dimanche 24 octobre 2010

Et si on buvait du Givry?

C'est Dimanche après-midi, tombe la pluie. Alors en attendant l'accalmie, je repense à ce Givry... Le Givry En Veau Vieilles Vignes 2008, du Domaine Joblot. Un vin vraiment sur le fruit, hyper beau, je vous le dis!
Et nous voilà donc repartis sur ces terres bourguignonnes, paradis terrestre des pinot noir et chardonnay. Chardonnay ici, puisqu'il s'agit d'un Givry blanc, bien que l'appellation Givry soit principalement une appellation de rouge. Alors Givry c'est où, c'est quoi, c'est comment, c'est qui, ...? Givry se situe sur la Côte Chalonnaise, située au sud de la Côte de Beaune (pour la petite révision sur la Bourgogne, c'est ici). Moins réputée que les deux côtes juste au-dessus (Côte de Beaune et Côte de Nuits), la Côte Chalonnaise (qui tire son nom de la ville de Chalon-Sur-Saône), dispose de 5 appellations communales: Bouzeron, Rully, Mercurey, Givry et Montagny. Située juste au centre de la Côte Chalonnaise, l'appellation Givry en est la plus petite communale, avec un vignoble représentant environ 300 hectares (dont 80% de pinot noir). Pourtant, c'est aussi celle qui se fait le plus remarquer aujourd'hui. Deux raisons à cela: Son homogénéité qualitative d'une part, et le dynamisme de ses vignerons d'autre part.
Comme les communales de la Côte de Beaune et de la Côte de Nuits, le vignoble de Givry est principalement implanté sur les coteaux qui entourent les 3 communes bénéficiant de l'appellation: Givry, Dracy-le-Fort, et Jambles. Ces coteaux bénéficient d'une uniformité de sol (la vigne est installée sur des couches marno-calcaires, assurant un excellent drainage), ainsi que d'exposition (principalement est, un peu sud également). On distingue également sur cette appellation des "premiers crus", qui sont ici au nombre de 26. Les plus réputés se situent presque toujours en haut du coteau qui surplombe la ville de Givry.
Parmi les viticulteurs phares de cette appellation, les frères Joblot se sont fait remarquer depuis quelques années déjà. Alors que Givry avait la réputation de faire des vins légers, faciles, agréables, Jean-Marc et Vincent Joblot sont des précurseurs, dans l'appellation, d'un style de vinification cherchant davantage de charnu, de rondeur, de concentration, tout en maintenant une belle élégance et une grande pureté de fruit. Pour obtenir ainsi une belle concentration, l'essentiel du travail se fait à la vigne, alors qu'au chai les frères Joblot sont partisans d'un interventionnisme minimum.
Ce Givry en Veau 2008 est d'un fruité incroyable, pur, avec une petite touche minérale lui donnant beaucoup d'élégance. La bouche est ronde, ample, assez puissante, mais dotée d'une belle acidité apportant beaucoup de fraîcheur. Un vin sur le fruit, gourmand, vif et rond à la fois. Vraiment très chouette!
Si les frères Joblot sont, avec quelques autres viticulteurs de l'appellation comme les Lumpp, Mouton, Ragot, Sarrazin, des vedettes de l'appellation, derrière eux un grand nombre de viticulteurs méritent d'être connus. Givry, une belle appellation bourguignonne, en plein essor, avec de très jolis vins, qui en plus ont le mérite d'être à des prix abordables. A découvrir donc!
Allez, ouf la pluie est repartie, mais c'est déjà bientôt la nuit, je crois que je vais ouvrir une autre bouteille de Givry. Ca vous dit?
Givry En Veau Vieilles Vignes 2008, Domaine Joblot, 71640 Givry

jeudi 14 octobre 2010

Il fait beau, mais pas chaud, c'est du cinsault qu'il me faut!

