ses pré-desserts. Mais toute sa cuisine est un hommage à la Bretagne. L'hommage d'un grand chef à sa terre d'origine. Oui, l'"hommage d'un breton à la Bretagne".
L'Auberge des Glazicks, c'est à Plomodiern, petit village du Finistère, situé sur les hauteurs du Menez-Hom (330 mètres), surplombant la baie de Douarnenez (un coin à découvrir absolument). Après avoir fait ses classes auprès de grands chefs comme Joël Robuchon, ou Jacques Thorel, Olivier Bellin a repris en 1999 le restaurant familial, autrefois tenu par sa grand-mère, puis par sa mère. Pas facile, de se faire connaître, quand on est ainsi dans ce petit coin perdu du Finistère, au bout de la terre, au bout du monde... Et pourtant... Pourtant, très vite, Olivier Bellin se fera remarquer. En 2005, le Guide Michelin lui décerne sa première étoile. En 2010, l'Auberge des Glazicks obtient deux étoiles... Deux belles étoiles, grandement méritées... Vraiment!
Si je suis parfois un peu sévère (ou simplement exigeante) avec les étoilés, j'ai trouvé la cuisine d'Olivier Bellin régalante, du début à la fin. Des plats aux saveurs exquises, des mélanges de texture sublimes. La cuisine d'Olivier Bellin est un voyage gourmand à travers la Bretagne. Les produits du terroir breton sont mis à l'honneur. Comme ce Finistère qui s'avance dans la mer, les produits de la terre et de la mer s'assemblent, se marient, se provoquent, se défient, se fondent. Et nous avec...
Oui, on fond sur ses langoustines (relevées d'une délicate touche de coriandre apportant beaucoup de finesse et de fraîcheur au plat), sur son homard, sur ses poissons... Le tout, cuit à la perfection! On croque dans les cocos de Paimpol, on savoure le blé noir (même dans le beurre... Et quel beurre! Mmm...), on redécouvre le lait ribot, puis le gros lait. Et puis pour finir, on se délecte d'une touche sucrée légère et rafraîchissante (l'accord d'un sorbet au basilic avec du chocolat était fabuleux).
Langoustine "Rouge" en Involtini de Tête de Cochon
Ananas et Jus Boudin Noir
Homard Bleu "été 2010"
Bar Rôti, Deux Trois Tomates
Lait Ribot Emulsionné
Alors que boit-on à l'Auberge des Glazicks? Du blanc si on veut. Du rouge si on préfère (oui oui, on peut très bien faire poisson-rouge). Et moi, j'ai tendance à avoir un faible pour le rouge (déformation bretonne peut-être?)... Du Bordeaux? Non, pas quand on y habite. Même quand on est bretonne (et les bretons aiment le Bordeaux, c'est indéniable), et même quand on voit du Fonroque (Mmmm) sur la carte. On imaginerait bien un pinot noir de Bourgogne, mais ces derniers sont encore un peu jeunes je trouve, alors on attendra un peu (dommage, je pense que ça aurait été top). On hésite pour un cabernet de la Loire, comme un Chinon de Philippe Alliet. Et puis finalement, on se dit pourquoi pas une jolie syrah du Rhône, en voyant une Côte Rotie de Jean-Michel Stephan, ou un Cornas "Les Terrasses du Serre" 2006 de Matthieu Barret (que j'avais découvert ici). C'est d'ailleurs ce dernier qui sera retenu, grâce aux conseils avisés de Romuald Ravillon, jeune sommelier fin connaisseur. Le Cornas de Matthieu Barret a un premier nez de framboise, de fruits rouges, de mûre un peu aussi. Puis il s'ouvre sur la violette. La bouche explose de fruits. Sa trame est très très belle, avec une matière bien présente, mais très douce, veloutée, et une belle acidité. Superbe.
Et puis, moi quand je vais dans un grand restaurant, j'aime bien rencontrer le chef. Je trouve cela important même. Alors quand avant de partir, on se retrouve à discuter un petit moment sur le pas de la porte avec Olivier Bellin, et que l'on découvre un homme simple, modeste, drôle, qui nous raconte avec son accent du pays son parcours, ses projets, qui met en avant son personnel, et qui finit par dire "Allez, salut, à la prochaine" ... on est complètement sous le charme!
Bon, vous l'aurez compris, l'auberge des Glazicks est mon gros gros coup de coeur du moment. Une adresse que je vous recommande vivement!
L'Auberge des Glazicks, 7 rue de la Plage, 29550 PLOMODIERN, www.aubergedesglazick.com

mercredi 8 septembre 2010

De crêpes et de cidre...

