lundi 21 novembre 2011

Dijon - Bordeaux

Dijon - Bordeaux au foot, ça donne 2-0. C'est ballot ça, pfff.
Dijon - Bordeaux chez nous, la veille, c'était match nul... enfin nul... façon de parler ! Ex aequo on va dire. Deux vins excellentissimes. Pourquoi a-t-on toujours tendance à comparer Bordeaux et la Bourgogne, alors que les types de vins sont tellement différents? Complémentaires même. En tout cas moi j'aime les deux. Et quand je goûte deux grands vins comme ça, je me dis: "Ca, c'est la France. Et c'est bon, c'est drôlement bon". A ce moment là, je me sens envahie d'une immense fierté. Chauvine moi? Oh nooooooonnnnnn !!!
Alors ces vins: Côté Bourgogne, un Chambertin Clos de Bèze Grand Cru 2001 du Domaine Armand Rousseau (excusez du peu...). Nous sommes en Côtes de Nuits, à la pointe septentrionale de la Côte D'or, paradis du Pinot Noir. Plus précisément autour de Gevrey Chambertin. Là, différents grands crus de renom se côtoient, parmi lesquels le Clos de Bèze. Le Domaine Armand Rousseau, aujourd'hui géré par Eric Rousseau (il a une super bouille, et en plus il paraît qu'il est vachement sympa !) possède sur ce Clos 1 ha 42 (le domaine fait 14 ha 10 au total). Son vin est fin, très fin, avec en même temps une matière bien présente, et une très belle longueur en bouche. La richesse du velours avec la pureté du cristal. Un grand Bourgogne, racé, très chic. J'aime, j'aime, j'aime.
Pour Bordeaux, Château Troplong Mondot, Saint Emilion Grand Cru 1989. Saint-Emilion donc, paradis du Merlot cette fois. 90% de merlot pour ce Troplong Mondot, un peu de cabernets franc et sauvignon pour compléter l'assemblage (une des grandes différences entre Bordeaux et la Bourgogne: les bourgognes sont des monocépages, alors qu'à Bordeaux on joue presque toujours sur l'assemblage de plusieurs cépages). Tout près du village historique, une côte mythique: la côte Pavie. Troplong Mondot se trouve tout en haut de cette côte, en un seul bloc. C'est marrant, parce que j'ai toujours trouvé ce vin très viril. D'ailleurs, je l'ai souvent pris pour un Médoc. Et si je trouve cela amusant, c'est parce que non seulement nous sommes à Saint-Emilion (le merlot donne des vins supposés plus féminins pour faire un raccourci un peu rapide, je vous l'accorde), mais en plus c'est une femme qui a fait ce vin, et qui a longtemps incarné l'image de la propriété: Christine Pariente (aujourd'hui elle et son mari Xavier Pariente dirigent tous deux le domaine). Et ce Troplong Mondot 89, avec son côté solide, ancré, charnu, ses petits arômes de sous bois, son bouquet de fruits rouges, sa longueur incroyable, je trouve ça juste sublime. Donc j'aime, j'aime, j'aime... aussi!
Résultat des courses: 1 partout (et 2 bouteilles pliées... hips). Ou 100 partout. Ex aequo. Vive la Bourgogne, vive Bordeaux... Ben vive la France quoi!

vendredi 7 octobre 2011

Je veux du Meursault... de Roulot !

Mardi 27 septembre (piou, déjà !), 17h30, je monte dans ma voiture. Une demi-heure de trajet, j'allume la radio. France Inter, Le Grand Entretien. La chaleur de cette journée de septembre (pourtant) m'a fatiguée, j'écoute d'une oreille (très) peu attentive. Blablabla bio. Ah tiens, ça parle d'agriculture, je me concentre un peu plus. Blablabla terroir. Je parie toute seule (j'aime bien) que c'est un vigneron. Gagné, chouette, j'ai bien fait d'allumer la radio. Bourgogne, j'en étais sûre. Là je me concentre vraiment, j'écoute, que dis-je je bois les paroles du vigneron. Mais phénomène étrange, plus je bois (ses paroles), plus j'ai soif, allez comprendre... L'homme raconte, avec beaucoup de modestie, d'humilité, de simplicité, son histoire, son point de vue, son approche du bio, de la dégustation. Et puis sa vie d'acteur aussi. Car, chose rare, il est à la fois vigneron et acteur (dans cet ordre, précise-t-il). Je suis en fait en compagnie de Jean-Marc Roulot, grand vigneron de Meursault, également à l'affiche dans le dernier film de Jonathan Nossiter Rio Sex Comedy donc. J'adore l'écouter, parce qu'il parle lentement, posément, timidement j'ai envie de dire. J'adore ces gens qui restent simples et accessibles, ces gens qui, malgré le succès, continuent à douter. L'émission se termine, j'arrive à destination avec à ce moment là une seule idée en tête: boire du Meursault... de Roulot!
"Impose ta chance, serre ton bonheur, va vers ton risque. A te regarder, ils s'habitueront", René Char. Deux jours et 3 heures après avoir quitté Jean-Marc Roulot sur France Inter, je vais dîner au Bonheur du Palais. Le risque n'était pas énorme, ça je vous l'accorde. Au Bonheur du Palais est ZE super resto chinois de Bordeaux, avec des plats exquis, mais aussi une carte des vins phénoménale (sans doute une des plus belles de Bordeaux). Le bonheur est donc bien là. La chance? Oui, la chance de voir écrit Meursault Les Meix Chavaux 2008 Domaine Roulot (cette carte des vins est géniale, je vous le dis). Ouf, on y est ! Après avoir eu à me battre pour imposer mon choix (ma chance?), (Roulot versus Coche-Dury. J'adore Coche Dury, mais là, à peine idée fixe, je voulais du Domaine Roulot, un point c'est tout), je regarde, limite tremblante, la bouteille arriver. Yaouh !
Une jolie couleur d'un jaune lumineux. Un nez d'une pureté de fruit incroyable, une petite touche minérale comme j'aime, un boisé fondu hyper discret, une bouche ciselée, fine, et pleine de fraîcheur. Un vin qui prend peu à peu de l'ampleur en bouche, mais dont la précision le rend très droit. Beaucoup de finesse. Que du bonheur, que du bonheur. Merci Jean-Marc Roulot, merci merci merci !