C'est l'Automne, oui, c'est bien l'Automne, "les feuilles mortes se ramassent à la pelle".... Mais les derniers rayons de soleil réchauffent nos journées, et nous permettent de profiter encore de quelques légumes d'été. Au marché, j'aperçois sur les étals aubergines et tomates... Ouf, de quoi faire une dernière parmigiana (ou qui sait, peut-être avant dernière): Mmmm... Et avec la parmigiana, on boit quoi? Pour moi un vin du sud, forcément. Tiens, et si on partait dans le Roussillon? Ca fait longtemps qu'on n'a pas arpenté les coteaux des contreforts des Pyrénées je trouve... Allez, zou, cap sur le Roussillon, avec une cuvée L'Ubac du Domaine Clos du Rouge Gorge 2005, de Cyril Fhal. Vous connaissez?
Un vin de soleil ne veut pas (ou plus) dire un vin sans fraîcheur, qu'on se le dise. Les Gérard Gauby and co nous l'avaient déjà prouvé. Les vins de Cyril Fhal le confirment. En particulier cette cuvée, L'Ubac, étonnante, surprenante, remarquable.
Cyril Fhal est un jeune vigneron, installé depuis 2002 à Latour-de-France, petit village juste situé à la frontière catalane, sur les contreforts des pyrénées. Le domaine Clos du Rouge Gorge se compose de 5 hectares de coteaux, plantés principalement en carignan (2,5 ha), ainsi que grenache et cinsault pour les rouges, et macabeu pour les blancs. Des cépages très typiques du Roussillon, dont certains ont pourtant été délaissés au profit de la syrah. En effet, en 1977, le décret de l'AOC Côtes du Roussillon exige un minimum de 30% de syrah et/ou mourvèdre. Ardent défenseur des cépages autochtones, donnant caractère et typicité aux vins, Cyril Fhal préfère se contenter de la mention "vin de pays des côtes catalanes", plutôt que de se plier à ce courant qui ne le séduit pas. La plus grosse partie des vignes du domaine sont âgées de 50 à 100 ans. Un joli terroir rocheux de gneiss, une altitude moyenne de 200 à 250 mètres, une exposition Est ou Nord... des conditions qui laissent augurer une certaine fraîcheur dans les vins.
Quand il a repris le domaine en 2002, Cyril Fhal a concentré ses efforts sur la revitalisation des sols, selon lui gage de qualité des vins, notamment en terme de finesse et de complexité. Aucun produit chimique, des sols travaillés avec des outils légers afin d'éviter le tassement, quelques bandes d'herbes conservées jouant le rôle de niche écologique. Dès le départ, le domaine est conduit en bio-dynamie. Pour Cyril Fhal, la bio-dynamie a permis aux vignes de retrouver un équilibre naturel, en renforçant par exemple leur immunité face aux maladies classiques (mildiou, oïdium). De plus, les degrés d'alcool ont diminué, sans pour autant refléter un manque de maturité, loin de là. Au chai, Cyril Fhal cherche à obtenir les vins les plus fruités et les plus purs possibles. Des fermentations à basse température permettent de maintenir ce fruit, les extractions sont très douces, l'élevage en barriques bien maîtrisé (moins de 10% de barriques neuves), l'apport de soufre est limité.
L'Ubac a en effet un joli nez de fruits rouges bien mûrs, d'épices aussi, avec une pointe réglissée. La bouche est pure, très droite, très fraîche, très "tendue", d'une belle longueur, d'un superbe équilibre, d'une grande finesse... J'adore!
L'Ubac est une cuvée issue d'une parcelle de vieilles vignes, portant le même nom, à dominante de cinsault (et le cinsault, on pourrait en boire des tonneaux), cépage rarement seul mais réputé pour apporter finesse et fruité en assemblage avec le grenache par exemple. Un peu comme le grolleau, le cinsault a eu pendant quelques années mauvaise réputation en raison de plantations massives de ce cépage sur des terres trop fertiles. C'est sur des terres pauvres que le cinsault révèle toute sa finesse, son élégance, sa typicité. Alors imaginez un peu ce que peuvent donner de vieilles vignes de cinsault sur ces coteaux de gneiss, exposés au Nord, avec une pente à 40%... Ca donne ce vin, superbe, qu'est L'Ubac du Clos du Rouge Gorge. Le 2005 est un 100% cinsault, certains millésimes comportent également un peu de carignan. D'ailleurs, les montagneux qui liront ces lignes le savent déjà, mais l'ubac est le nom donné au versant d'une montagne qui reçoit la plus petite exposition au soleil (donc chez nous en France versant nord), à l'inverse de l'adret, qui reçoit la plus forte exposition. Le seul bémol, c'est que ces vieilles vignes ne produisent finalement que très peu (environ 15hl/ha), et sur un petit bout de parcelle, ça ne fait donc pas beaucoup de bouteilles. Alors si comme moi vous avez la chance d'en trouver un jour sur votre chemin, allez y, sautez sur l'occasion. Un vin incroyable de fraîcheur, de finesse, d'élégance, de caractère: top, top, top, j'adore!
Domaine Clos du Rouge Gorge, Cuvée L'Ubac, Vin de pays des Côtes Catalanes, Cyril Fhal vigneron à Latour de France (en vente à la Winery, par exemple)
Bu sur le web et apprécié aussi! ;)