Si le phénomène des vins de garage a bel et bien existé et connu sa période de gloire, on connaît peu les crêpes de garage. Et pourtant...
Le principe des crêpes de garage est assez simple: vous faites des crêpes, dans un garage. Ou mieux: vous avez une grande tante qui excelle dans les crêpes. Equipée de deux billigs (sur l'un elle étale sa pâte et façonne la crêpe, sur l'autre, elle cuit l'autre face et ajoute les ingrédients que vous souhaitez), elle a le geste sûr et précis de la personne qui a longtemps longtemps pratiqué. Et là, dans un petit garage situé en plus, dans le Pays des Glaziks (Ar Vro C'hlazik), vous vous retrouvez à déguster les meilleures crêpes du monde. Salées (blé noir) ou sucrées (froment), ces crêpes sont fines comme de la dentelle, et d'une légèreté incroyable (légèreté trompeuse, quand on voit la baratte de beurre qui diminue progressivement jusqu'à disparaître... Mais n'est-ce pas là, le secret?). C'est bon, c'est craquant, c'est croustillant... C'est divin! Oui, j'ai cette chance. Et vu le nombre de crêperies de mauvaises qualités qui se développent un peu partout, je pense que le concept de crêpes de garage a beaucoup d'avenir devant lui.
Alors, avec ces crêpes de garage, que boit-on? On boit du cidre, évidemment. Un produit que je consomme avec de plus en plus de plaisir. Finis ces "goûts de ferme", que l'on a longtemps attribués au terroir (pauvre terroir, il a bon dos parfois...), mais qui n'étaient autres que des éthyl-phénols, phénols volatils formés par des levures de contamination appelées Brettanomyces (on lit ou entend souvent "ça sent les Brett"... Mais soyons clairs, les brettanomyces n'ont pas d'odeur). Non, on trouve aujourd'hui de plus en plus de très bons cidres, fruités à souhait, purs, nets, précis.
Il faut dire que la production de cidre a été amplement délaissée pendant de nombreuses années, au profit de la filière viticole. En 1913, la France produisait plus de 15 millions d'hectolitres... Elle n'en produit plus qu'un million. Sont passés par là essentiellement l'arrivée des vins (d'Algérie notamment) bon marché qui ont remplacé le cidre comme boisson au cours des repas (dans les régions cidricoles, le cidre était LA boisson des repas), les subventions à l'arrachage données par le ministère de l'agriculture en 1953, l'exode rural, ... La filière a donc connu une forte période de déclin. Et puis, vers les années 80, ce fut un peu la révolution. Divers instituts se créent, afin d'accompagner les producteurs, de les conseiller, de les aider à mieux produire qualitativement. Les pratiques vont changer, parfois radicalement (alors que traditionnellement on faisait fermenter des pommes pourries, on cherche aujourd'hui à travailler avec un fuit sain), on attache davantage d'importance à l'hygiène (afin d'éviter, justement, des déviations dues à des contaminations diverses, comme les Brettanomyces). On privilégie le fruit, qui lorsqu'il est pur, met en valeur le terroir (véritablement, cette fois). Le cidre devient plus fin, plus élégant, plus marqué par sa terre d'origine. Et si sa terre d'origine est aussi la mienne, vous comprendrez qu'il prend pour moi une valeur toute particulière...
Alors mon gros coup de coeur du moment, c'est le cidre des Vergers de Kermabo, d'Anne et Eugène le Guerroué. Installés dans un endroit superbe, la campagne bretonne à une minute de la plage (j'adore!), sur les hauteurs de Guidel (d'où l'on voit la mer... Mmmm...), petite commune du Morbihan, Anne et Eugène Le Guerroué ont repris l'exploitation familiale en 1985. Alors que l'exploitation était essentiellement centrée sur l'élevage de vaches laitières, ils décident de consacrer entièrement leurs 8 hectares à la production cidricole. Depuis 2008, ils ont choisi la culture biologique pour la conduite de leurs vergers. Leur cidre est absolument délicieux. On croque la pomme, c'est fin, c'est pur, c'est bon, ça se boit comme du jus de pommes. J'adore!
Yec'hed mat!
Vergers de Kermabo, Anne et Eugène Le Guerroué, 56520 Guidel
Pour les crêpes: l'adresse et la recette... Secret de famille! (Sorry...)

lundi 6 septembre 2010

En passant par Saint-Emilion...