L'homme: Jean-Marc Roulot, du Domaine Roulot
Le vin: Meursault les Meix Chavaux Domaine Roulot 2008
L'émission: Le Grand Entretien, de François Busnel, à écouter ou réécouter ici.

mercredi 7 septembre 2011

Ce soir, mon coeur est à Calon

" Je fais du vin à Lafite et Latour, mais mon coeur est à Calon."
Il y a dans le Médoc de superbes propriétés. Elles appartiennent de plus en plus à de grands groupes. L'âme du vin demeure, grâce au gérant, au directeur de la propriété. Mais le charme de la propriété familiale, avec sa dimension humaine, disparaît un peu. Pourtant selon Denis Dubourdieu, "un terroir c'est un terrain avec un bonhomme dessus". Parfois même, c'est une bonne femme.
Jeudi dernier, le vignoble de Saint-Estephe était frappé par la grêle. Deux jours plus tard, Madame Gasqueton, propriétaire de Calon-Ségur, s'éteignait.
Calon-Ségur, c'est une magnifique propriété de Saint-Estèphe, un clos de 55 hectares de graves entourés d'un mur, à la bourguignonne. Un charme fou.
Calon-Ségur, c'est cette étiquette avec un coeur dans lequel est inscrit le nom du château (tellement romantique!). Ce coeur, parce que l'un des propriétaires du château, au milieu du XVIIIe siècle, le marquis de Ségur, également propriétaire de Lafite et Latour avait déclaré " je fais du vin à Lafite et Latour, mais mon coeur est à Calon". Pour la petite histoire, la propriété appartenait en réalité à son épouse... Le coeur sera repris sur l'étiquette en 1894, année du rachat de la propriété par la famille Capbern-Gasqueton.
Calon-Ségur pour moi, c'est un superbe Calon-Ségur 82, dégusté un peu par hasard lors d'une soirée improvisée, mais particulière. Un 82 plein d'épices, fin, subtil, soyeux, bon, drôlement bon.
Calon-Ségur c'est Saint-Estèphe, c'est une belle croupe de graves, c'est une forte proportion de cabernet sauvignon, c'est le médoc, le classique, le vrai, celui que j'aime.
Et puis sur ce terroir, il y avait à Calon-Ségur non pas un bonhomme, mais une bonne femme, depuis 95, année de décès de son mari. Denise Gasqueton. En entendant ce nom (oui oui dans ma tête), je souris. Parce que Denise Gasqueton, quand j'en entendais parler, c'était toujours pour de savoureuses anecdotes. Une sacrée bonne femme comme on dit. Une sacrée bonne femme qui a fait beaucoup pour la propriété. Une sacrée bonne femme qui n'avait pas oublié d'avoir le sens du commerce non plus (et pour faire vivre une propriété, c'est important!). Une sacrée bonne femme que j'aurais aimé entendre raconter le Médoc. Désormais, c'est le Médoc qui la racontera.
Ce soir je suis triste pour Calon. Je suis triste pour le Médoc. Et j'ai envie de boire un verre de Calon. En espérant très fort que le "terrain" de Calon trouvera un chouette "bonhomme"...

mercredi 31 août 2011

Tu seras mon fils... mouais c'est ça ouais!

