mercredi 22 décembre 2010

Les Mains du Vin, le coeur de la terre

Allez, dans trois jours c'est Noël, et je parie que certains d'entre vous n'ont pas encore tout à fait terminé leurs cadeaux. Alors pour les retardataires, ou tout simplement pour ceux qui en ont envie, je vous donne une petite idée, comme ça, en passant: Les Mains du Vin, le joli livre de Stéphanie Reiss.
Les Mains du Vin, c'est un livre de photos. Des photos de mains, vous vous en doutez. De mains du vin. Des mains de vignerons, de maîtres de chai, d'oenologues, de vinificateurs... Des mains de travailleurs, des mains de paysans, des mains d'artisans, des mains de créateurs. Des mains pleines de terre, des mains pleines de raisin, des mains pleines de marc. Des mains pleines de vie. Des mains tachées de terre, des mains tachées de moût. Des mains chargées d'amour.
Au fil des saisons, de la taille de la vigne à la mise en bouteilles du vin, Stéphanie Reiss a observé, capté, immortalisé les mains d'artisans du vin. Ces mains qui font le vin, ces mains grâce auxquelles on a la chance de vibrer de bonheur en ouvrant une bouteille que l'on savoure.
Un bien bel hommage aux façonneurs de vin. Un livre qui nous rappelle à quel point le vin, aussi nature soit-il, est le fruit du travail de l'homme.Un livre à contempler avec délectation. Une écriture poétique à savourer pour un peu plus de bonheur. Parce que c'est beau et que ça fait du bien. Voilà un joli cadeau à offrir aux gens qui aiment le vin. Ou qui aiment la vie, tout simplement.
Je vous souhaite de très joyeuses fêtes de fin d'année!
Les Mains du Vin (le coeur de la terre), de Stéphanie Reiss, Editions Féret, 29,90€, chez Mollat par exemple
Et pour un portrait sensible et touchant de Stéphanie Reiss par Marilyn Widcoq Charles, c'est ici.

lundi 20 décembre 2010

Le b-a ba de l'Alsace ou petite balade dans le Bas-Rhin

B comme Balade, et A comme... hmm, assemblage tiens. L'assemblage est l'art de marier différents cépages, ou différentes parcelles, afin de créer un vin dont la résultante est plus riche, et plus complexe, que chaque lot pris séparément. Tous les vins de Bordeaux sont des vins d'assemblage. Assemblage de parcelles, de terroirs différents, mais également la plupart du temps assemblage de cépages variés. A l'opposé, en Bourgogne, le plus souvent, chaque terroir, ou climat, est un vin. Autrement dit chaque vin provient d'un seul terroir, et d'un seul cépage. On a là une approche dite parcellaire. Et en Alsace, comment ça se passe? Alors B comme balade oui, mais A comme... Alsace!
Si les Bordeaux sont des vins d'assemblage, et les Bourgogne des vins de "climat" ou cru, les Alsace sont quant à eux des vins de cépage. En effet, le premier indice repérable sur une étiquette de vin d'Alsace, c'est le cépage (l'Alsace était d'ailleurs la seule région française à être autorisée à indiquer le cépage sur l'étiquette pour des vins d'appellation d'origine contrôlée). Riesling, Muscat, Gewurztraminer, Pinot blanc ou gris, Sylvaner, Pinot noir, ... Tous ces cépages, dont une partie est d'origine allemande, ont leurs propres caractéristiques, et vont ainsi définir le style des vins. Mais chaque cépage a été rigoureusement choisi pour son adaptation au type de sol sur lequel il s'épanouit, parmi une mosaïque de terroirs différents. C'est alors qu'intervient la notion de Grand Cru, puisqu'en 1983, 25 vignobles ont été classés Grand Cru, puis 25 autres en 1993. Mais seuls les cépages les plus nobles d'Alsace, riesling, pinot gris, gewurztraminer et muscat peuvent bénéficier de l'appellation Alsace Grand Cru lorsqu'ils proviennent de ces terroirs. Et moi, parmi ces cépages, qu'il faille péter les oeufs ou pas, j'avoue que j'ai un faible pour... le Riesling!
Ah le Riesling, avec son immense fraîcheur, son aptitude à développer une touche minérale, et ses notes si particulières de pétrole qui font toute sa personnalité. Vraiment, le Riesling, j'adore. Alors quand vous ouvrez un jour un Riesling du Domaine Ostertag, Grand Cru Muenchberg 2007 (par exemple!), vous ne pouvez que tomber sous le charme... Ce qui fut mon cas!
Le Domaine Ostertag, propriété familiale tenue par André Ostertag depuis le début des années 80, est un domaine d'environ 15 hectares, qui se situe dans le Bas Rhin, autour d'Epfig. Répartis sur 5 communes, les 15 hectares du domaine sont découpés en une centaine de parcelles. Ainsi, André Ostertag aime se qualifier de "jardinier". En bio-dynamie depuis 1998, il travaille ses parcelles avec une extrême minutie, et avec immensément de respect et de passion pour son terroir et la nature environnante.
Sur les hauteurs de la commune de Nothalten (voir carte ci-dessus), le Grand Cru Muenchberg est en Alsace un grand cru très particulier. Découvert par des moines cisterciens (Muenchberg signifie montagne des moines), le vignoble d'une superficie totale de 17 hectares, niché sur une colline en forme de lune tournée vers le sud, est protégé à l'ouest par la montagne de l'Ungersberg (qui culmine à plus de 900 mètres), et à l'est par des reliefs boisés. Son sol unique de grès volcaniques exprime une sorte de dualité, ou de complémentarité: alors que les grès vont apporter aux vins tendresse, rondeur et féminité, le volcan représente la virilité. "Le yin et le yang" de Muenchberg, pour André ostertag. L'amphithéâtre de Muenchberg, du fait de son orientation plein sud, va donner des vins très mûrs, au fruité très intense. Mais l'altitude du vignoble (250-300 mètres) confère aux vins fraîcheur, finesse et élégance.
André Ostertag devant les tableaux de son épouse, qui illustrent superbement les étiquettes du Domaine. Photo ©Mille plateaux
Le Riesling Muenchberg 2007 du Domaine Ostertag explose ainsi de fruit. Un fruit mûr, gourmand, très pur. Des notes pétrolées à peine perceptibles, mais bien plus de petites notes de fleurs blanches, de tilleul. En bouche, on retrouve toute la fraîcheur et la délicatesse des grands Alsace (secs). Un très beau vin, pour une bien jolie balade en Alsace... A découvrir, donc!
Riesling Muenchberg 2007, Domaine Ostertag, Epfig (67), 35€ chez Badie (Bordeaux) ou sur mesvendanges.com (par exemple)