mardi 5 octobre 2010

De Botrytis et de Sigalas

C'était le temps d'une autre année, le temps d'un nouveau millésime. Octobre... Déjà octobre. Dans le bordelais, les vendanges des blancs sont quasiment terminées, celles des rouges bien entamées, et dans le Sauternais... Dans le Sauternais, on attend. On attend la pourriture noble: le Botrytis. Botrytis cinerea, c'est joli ce nom, vous ne trouvez pas?
Quelques baies botrytisées dans une grappe de sémillon
Botrytis cinerea est un champignon (et de un), pathogène (et de deux, aïe!). Ce même champignon est responsable, selon les conditions de milieu dans lesquelles il s'installe, de deux formes de pourriture: la pourriture grise, et la pourriture noble. La pourriture grise est la bête noire (ou plutôt grise!) de tout vigneron. Cette pourriture, qui se développe très rapidement, donne des goûts terreux, pas nets, impurs, au détriment du fruit. Les baies étant de plus en plus sensibles au Botrytis durant leur maturation, la pourriture grise est l'angoisse du vigneron à l'approche des vendanges. Mais ce même champignon, Botrytis cinerea, est également responsable de la pourriture noble, indispensable à l'élaboration des Sauternes. Oui, l'or de Sauternes doit une partie de son existence à celle de ce champignon microscopique qui s'installe dans les baies de sémillon, de sauvignon blanc, ou encore de muscadelle. Il se produit alors une véritable symbiose entre la baie et le champignon qu'elle abrite. Le botrytis va entraîner la formation de composés propres aux liquoreux, comme le glycérol (qui donne ce gras, cette "huile"), ainsi que des molécules aux arômes particuliers (aldéhydes et cétones). D'autre part, le champignon va dégrader l'acide tartrique. Dans le même temps, lorsque les conditions du milieu sont favorables au développement de cette pourriture noble, la baie se déshydrate, concentrant ainsi les sucres. On appelle l'ensemble de ce processus la botrytisation.
Une grappe de sémillon gorgée de soleil, attendant le botrytis...
Une fois que l'on sait tout ça, il faut imaginer le travail d'orfèvre que représentent les vendanges à Sauternes. Toutes les baies d'une grappe ne botrytisent pas en même temps. C'est pourquoi, les vendanges d'une même parcelle se font en plusieurs étapes, appelées des tries. A chaque trie, on sélectionne méticuleusement des baies, pour ne choisir que le meilleur, le plus concentré, le plus botrytisé, le plus "ratatiné". A chaque trie on fait tomber la mauvaise pourriture (la pourriture grise, mais également la pourriture aigre, due à des bactéries). A chaque trie on choisit de laisser des baies qui peuvent gagner davantage en concentration. Oui, à chaque trie, on fait cette sélection poussée. Un travail de précision, de finesse, qui requiert une extrême attention, un doigté. De la haute couture.
Première trie à Sigalas-Rabaud
Par une belle journée d'octobre, je décidais d'aller rendre visite à mon ami Laure, de Sigalas-Rabaud (j'ai déjà eu l'occasion de vous en parler un peu ici et ). Sigalas-Rabaud c'est un joyau de 14 hectares à Bommes, en appellation Sauternes. 14 hectares d'un seul tenant, sur un petit coteau exposé plein Sud. Un joli terroir de graves sur un sous-sol argileux, sur lequel s'épanouissent sémillon (85%) et sauvignon blanc. Un petit bijou en terme de surface parmi ces grandes propriétés de Sauternes (Yquem représente 115 hectares, Rieussec 104 hectares, Rayne-Vignaud 90 hectares), mais non moins grand en qualité, car Sigalas-Rabaud est un Premier Cru Classé de Sauternes, connu des amateurs éclairés.
Ce premier jour d'octobre, le ciel était bas, les températures élevées pour la saison. Je marchais dans les vignes de Sigalas. Autour de nous régnait un calme absolu, malgré les vendanges. Un sentiment de bien être émanait. J'observais avec admiration le travail minutieux des vendangeurs venus effectuer à Sigalas-Rabaud la première trie du millésime 2010. Parmi ces vendangeurs, quelques anciens, des habitués, qui font ce travail depuis longtemps. Mais aussi quelques jeunes, volontaires, participant avec une joie non dissimulée à ce travail d'orfèvre. Tous heureux et respectueux du travail effectué avant. A la fin de cette trie, l'un d'entre eux s'avance vers Laure, pour la remercier du repas offert, et lui dire: "on se sent bien dans vos vignes, on se sent bien ici." Touchant d'entendre ces mots. D'autant plus touchant que je ressentais la même chose. Oui, dans cette mer de vignes, je contemplais avec fascination les grappes de sémillon déjà gorgées de soleil, qui attendaient patiemment, sereinement, l'arrivée de leur compagnon de route. J'observais le pressoir vertical se remplir, libérant ainsi les premiers jus de Sigalas-Rabaud 2010. Ces premiers jus, qui allaient donner plus tard ce divin nectar, aux fines senteurs de tilleul, d'abricot, de pêche blanche. Je ressentais alors une fascination pour le travail effectué dans les vignes, une émotion même. Oui, l'élaboration d'un Sauternes a quelques chose d'émouvant, de touchant, de fascinant. Vraiment!
Première trie, premiers jus...
Château Sigalas-Rabaud, Premier Cru Classé de Sauternes, Famille de Lambert des Granges, 33210 Bommes, contact@chateau-sigalas-rabaud.com

lundi 4 octobre 2010

De vin, de pain et d'amitié

"Si nous savions goûter le vin, le pain, une amitié, nous saurions goûter de même chaque instant de notre vie, dans le respect et l'écoute silencieuse de la bonne heure qui passe."
Jean Trémolières