Hop-là, hop-là, un mois de vacances, ça ne se fait pas? Et ben si, je l'ai fait. Avec une bonne déconnexion en prime, vous ne m'en voudrez pas?
Alors voilà, les vacances sont terminées, on s'est bien reposés, ressourcés, on est complètement reboostés, youpi c'est la rentrée! Ah tiens, et si on allait au ciné...
Tu seras mon fils... Tu seras mon fils, un film de Gilles Legrand, sorti il y a tout juste une semaine. Deux acteurs principaux, Niels Arestrup et Lorànt Deutsch. Un sujet: la transmission d'une propriété viticole d'un père à son fils. Ca se passe à Saint-Emilion, à Clos Fourtet précisément. On se dit joli décor, forcément (superbe vignoble, propriété absolument charmante), un film sur le vin (tout de même!), mais un sujet qu'instinctivement, entre nous, je sentais un peu bateau. Mais voilà, sans les avoir lues dans le détail, les critiques sont très bonnes. Alors pourquoi pas? Et puis zut, ça se passe quand même dans le vignoble bordelais, si ça se trouve c'est super chouette pour Bordeaux! (euh... oui mais non)
Je suis donc allée voir ce film, à reculons certes, mais vous le savez quand on va voir un film à reculons, il arrive souvent que l'on soit agréablement surpris. Et bien, comment dire... Oui mais non! Aucune agréable surprise donc, bien au contraire. De jolis paysages (à Saint-Emilion, ça aurait quand même été un comble de ne pas avoir de belles images), un jeu d'acteurs plutôt correct (je ne suis pas non plus complètement emballée, mais j'ai tendance à me dire que ce n'est pas tellement de leur faute...), et donc, ceci expliquant cela, un scénario... calamiteux. Franchement nul, sans intérêt, exagéré, hyper exagéré même, lourd. Très lourd. Pesant même. Pénible. Au fur et à mesure que le film avance, on s'ennuie terriblement, et on se demande comment il va pouvoir s'en sortir avec une fin correcte. Ben... il ne s'en sort pas en fait. C'est nul jusqu'au bout.
Et le vin dans tout ça? Un milieu bordelais présenté comme arriéré, une caricature d'il y a cinquante ans peut être. Ca mettra bien de l'eau dans le moulin des détracteurs de la région. Dommage pour tous ces jeunes bordelais qui se donnent bien du mal pour montrer que Bordeaux, c'est fun aussi, et qu'il faut un peu arrêter les idées reçues. Certaines pratiques débilissimes (comme ça on pourra bien imaginer qu'on peut mettre n'importe quoi dans le vin, au cas où ce n'était pas déjà assez confus dans la tête des gens). Et enfin, le pompon, une approche de la dégustation qui est tout ce que je déteste. Moi qui cherche (tant bien que mal) à décomplexer le vin, à le rendre plus accessible, à le rapprocher de l'homme aussi, on comprend à travers ce film que la dégustation est un art réservé aux initiés, aux professionnels, qu'il faut avoir un bon nez et beaucoup d'entraînement pour apprécier le vin. On décrypte les arômes (et c'est tout d'ailleurs) un peu à la façon des gouttes de Dieu. Sauf que les gouttes de Dieu, ça donne soif. Là non. Pas du tout.
Enfin si, en sortant on a quand même envie de boire un petit verre pour noyer tout ça. Hop, un bon petit rosé de Provence, piou ça fait du bien.
Tu seras mon fils n'est pas un film sur la transmission père-fils. C'est un "téléfilm" sur fond de haine dans un cadre doré. Et c'est moche.
Surtout ne gardez pas cette image du vin. Il y en a tellement de plus belles à côté. Et moi j'ai encore plein d'histoires à vous raconter. Ca tombe bien, c'est la rentrée!

jeudi 21 juillet 2011

En rébellion... Vite, direction la Part des Anges!