lundi 13 décembre 2010

Humilitat

Humilité. Un bien joli mot. Un mot chargé de valeurs, d'intelligence, de maturité. Un élément de Sagesse, sans aucun doute.
Humilité, du mot latin "humus": la terre. C'est amusant d'ailleurs, car les gens qui travaillent la terre apprennent peut être avant les autres à rester humbles, face à ce que la nature leur donne, comme un terroir, ou ce qu'elle leur réserve, avec ses aléas climatiques. Oui, l'humilité c'est l'attitude qui consiste à garder les pieds sur terre, à ne pas se placer au-dessus des autres. Ainsi dans l'humilité, il y a aussi une forme de respect.
Humilité, en catalan, ça se dit Humilitat. Et Humilitat, c'est le nom d'un vin. Un vin espagnol (por fin! ;), qui vient tout particulièrement de la région de Priorat.
Priorat, c'est cette merveilleuse petite région viticole située à environ 100 km au sud ouest de Barcelone. Enclave protégée au Nord-Ouest par une crête rocailleuse, la Serra de Montsant, et entourée de collines abruptes, la région de Priorat était à l'origine plutôt déserte, exploitée seulement par de courageux bergers. Ainsi, alors que la vigne avait historiquement été cultivée dans la région, en 1990 Priorat manquait au recensement des régions viticoles espagnoles. 10 ans plus tard, elle fera partie des régions viticoles les plus prestigieuses d'Espagne. Ce succès rapide, et surtout cette reconnaissance, Priorat le doit à quelques pionniers, qui ont cru dès le départ à ce terroir particulier. En 1979, René Barbier (français!) découvre le potentiel de la région. A l'époque, il restait environ 600 hectares de vignes, essentiellement grenache et carignan, alors qu'avant le phylloxéra on en comptait 5000. En 1989, il convainc 4 autres personnes d'investir dans la région. C'est la naissance des 5 clos, les 5 vins qui feront décoller l'appellation: Clos Mogador, de René Barbier; L'Ermita, d'Alvaro Palacios; Clos Martinet, de Jose Luis Perez; Clos de l'Obac, de Carles Pastrana; Clos Erasmus, de Daphné Glorian. Principalement à base de grenache (le cépage local), souvent complété par merlot, cabernet sauvignon et syrah (tous trois plantés par la suite), les Priorat sont des vins de très forte concentration. La pluviométrie de la région est en effet très faible, et bien que les racines des vignes aillent chercher l'eau en profondeur, creusant des tunnels dans les failles de "licorella" (ardoise brun sombre), la configuration de Priorat est propice à des vins très riches, comme ceux de Collioure en France, par exemple. Vers le milieu des années 90, le goût des amateurs s'oriente vers des vins concentrés, ronds, très riches... Les Priorat attirent alors l'attention du monde entier, et les 5 Clos deviennent des vins très prisés.
Alors que les goûts semblent avoir changés, que l'on revient vers des vins plus civilisés, plus buvables, plus frais, plus personnalisés, on observe quelques changements à Priorat. Un intérêt de plus en plus certain pour le carignan par exemple, cépage historique de la région, pourtant un peu délaissé, comme chez nous dans le Languedoc ou le Roussillon. Un élevage privilégiant le fruit, avec de moins en moins de bois. La recherche de la meilleure expression de ce si beau terroir, cette minéralité de l'ardoise (ou licorella). C'est exactement la philosophie de Franck Massard et Christophe Brunet, les deux créateurs d'Humilitat. Les deux sommeliers, installés à Barcelone, se sont rencontrés alors qu'ils travaillaient à l'époque chez Miguel Torres. En 2004, parallèlement à leur activité de sommelier, ils décident de faire leur (leurs!) propre vin, fruit de leur amitié, et de leur amour pour le vin et la région. Ils sélectionnent alors quelques terrasses de carignan et grenache. Des vinifications à basse température permettent de préserver au maximum le fruit. Le bois est utilisé avec prudence, soit 30% du vin élevé en barriques dont 50% neuves.
Franck Massard et Christophe Brunet, après la dégustation d'assemblage de Huellas, leur autre Priorat (photo © Dominique Roujou de Boubée)
Humilitat 2008 est ainsi un vin gourmand, avec de très belles notes de fruits rouges et noirs, et des touches de violette et graphite. C'est un vin plein, rond mais qui reste très buvable. D'ailleurs, j'en reboirai bien un peu là maintenant... Ah non, mince, il n'en reste plus... Serait-ce donc un signe? ;)
Merci à Dominique Roujou de Boubée, leur oenologue conseil, de m'avoir fait découvrir ce vin. Y salud por eso!
Humilitat, Franck Massard et Christophe Brunet, Priorat, Vino, amor y fantasia