jeudi 25 novembre 2010

Toutes en jupe à La Robe

Un soir d'automne à Bordeaux, il fait froid, très froid même, on se balade sur les quais illuminés, on admire... Ah oui vraiment, c'est beau!
Tiens, si on se faisait un petit resto? Allez, zou, La Robe! La Robe a ouvert il y a à peu près deux ans, avec pour concept de proposer uniquement des vins élaborés par des femmes. Père et fils en cuisine, mère et belle fille en salle, le travail est ici une affaire de famille. C'est sans prétention mais c'est bon, avec une mention spéciale pour les entrées, délicieuses. Le service est rapide, l'accueil chaleureux et décontracté. La carte des vins est complète: 140 références! Juste un bémol peut être sur cette carte: l'absence de Beaujolais (dommage). Les prix des vins restent plutôt raisonnables, et les conseils forts avisés. Avec un menu à 14 € le midi, et 20€ le soir, je trouve que c'est un très bon rapport qualité prix.
Alors qu'est ce qu'on choisit au fait? Allez hop, cap sur le Roussillon (again!) avec un Mas Karolina 2008, Vin de Pays des Côtes Catalanes. Une jolie bouteille, beaucoup de fruit, une concentration certaine mais un bel équilibre toutefois. Vinifié par Caroline Bonville, commercialisé par sa soeur, Mas Karolina est une propriété familiale située sur les contreforts des Pyrénées. A découvrir!
Voilà en tout cas une adresse bien sympa à Bordeaux, que je vous recommande! Et les plus avertis noteront peut être que c'est aujourd'hui la journée "toutes en jupe" organisée par Ni Putes Ni Soumises à l'occasion de la journée internationale contre les violences faites aux femmes. Et si on allait toutes en jupe à La Robe?
Restaurant La Robe, 3 quai Louis XVIII à Bordeaux, www.la-robe.fr

jeudi 18 novembre 2010

A l'appel du Beaujolais Nouveau je dis OUI !