En rébellion. Oui, en rébellion. En rébellion contre les commerçants qui ne devraient pas en être. Ceux qui feraient mieux de rester dans leur bureau (voire placard...) plutôt que de déballer leurs théories sur les touristes, ou leurs pseudo-analyses des gens, à la limite du fascisme. En rébellion contre les cons, donc, on peut le dire.
Oh, comme j'étais en colère en sortant de ce beau magasin d'ameublement de Pont-Aven. "L'idée d'un éclectisme culturel", lit-on, sur le site du magasin. Eclectisme culturel, oui peut-être, mais pas ouvert à tous... En voilà une drôle d'idée...
Pont-Aven, c'est cette jolie bourgade du finistère sud, où Gauguin, tombé sous le charme de la ville, fonda l'école de Pont-Aven. Mouvement dans lequel il entraîna de nombreux impressionnistes, à l'exception de Van Gogh, mais ça, c'est une autre histoire... Alors depuis, Pont-Aven, c'est la ville des galeries de peinture. On trouve autant de galeries que de vendeurs de babouches dans le souk de Marrakech, c'est vous dire. Bon, c'est aussi la ville des galettes: les Traou Mad, ou galettes... de Pont-Aven, un délice! Bref, Pont-Aven est devenu un peu une ville musée, et comme beaucoup de villes musées on a tendance à y aller les jours de mauvais temps (ça arrive, parfois, même en Bretagne... :) ). Alors forcément, les jours de mauvais temps, à Pont-Aven, il y a foule!
Hormis ces nombreuses galeries, et la biscuiterie Traou Mad, il y a à Pont Aven un beau magasin d'ameublement. Enfin il y avait. Bon non, il y a toujours, mais maintenant, c'est décidé, je n'y mettrai plus les pieds. Parce qu'entendre le discours du propriétaire des lieux ( qui fait aujourd'hui surtout office de vigile, posté à l'entrée, dévisageant chaque nouvel arrivant en se demandant si oui ou non le tiroir caisse est susceptible de faire gling) décrire son analyse des gens autour, pour expliquer pourquoi seul le bas du magasin est désormais ouvert aux visites, et que pour le reste il faut montrer patte blanche. Et de nous expliquer que depuis qu'il applique sa "méthode" son chiffre d'affaires n'a pas baissé. Et de faire ses commentaires sur les gens avec des sacs à dos, les femmes qui entre elles n'achètent jamais rien, qui oublient de mettre leur parapluie dans le porte parapluie etc. Quand je pense que j'ai vu ce magasin évoluer, grandir, à mesure que moi aussi je grandissais. Petite, j'y achetais de petits objets, quand ce n'était encore qu'un tout petit magasin qui vendait des cadeaux (des gommes, des bibelots, des savons, etc). Plus grande, j'y achetais des meubles (rien que ça) bien que, de toute évidence, je n'aie pas la tête de la cliente type. Ah, comme ce genre d'attitude me désole... Ne jamais oublier d'où l'on vient...
... Mais savoir aussi où l'on va! Alors, forts de cette dernière résolution, nous, petits "touristes" en Jean baskets, nous en sommes allés silencieusement. L'un pensif, limite amusé par la bêtise humaine. L'autre excédée. Mais silencieusement quand même. Direction cette petite cave toute mignonne qui se trouve un peu plus loin, et que nous avions repérée à Noël déjà, La Part des Anges. Charles, avec son accent british comme on aime, nous avait accueillis la bouille en large. Sophie n'était pas là. Cette fois, si, et nous avons pu avoir la confirmation de ce que Charles nous avait dit de l'ancienne journaliste, regrettant son absence le jour de notre première visite : une caviste vivante et passionnée, enthousiaste, amoureuse du vin, respectueuse des hommes. Une femme pleine de charme en plus. Un couple super. Ouf! On en oublie les vieux schnocks. Que la vie peut paraitre plus belle avec des gens comme ça!
Une bien jolie sélection dans cette cave où il fait bon vivre. Des vins racontés avec énergie et passion (tout donne envie!), patience aussi, dans une boutique chaleureuse à l'ambiance cosy (sans doute ces jolies étagères en bois), un accueil tip top. De vrais commerçants, qui aiment les gens, qui s'intéressent aux autres, qui aiment leur métier aussi. Ca fait vraiment plaisir.
En rébellion, c'était le nom d'un vin, un 100% pinot noir fait dans le Languedoc par Bernard Alias. D'après Sophie c'est très chouette, c'était tentant comme ça, mais on aime tellement le pinot noir en Bourgogne... Bon, on goûtera le prochaine, fois, car le nom m'a beaucoup plu, vous l'aurez peut être remarqué! :) En attendant, on a craqué sur d'autres bouteilles. De toute façon, on y retournera, c'est certain.
A la Part des Anges, on voyage de bouteilles en bouteilles, en contemplant la sélection, en discutant avec Charles ou Sophie. De temps en temps, quelques inscriptions sur les bouteilles, quelques mots, qui parlent. On y resterait des heures dans cette cave. Ca tombe bien... il pleut! Yec'hed mat!
La part des Anges, 10 rue des Abbés Tanguy, 29 930 Pont Aven.

vendredi 1 juillet 2011

Les Chamois du Paradis. Sans chamois, mais au paradis.

Vous êtes dans le fin fond de la campagne, dans un endroit paumé, à l'abri du monde, assez loin de la civilisation, on peut le dire.
Il est 20 heures passées, et il fait encore 30°C à l'ombre. Vous fondez derrière les derniers rayons de soleil. Brûlants.
Vous contemplez ce vieux chêne pluricentenaire que vous aimez tant, et le magnifique paysage qui s'ouvre à vos yeux. Nature, sauvage, vrai, authentique. Vert. Un peu jaune à certains endroits. Un paysage du mois d'août, mais nous sommes en juin (ne soyez pas étonnés, j'écris toujours en décalage).
Vous entendez les oiseaux (j'aime), parfois les guêpes ou les mouches (j'aime pas), et puis encore les oiseaux, et même les grillons (j'adore). Et si vous tendez bien l'oreille, vous entendez (à peine) le doux murmure d'un souffle d'air discret dans les arbres. Oh, zut, un avion qui passe, à croire qu'on n'est pas seuls au monde finalement.
Vous grignotez du melon, du jambon (espagnol!), du chorizo. Et puis un vieux Comté aussi.
Parce que vous savourez un Côtes du Jura, Les Chamois du Paradis, de Jean-François Ganevat, 2004. De délicates notes de citron, de tilleul, de noisettes. Une toute fine touche de curry, quand même, mais très très fine, sans masquer le reste. Une bouche très fraîche, citronnée, pure, droite. Une belle minéralité, au nez comme en bouche. Une très belle structure, élancée, ciselée. Un délice.
Vous pensez à votre ami Christian, si attentionné, qui vous a offert cette bouteille. Merci Christian. "Les Chamois du Paradis", et si c'était un peu ça, le paradis?
Vous savez que demain, il fera encore plus chaud, et que ça risque même d'être intenable.
Mais là, comme ça, tout de suite maintenant, vous souriez, et vous vous dites que la vie est belle.
Santé!
Le Domaine Ganevat, dont j'ai déjà eu l'occasion de parler ici, se situe à Rotalier, dans le Jura. Jean-François Ganevat s'y est installé en 1998, et y cultive ses 8,5 hectares en biodynamie. Les Chamois du Paradis est une cuvée produite en 2004, de Chardonnay sur un terroir de schistes et d'argiles, sur la commune de Grusse. Cette cuvée, vinifiée traditionnellement, a été élevée 5 ans en demi-muid, avec ouillages réguliers. Un joli texte sur ce domaine ici, et sur ce vin (par Christian himself). Et maintenant, à vous de goûter!

mercredi 1 juin 2011

Le Domaine Hauvette, c'est pas pour les mauviettes

Un petit pique nique entre filles, même quand il fait un peu gris, rien de tel pour s'aérer l'esprit. Ouf, le soleil revient... Mais, qu'est ce qu'on boit? On se demande bien... Ah, mais un Domaine Hauvette 2004 rouge pardi, parce que comme dirait quelqu'un (elle se reconnaîtra :) ) "Le Domaine Hauvette, c'est pas pour les mauviettes!". Et toc pouet!