J'adore le vin. J'adore le vin pour le plaisir qu'il procure. Je trouve ce produit extraordinaire, fascinant, envoûtant. Et j'adore le vin pour les rencontres (une fois de plus) qu'il fait faire. Chaque fois que je rencontre un vigneron, je me souviens pourquoi, il y a quelques années, j'ai choisi la voie de l'agriculture, puis de la viticulture. J'aime les vrais paysans, ces gens authentiques, passionnés, simples, humbles, respectueux d'une nature qui pourtant peut leur être fatale, qui cultivent leurs terres avec amour, et rendent hommage à un terroir. Oui, j'aime ces gens.
Le dernier week-end du mois d'août fut un vrai moment de partage, autour de Saint-Emilion. Rencontre avec un blogueur d'abord, Emmanuel Delmas, du blog du sommelier. Passionné, énergique, drôle, ouvert, curieux et à l'écoute des autres, Emmanuel part régulièrement à la rencontre de vignerons. Ensemble, nous avons fait connaissance avec 3 personnalités. 3 hommes, 3 styles, 3 vins. Nous étions accompagnés par la douce Marilyn Johnson, journaliste engagée et positive, dont le site I love Saint-Emilion est riche d'informations sur la région.
La première rencontre que nous avons faite est celle avec Pierre Bernault, du Château Beauséjour, à Montagne-Saint-Emilion. Un physique étrangement ressemblant à Sean Connery, une voix grave et profonde, Pierre Bernault est, il faut le dire, un homme tout à fait charmant. Mais bien au delà de ça, Pierre Bernault fait, sur son domaine de 12 hectares situé au sommet de Montagne, des vins absolument délicieux. Sur ses 4 cuvées, j'en ai goûté 3, qui m'ont beaucoup plues. Assemblage variable de merlot et cabernet franc, toutes expriment un très beau fruit, un fruit frais et croquant, et beaucoup d'élégance. La cuvée 1901, plus en puissance que les autres, est remarquable. Malgré un élevage en barriques dont 80% de barriques neuves minimum, on sent un fruit (fruits rouges) très pur, agrémenté de notes de violette. La finale (longue) laisse une sensation de fraîcheur, signe d'une acidité présente donnant un équilibre parfait au vin. J'ai particulièrement aimé le 2007, millésime difficile à Bordeaux il est vrai, mais pouvant donner de très belles choses (la preuve!).
Pierre Bernault et Emmanuel Delmas, au Château Beauséjour
Photo © Marilyn Johnson
Photo © Marilyn Johnson
La deuxième rencontre, c'est celle avec Alain Moueix, du Château Fonroque, à Saint-Emilion. Bon, je l'avoue, ce n'était pas la première fois que je rencontrais Alain, parce que depuis mon coup de coeur pour son vin lors des primeurs, je ne manque pas une occasion de venir visiter Fonroque. J'adore Fonroque, et je suis très admirative (pour ne pas dire fan) d'Alain Moueix. Admirative du vigneron, et de l'homme. Le vigneron pour son approche extrêmement respectueuse de ses vignes, de son terroir, et de leur environnement. Appliquant la bio-dynamie sur les 17 hectares du domaine depuis 2002, Alain sait expliquer de manière très raisonnée et pragmatique les pratiques de ce mode de culture, tout en précisant bien que celui qui ne croit que ce qu'il voit ne pourra y être sensible. Je vous en parlerai plus longuement à l'occasion, car les visites que je fais à Fonroque me captivent à chaque fois. Alain aime son domaine, son terroir, ses vignes, son vin. Il les aime, les respecte, les écoute, les laisse vivre, s'exprimer. A Fonroque tout paraît évident, simple, naturel, logique. Au-delà du vigneron, je suis admirative de l'homme pour son humilité, son incroyable modestie, son ouverture d'esprit. Sa Sagesse finalement. Oui, cette Sagesse (rare) m'impressionne. Pour moi Alain Moueix est un exemple à Bordeaux, un modèle. Son vin est pour Emmanuel et moi, notre "chouchou" de la région. Moi j'aime Fonroque pour sa finesse et son élégance, ses notes florales exprimant beaucoup de classe et d'allure, pour son équilibre remarquable avec cette fraîcheur que je recherche toujours dans un vin, et ce côté très droit, très "tendu", ce que je résume par verticalité. Cette pointe d'austérité également, que j'apprécie beaucoup dans les vins, et que Pierre Bernault, qui nous accompagnait, a parfaitement résumé par "retenue". Oui, ce vin a une retenue, une discrétion, qui le rend mystérieux. Et trouver une part de mystère dans un vin, ça vraiment, j'adore!
Alain Moueix, dans les vignes de Fonroque
Et puis enfin, dernière rencontre (pour le week-end!), celle d'Arnaud Daudier de Cassini, de Cassini (pas "château"), à Saint-Emilion. Emmanuel connaissait déjà Arnaud, et appréciait grandement le personnage, ainsi que ses vins. J'ai assez vite compris pourquoi... Arnaud est un vrai paysan dans l'âme. Un homme simple, généreux, chaleureux, qui aime ce qu'il fait, qui aime les autres, qui aime la vie tout court. Il nous a reçu avec beaucoup de convivialité, on ressentait chez lui un bonheur immense à partager, à rencontrer aussi, à écouter. Tout cela avec une grande ouverture d'esprit. Sur son domaine d'à peine 2 hectares qu'il cultive en bio, il produit un vin qui lui ressemble. Un vin de partage, un vin de plaisir, un vin gouleyant, du fruit (rouge!), du fruit, et encore du fruit (pas de bois, élevage en cuves béton).
Photo © Emmanuel Delmas
3 vins, 3 hommes, 3 rencontres. 3 moments géniaux partagés dans la joie et la bonne humeur. Que du bonheur! Merci Emmanuel, merci Marilyn, merci Pierre, merci Alain, merci Arnaud, continuez comme ça, parce que vous faites du bien autour de vous!
Château Beauséjour, Pierre Bernault, AOC Montagne-Saint-Emilion, www.chateau-beausejour.com (vente de vin en ligne)
Château Fonroque, Alain Moueix, AOC Saint-Emilion Grand Cru, www.chateaufonroque.com
Cassini, Arnaud Daudier de Cassini, AOC Saint-Emilion, www.cassini.viticulteur.free.fr