Tadam! Attention aujourd'hui, c'est jeudi, mais pas n'importe quel jeudi. Non, aujourd'hui, c'est le troisième jeudi de novembre, et qu'est ce qu'on boit ce jeudi? Du Beaujolais Nouveau, oui oui oui! Parce qu'aujourd'hui, le Beaujolais Nouveau est arrivé, qu'on se le dise!
J'aime bien les traditions quand elles sont gaies et festives. Et la tradition du Beaujolais nouveau, n'en déplaise à certains, moi, je la trouve chouette. Alors non le Beaujolais Nouveau n'est pas ci, n'est pas ça, pas plus comme ça d'ailleurs. Mais non le Beaujolais Nouveau ne sent pas obligatoirement la banane non plus, et non il ne va pas vous donner mal à la tête, ni vous rendre malade. Parce que le Beaujolais Nouveau c'est un vin comme un autre, c'est pas du bourru, c'est juste un vin tout frais, tout jeune, tout juste sorti de sa cuve, le plaisir du premier vin de l'année que l'on consomme joyeusement.
Le Beaujolais est une région qui a toujours commercialisé sa récolte très tôt, puisque son cépage, le gamay, est LE cépage des vins de soif, des vins de plaisir, des vins frais et fruités que l'on boit comme du jus de raisin. Souvent servi bien frais, c'était ainsi le vin des bistrots lyonnais. Alors que la vente des vins étaient autrefois échelonnée sur l'année, afin de pouvoir toujours assurer l'approvisionnement de l'armée (!), en mars 1951, ce principe, appelé "principe d'échelonnement de sortie des vins des propriétés" est supprimé. Cependant, en septembre de la même année, un arrêté stipule que les producteurs ne sont autorisés à faire sortir de leurs chais leur récolte qu'à partir de la date du 15 décembre. Les vignerons du Beaujolais se mobilisent alors pour qu'une partie de leur récolte puisse être vendue plus tôt, argumentant que leurs vins sont des vins de consommation plus rapide. Suite à ces discussions, ils obtiennent le droit de sortir une partie de leur production avant le 15 décembre. Pendant 15 ans, la date de "sortie" des vins variait ainsi, selon l'année. Puis, en 1967, elle est fixée au 15 novembre, à minuit. C'est en 1985 que la date du troisième jeudi de novembre sera choisie, date encore officielle aujourd'hui.
Mais si le Beaujolais Nouveau était au départ une fête locale (chaque village du Beaujolais fêtait la sortie du vin nouveau), le phénomène s'étend à Lyon, puis à Paris, puis... au Japon! Le Beaujolais Nouveau devient hyper populaire à la fin des années 70 et durant les années 80, tellement populaire même qu'il semblait alors être l'une des boissons préférées dans le monde entier. Oui, dans le monde entier, on fête l'arrivée du Beaujolais Nouveau, dont les ventes explosent. Et c'est alors le début de la décadence... Car si la région du Beaujolais a ainsi pu accroître sa popularité en termes de renommée, elle a alors souffert (et souffre certainement encore aujourd'hui) d'un problème de notoriété. Enivrée par une telle popularité, la production s'est alors trop orientée vers le Beaujolais Nouveau, souvent au détriment de la qualité, privilégiant davantage la quantité. En 1992, plus de la moitié des Beaujolais étaient vendus en Beaujolais Nouveau. On redouble de technicité en utilisant des levures développant des arômes particuliers, comme la fameuse souche 71B au goût de banane prononcé... Le Beaujolais Nouveau ne séduit plus, les consommateurs s'en lassent. Mais dans les esprits, Beaujolais résonne avec Nouveau (qui lui même évoque la banane), et on en oublie les si bons Beaujolais qui méritent tant d'égards tellement ils sont gouleyants, plaisants, sans prise de tête, sans artifice, simples, purs et rafraîchissants.
Alors aujourd'hui qu'en est-il? Doit-on bouder le Beaujolais Nouveau? Personnellement, je trouve que ce serait quand même sacrément dommage. Je crois que tout est question d'équilibre. Et dans la grisaille du mois de novembre, le Beaujolais Nouveau réchauffe les coeurs et les esprits. Alors un peu de Beaujolais Nouveau, à condition de bien le choisir, c'est une joyeuse mise en bouche à tous ces Beaujolais que je vous conseille vivement de découvrir.
Et pour le plaisir, voici trois étiquettes qui m'ont beaucoup plu, trois étiquettes riantes à l'image de ce vin festif et joyeux, garanti sans prise de tête. Trois vins, parmi tant d'autres, qui ne sentiront pas la banane j'en suis certaine, et quelque chose me dit qu'ils ne donneront pas mal à la tête non plus. Alors vous faites comme vous voulez, mais moi, par ce temps gris, je vais boire un bon Beaujolpif, et je sens que ça va me donner... la banane! ;) Santé!
Domaine des Côtes de la Molière, Bruno et Isabelle Perraud
Château des Bachelards, Lilian et Sophie Bauchet
Domaine Lapierre, du regretté Marcel Lapierre, décédé en octobre dernier, mais dont le fils Mathieu continue le travail entrepris par son père
Le Beaujolais Nouveau des Côtes de la Molière est en vente à Bordeaux à la cave Le Comptoir