Le Domaine Hauvette 2004, AOC Les Baux de Provence, ça c'est du vin (rouge!) comme j'aime (vraiment) bien. Parce que c'est frais, mais en même temps ça sent bon la garrigue, les épices, c'est droit, avec une trame assez serrée. C'est fin, c'est élégant, c'est bon, c'est même très bon. C'est bon comme du Trévallon par exemple, pour ceux qui connaissent. En tout cas moi, dans l'esprit, ça m'y fait penser.

Le Domaine Hauvette, c'est un vin élaboré par une femme: Dominique Hauvette. Elle crée son domaine en 1988 (décidément!), sur ces coteaux argilo-calcaires de la commune de Saint Rémy de Provence, dont elle est tombée sous le charme. Là, sur ces pentes adossées au nord du massif des Alpilles, les vignes, cultivées en biodynamie depuis 2003 (déjà en agriculture biologique auparavant), se gorgent de soleil. Grenache, syrah, cabernet sauvignon, cinsault, carignan, ou encore clairette, marsanne et roussane pour les blancs, autant de cépages qui cohabitent, sur les 15 hectares pierreux du domaine, attendant sagement, dans une plénitude ambiante, l'heure d'être ramassés. Tous les soins sont portés sur la vigne, alors qu'un interventionnisme minimum au chai permettra d'exprimer le mieux possible ce terroir sudiste. A noter que malgré cet interventionnsime minimum, on sent un doigté de précision dans le choix des vinifications, en particulier de l'extraction, pour obtenir cette matière très fine, qui donne au vin toute son élégance. Un très joli vin.

Le Domaine Hauvette rouge se compose de 50% de grenache, 30% de syrah, et 20% de cabernet sauvignon (ah, le cabernet sauvignon!), et est élevé en foudres bois durant 24 mois. La cuvée Améthyste, que je n'ai pas (encore) goûtée, est composée quant à elle d'une dominante de cinsault, complété de carignan et grenache, élevés dans des cuves béton ovoïdes (aïe mince, ça y est, j'ai soif à nouveau, c'est malin).

Bon, c'est franchement super bon, et je trouve que c'est un vin qui va bien avec cette saison. A goûter absolument donc. Alors santé, et pour les chanceux qui font le pont, bon week-end!

Domaine Hauvette 2004 rouge, Dominique Hauvette, Saint-Rémy de Provence

vendredi 27 mai 2011

Vendredi du vin #36: Les années 2000...? Et avant?

Piou, déjà vendredi, et ça va faire beaucoup beaucoup de bien, je vous le dis... En plus, avec le thème proposé par Philippe Rapiteau, de La pipette aux quatre vins pour ce vendredi du vin # 36, vous allez voir, on va tous rajeunir:
"Les années 2000...? Et avant?"
« Et cette fois-ci, point besoin de spots, de micros, de caméras, de maisons de prod’ et tout le tremblement de la web 2.0 parade!… Vous avez juste besoin de la clef de votre cave (ou de celle de qui vous voulez!), de prendre soin de ne pas glisser sur les marches moussues de l’escalier (hop! gaffe, la porte est basse!), d’user d’un tire bouchon du modèle qui vous sied et de nous dire ce que vous pensez de la bouteille de votre choix. »
Et bien pour moi, ce sera une bouteille de Léoville Barton 88... Pourquoi? Parce que j'aime les Bordeaux quand ils sont classiques, droits, fins, élégants, quand ils ont ce petit côté british qui leur colle à la peau et qui leur donne tant de classe. Ces Bordeaux là, je les adore. Et Léoville Barton 88, c'est exactement ça. C'est d'une finesse incroyable, et ça se boit et reboit. Le cabernet sauvignon dans toute sa splendeur, donnant son côté séveux et racé au vin. L'élégance des grands Saint-Julien. C'est top.
Léoville Barton, c'est dans le Médoc, cette magnifique propriété aux mille fleurs qui se trouve sur la route des châteaux, quand vous avez passé Ducru Beaucaillou et que vous arrivez sur Saint-Julien. Léoville Barton, c'est derrière ce nom un homme, Anthony Barton, figure emblématique de Bordeaux, personnalité éminemment respectée dans la profession. Mais je vous reparlerai de tout ça, à l'occasion.
Aujourd'hui, petit focus sur le millésime. Alors aujourd'hui, nous sommes en 1988. Nous sommes en 1988, et j'ai 10 ans ("je sais qu'c'est pas vrai, mais j'ai 10 ans, laissez moi rêver que j'ai 10 ans"...). Et en ce 27 mai, nous sommes en pleine fleur. "Floraison précoce" on disait encore à l'époque. Mais avec la floraison de 2011, d'une précocité encore jamais vue, on va peut être changer quelque peu les curseurs... Bref 88 à Bordeaux, floraison précoce donc, mais un été assez moyen derrière, avec un mois de juillet pas très chaud, et un mois d'août correct et surtout sans pluie. Pas très glorieux finalement. Et puis, une belle première quinzaine de septembre, qui sauvera sans doute le millésime, mais qui sera suivie de pluie. On se retrouve donc, pour ce millésime 88, avec des vins à la limite de la maturité dans certains cas, il faut bien l'avouer. Mais je vais vous faire une confidence: moi, les vins de Bordeaux, c'est comme ça que je les aime. Je trouve que ça leur donne, au vieillissement, un air de ne pas y toucher qui me plaît énormément, une personnalité affirmée et assumée. Un peu comme les 2001, ou les 2004 que j'aime beaucoup, dans lesquels on retrouve ce classicisme bordelais.
Alors voilà, ce Léoville Barton 88, ça a été pour moi, un gros déclic. Le déclic de se dire que Bordeaux, quand c'est grand, c'est vraiment grand, et quand c'est chic, c'est vraiment chic.
Ce Léoville Barton 88, je crois que je pourrais en boire jusqu'à plus soif. Seulement pour tout vous dire, je n'en avais qu'une bouteille. Tant pis? Allez, happy vendredi!

mercredi 11 mai 2011

Enfin du Burgaud à Bordeaux!

J'aime bien me moquer (mais juste un peu, et toujours très gentiment hein) des bordelais, qui ne disent pas bordelais, mais bordelé. Comme ça ça rime avec la spécialité locale, le canelé, qui pour le coup s'écrit vraiment avec un é. Ainsi donc à Bordeaux, le mois de mai, se dit . Le célèbre dicton devient ainsi: "En mé, fé ce qu'il te plé". Alors moi, tant qu'à faire, je lui préfère "En mé, bois du... Régnié!!!".
Et ça tombe plutôt bien, puisque le Régnié Vallières 2010 de Jean-Marc Burgaud est enfin disponible à Bordeaux (oh, ça rime, et je n'ai même pas fait exprès!), et ça, ça, c'est de la bombe! Un vin d'une pureté, d'une finesse, d'une tension, d'une fraîcheur (et j'en passe et des meilleurs), incroyables. Une merveille de gamay, avec la douceur de tanins fins, la gourmandise d'un fruit pur, la fraîcheur d'un vin à l'équilibre tourné vers l'acidité, la minéralité de l'expression d'un terroir caillouteux, la tension d'un tout. Ce vin est un régal.
Jean-Marc Burgaud, qui a créé son domaine en 1989, est devenu depuis quelques années un des grands noms du Beaujolais. Davantage connu pour ses Morgon, qui représentent l'essentiel de sa production (13 ha) , puisque c'est à Villié Morgon que le domaine est installé, Jean-Marc Burgaud produit également un Beaujolais Villages (5 ha), et un Régnié (1 ha).
© www.jean-marc-burgaud.com
Ce Régnié Vallières est ainsi produit sur un sol sablonneux et caillouteux (granit décomposé), et vinifié selon la méthode traditionnelle beaujolaise à savoir la macération carbonique. L'élevage se fait ensuite en cuves, pendant 6 à 8 mois. Rien de particulier, pas de label quelconque, pas de parti pris, juste un profond respect de son terroir, de ses vignes, de son vin, et beaucoup beaucoup de bon sens.
Personnellement, c'est le type de Beaujolais que j'adore. Mais VRAIMENT. C'est malin d'ailleurs, j'ai soif maintenant. Et si on ouvrait son Morgon?
Régnié Vallières 2010 de Jean-Marc Burgaud, www.jean-marc-burgaud.com, disponible à Bordeaux à la cave Le Comptoir.

dimanche 8 mai 2011

Un dimanche à la gare de Latresne

Sortir des sentiers battus à Bordeaux, c'est par exemple prendre son vélo, et partir longer la Garonne sur la piste cyclable qui va de Bordeaux à Latresne, dans l'entre deux mers. C'est admirer une campagne que l'on connaît trop peu, une vraie campagne au charme pittoresque, et faire escale dans l'ancienne gare de Latresne... Oui, encore une gare, je sais, je crois que je vais me spécialiser dans les écrits sur le recyclage des anciennes gares :) .
A la gare de Latresne, pas d'arrêt minute, non non non, un véritable arrêt, une vraie pause, parce qu'il y fait bon vivre. On savoure un verre de vin, on se rassasie d'une délicieuse tartine gourmande préparée par Candice, maîtresse des lieux. Ou bien d'une assiette de fromage de brebis et de jambon serrano, ou de foie gras tiens pourquoi pas. On savoure un jus de fruit frais, un succulent thé du palais des thés, et pour les vrais de vrais un verre de vin... De Bordeaux pour une fois, parce que zut, c'est bon le Bordeaux aussi! :)
Et puis on se jette sur les cupcakes (celui au chocolat, Mmmm!), les petites madeleines, les canelés, qui accompagnent à merveille un café revigorant. Candice sélectionne toutes ces gourmandises uniquement chez des petits artisans. Dans l'épicerie de la gare, on trouve ainsi des tas de petits délices régionaux, un tour de France des saveurs régalant. Dans la pièce attenante au bistrot/bar à vins, des tas d'objets chinés à droite à gauche, des idées cadeau, pour soi même aussi pourquoi pas! Un truc de filles peut être bien. Mais pas que!
A la gare de Latresne, il règne une douceur, une sorte de sérénité, de paisibilité, de simplicité, de bon vivre, de bien vivre aussi. Moi plus ça va, plus je savoure ces endroits, et ces petits moments tout simples de la vie, qui la rendent si jolie. Alors je vous les recommande! Et je vous souhaite un très bon dimanche!
Ah oui, je vais vous faire une confidence: En vrai, "je hais les dimanches"... Alors pour remédier à ça, je vais par exemple à Latresne, et là, "j'ai le sourire aux lèvres c'est vrai". Et si on écoutait Brigitte? Happy dimanche!
Découvrez la playlist Brigitte avec Brigitte
L'endroit: La Gare de Latresne, tous les renseignements ici.