lundi 15 novembre 2010

Le temps d'un Des Tours

Déjà la mi-novembre, et pas écrit un seul billet dans le mois. Il y a du laisser aller sur ce blog, je vous le dis! Pourtant, j'en ai goûté des vins. Des rouges, des blancs, et même des bulles! Seulement, je manque cruellement de temps pour vous raconter tout ça... Ah, ce temps... Ce temps qui passe, qui court, qui défile. "Le temps des crues, le temps des folies, le temps perdu, le temps de la vie, le temps qui vient, jamais ne s'arrête, et je sais bien, que la vie est faite", comme dirait Charles Aznavour.
Tout ça pour vous dire que je veux vous parler d'un temps que les gens de... ah non pardon vous parler d'un vin, assez, hmmm... déroutant! Un Château des Tours, Côtes-du-Rhône Grande Réserve 2002, très très tentant!
Justement, en parlant de temps (mais pas le même cette fois), on se souvient que 2002 fut une année terrible dans le Rhône. Terrible dans le sens cruel. Une tempête au mois de septembre, véritable déluge (en particulier dans le Rhône méridional, là où se situe le Château des Tours), força les vignerons à vendanger dans l'urgence, quand il leur restait un peu de récolte... Telle est la réalité du vigneron, dont le travail est incontestablement dépendant de la nature, de ses aléas, de ses humeurs, ... Et cette année 2002, la nature était visiblement très en colère...
Situé à Sarrians (entre Orange et Carpentras, dans le Vaucluse, au pied des dentelles de Montmirail), le Château des Tours, propriété de 40 hectares de vignes, produit habituellement 2 vins rouges: un Côtes-du-Rhône, élaboré à partir de grenache, cinsault et syrah, et un Vacqueyras (Cru des Côtes-du-Rhône) principalement à base de grenache (80%) complété par de la syrah (Le château des Tours produit également un Côtes-du-Rhône blanc, issu à 100% du cépage grenache blanc). Mais en cette année 2002, où la priorité était de sauver la récolte, Emmanuel Reynaud, régisseur du Château des Tours, a choisi de mélanger ses raisins issus des deux appellations pour faire une cuvée unique: Le Côtes-du-Rhône Grande Réserve.
Ah, Emmanuel Reynaud, c'est qui? Emmanuel Reynaud, c'est le régisseur de plusieurs propriétés familiales, dont l'immense Château Rayas, propriété mythique produisant un vin reconnu comme étant l'un des plus grands vins du monde. Si le Château Rayas est géré par Emmanuel Reynaud depuis 1997, ce dernier exploite le Château des Tours, acquis par la famille dans les années 30, depuis 1989. La Revue du Vin de France consacre un article sur cet homme dans son dernier numéro (novembre 2010), expliquant son aversion pour le bois neuf et son penchant pour les demi-muids (fûts de 600 litres) usagés pour l'élevage de ses vins.
Photo d'Emmanuel Reynaud dans la RVF
Alors ce Château des Tours 2002, une fois que l'on sait tout ça, comment on le goûte? C'est un vin surprenant. Surprenant à plusieurs niveaux d'ailleurs. D'abord parce que connaissant les conditions climatiques défavorables de ce millésime, on pourrait s'attendre à quelque chose de pas mûr, de pas net, de pas ceci, de pas cela, de pas du tout même. Et bien non. La robe est très pâle, comme toujours pour le Château des Tours, sans doute en raison de la forte proportion de grenache (si la syrah est LE cépage du Rhône septentrional, le grenache est un des cépages typiques du Rhône méridional, souvent dominant même), cépage peu tannique. Elle est relevée de reflets ocrés. Le nez, pur, est un bouquet de fruits, principalement de griottes, mais sent également beaucoup le kirsh. La structure est légère, fine, mais ce vin a pourtant une très belle longueur en bouche. Une bouche très chaleureuse d'ailleurs, gourmande, où l'alcool se fait bien sentir, sans que ce soit désagréable, et les notes de kirsh et de griotte ressortent. Alors ce vin est surprenant aussi parce que, honnêtement, je crois que vous me l'auriez décrit avant que je le goûte, comme ça, je vous l'avoue, je crois que ça ne m'aurait pas tentée. Si je devais décrire mon vin idéal, je décrirai probablement quelque chose qui ressemblerait à l'inverse de ce vin. Et pourtant, j'adore... Oui, j'adore ce vin. Un vin vraiment surprenant, avec une forte personnalité, que l'on dégusterait à grande lampée tellement c'est bon. Un vin qui parle, en résumé, et qui ne peut pas laisser indifférent. Comme quoi, il n'y a pas "un" vin idéal, mais "des" vins, dans des styles très différents. Ne surtout pas être sectaire. Jamais. Oui, on trouve ainsi des vins très différents, à déguster selon l'humeur du jour. C'est génial non? D'ailleurs, aujourd'hui, je suis d'humeur à boire, hmmm... du cidre, parce que je ne sais pas chez vous, mais ici il fait vraiment un temps à manger des crêpes! Yec'hed mat!
Château des Tours Grande Réserve 2002, Côtes-du-Rhône, Emmanuel Reynaud, www.chateaurayas.fr , 22€ ici par exemple.
Pour les bordelais, en dégustation au verre Aux Quatre coins du vin.