vendredi 22 avril 2011

Du Morgon de Foillard au Bar du Marché

Vous êtes à Bordeaux, vous sortez d'une semaine un peu fatigante, il fait chaud, et vous avez besoin de respirer... l'air de la mer! Alors vous gagnez le pays basque: direction Biarritz. Après une grande bouffée d'air (frais!) en longeant la côte, vous vous dirigez, la nuit tombante, vers le quartier des halles. Il règne dans tous les bistrots, troquets, restaurants du coin, une ambiance bien particulière au pays basque. Une ambiance chaleureuse, conviviale, de joie, de bonne humeur, de fête, de partage, de mixité, de simplicité, de décontraction. Avec des amis, vous choisissez un de ces restos sympas, sans trop savoir pour autant où vous mettez les pieds: le Bar du Marché.
Vous commencez la soirée par un txakoli, histoire de boire local, et de rester dans l'ambiance. Et cette ambiance, vraiment, vous l'aimez. Mais voilà. Un doute vous vient à l'esprit. On boit quoi, ce soir? Oui, vous avez eu beau goûter des vins toute la semaine, vous commencez déjà à vous demander quel rouge accompagnera votre repas (délicieuse côte de boeuf, mais ça, vous ne le savez pas encore, qu'elle sera délicieuse). Vous voyez plutôt des bouteilles de Rioja sur les tables autour, et là vraiment, comme ça, à ce moment là, non, ça ne vous tente pas. C'est alors que tout à coup, vous voyez incrit sur une petite ardoise: Morgon 2009, Foillard. Et là, là, outre le fait que vous soyez rassurés sur ce que vous allez boire, vous savez aussi, que vous êtes dans un établissement de grrrrande qualité! Parce que le Morgon de Foillard, c'est quand même du sacré vin ça (enfin moi j'adore!). Les amis avec qui vous passerez la soirée aussi: ouf sauvés!
En agriculture bio depuis de nombreuses années, Jean Foillard a fait de son domaine de 8 hectares une des références dans l'appellation, devenant ainsi un des grands noms du Beaujolais. Ses vins sont de purs gamay racés comme je les aime, du fruit croquant à boire et reboire.
A goûter absolument donc!
Bon week-end à toutes et à tous!

L'adresse: Le Bar du Marché, 8 rue des Halles, 64 200 Biarritz
La bouteille: Morgon 2009, Jean Foillard, 69 919 Villié-Morgon

mercredi 13 avril 2011

Rencontre avec les 2010 à Bordeaux

La semaine des primeurs à Bordeaux, rien que pour les rencontres, les retrouvailles, les découvertes qu'elle occasionne, je l'aime. Rien que pour le plaisir de voir ces professionnels du monde entier, heureux de venir goûter les Bordeaux 2010, je l'aime. Alors embellie par un soleil radieux, que voulez vous, j'aime et je fonds... Parce que c'est stimulant, revivifiant, motivant, enivrant, captivant, bon fatigant aussi, mais tellement, tellement passionnant!
Certains penseront, diront, proclameront, que c'est une aberration de goûter les vins aujourd'hui. Goûter un vin en cours d'élevage est quelque chose de particulier, réservé aux professionnels certainement. Il faut faire abstraction du bois, qui n'est absolument pas révélateur de ce que l'élevage donnera en fin de fermentation, ne pas trop se fier aux arômes, qui vont beaucoup évoluer durant la maturation du vin. Alors il faut se concentrer sur la structure du vin, ses tanins, sa trame, sa construction, sa colonne, ce qu'il nous révèle aujourd'hui, ce qu'il a envie de nous dire. Et ça, c'est un exercice génial. Vraiment.
Moi le vin aujourd'hui, je ne l'achète que pour mon plaisir. Bon, celui de mes amis aussi, de ma famille, de mes proches, je vous l'accorde. Mais quand je goûte un vin, je le goûte pour moi-même. Pourquoi j'apporte cette précision? Parce que cette année, il faut le reconnaître, rares étaient les mauvais vins... On peut le dire, après 2000, 2005, et 2009, 2010 serait peut être bien le millésime du siècle. Allez, je plaisante (un peu), mais il faut le souligner: on a là un très beau millésime, beaucoup plus homogène que 2009. Un millésime qui, malgré des degrés d'alcool particulièrement élevés, affiche une belle fraîcheur, et un certain classicisme. Et moi, les Bordeaux "classiques" (et dans classique, il y a classe... et hic!), j'adore! Mention spéciale à la rive gauche tout de même. Ah, cette race du cabernet sauvignon... magique! Alors du coup, j'ai ajouté une notation sur mon petit carnet de dégustation. Après les "joli", "très joli", "beau", "très beau", et "grand", la nouveauté de cette année c'est "pms": pas mon style. Parce que finalement, un vin peut être bon, voire très bon, dans le sens très bien fait, mais simplement pas à votre goût. Alors à bas les complexes, vous avez le droit vous aussi, de noter sur certains vins pms. Moi je ne me suis pas gênée en tout cas!
Bref, trêve de longs écrits, rive gauche ou rive droite, voici quelques coups de coeur, quelques vins qui m'ont marquée, comme ça un peu en vrac (comme moi), juste pour le plaisir.

Dans les Bordeaux et Côtes de Bordeaux: Gros coup de coeur pour Clos Puy Arnaud, dégusté à Fonroque où avait lieu la dégustation de Biodyvin. Un vin avec beaucoup de personnalité, de fraîcheur, de disctinction. Mais également un très joli Pey La Tour, vraiment très bien fait, et un Thieuley avec une structure très souple, vraiment plaisante, révélant le fruit, le jus pur.

En Saint-Emilion et satellites, j'ai adoré Larcis Ducasse. Ca c'est une propriété que j'adore, un vin qui mérite vraiment d'être connu. Et puis, dans un style plus classique, mais très élégant, un très beau Canon (pléonasme?), un vin d'une grande classe, avec beaucoup de charme, mais vous savez ce charme discret, pas tape à l'oeil, pas racoleur, tout en finesse. Un très joli Grand Corbin Despagne également. A Montagne, un Beauséjour toujours aussi beau, aussi fruité, aussi plein, aussi charmant et gourmand. Remarquable.
Pierre Bernault, Château Beauséjour à Montagne Saint Emilion (© Armand Borlant)
A Pomerol, un très beau La Conseillante, avec une structure solide, ancrée, du grand vin. Et puis j'ai beaucoup aimé Vrai Croix de Gay, un vin avec beaucoup de personnalité, un vin très plein mais avec une belle fraîcheur, un très bel équilibre.
Vrai Croix de Gay, vous en reprendrez bien un petit verre non? (© Armand Borlant)
En Pessac Léognan, on a là toute une série de très jolis vins, mais mon coup de coeur c'est Haut Bailly. Parce que Haut Bailly.

Alors dans le Médoc... Dans le Médoc je vous fais vraiment une sélection, mais encore une fois, le millésime 2010, dans le médoc, ça détonne!
D'abord deux Haut-Médoc dans des gammes de prix vraiment sympas: Belle Vue, très sérieux, très bien fait, comme toujours. Et dans un style assez différent Larrivaux, sur le fruit, le jus, le charme pur du Médoc!
Dans les Moulis, j'ai beaucoup aimé Poujeaux, comme toujours. Mais cette année j'ai également particulièrement bien dégusté Chasse Spleen.
On passe à Margaux. Margaux, la plus hétérogène des grandes communales du médoc sans doute. Et bien cette année, à Margaux, tout était bon. Mais mon coup de coeur, incontestablement, c'est Brane Cantenac, parce que j'adore son style classique, intemporel, régulier. Un vin d'une grande classe.
John Kolasa, de Château Canon et Château Rauzan-Ségla (© Armand Borlant)
A Pauillac, coup de coeur pour Grand Puy Lacoste, sans doute un des meilleurs rapports qualité-prix du médoc. Un vin que j'adore en bouteille, un vin toujours sérieux, et qui là se présente remarquablement bien. Du grand vin médocain, encore une fois, et le médoc, quand c'est grand c'est grand!
Et puis, je garde le meilleur pour la fin: Saint Julien! Ah Saint Julien... Mon appellation préférée je crois. La structure médocaine, mais dans la finesse, la dentelle. Les Saint-Julien 2010 sont magnifiques. J'ai beaucoup aimé Branaire Ducru, comme souvent d'ailleurs. Un vin tout en délicatesse. Gruaud Larose est aussi surprenant que l'année dernière dans sa progression, et même encore plus. Un vin avec beaucoup de caractère, de puissance, de grandeur même. Il était temps de rendre hommage à ce superbe terroir qu'est le terroir de Gruaud Larose. Un très beau vin. Et puis, un cran au dessus de tous ces beaux vins, je terminerai par mon gros coup de coeur du millésime: Léoville Barton. Immense cette année. Une classe folle, une profondeur, un charisme, une personnalité. Magnifique.

Voilà pour quelques coups de coeur. Je ne vous parle ni des premiers, ni de certains seconds qui ne se dégustent plus qu'au château. Affaire à suivre peut être. En attendant, pour moi ce soir, ce sera du blanc. Et puisqu'on est à Bordeaux, et bien pour une fois, ce sera un Bordeaux blanc. Ah tiens, un Château de Fontenille, pour la fraîcheur et le fruit pur, en se laissant bercer entre deux mers... Salud!

Merci à Armand Borlant pour ses photos, que vous pouvez retrouver ici, et pour m'avoir accompagnée un bout de chemin, avec beaucoup d'enthousiasme et de bonne humeur. Et Merci à l'ami fidèle qui fut mon compagnon de dégustation (et de rires!) lors de cette belle semaine de primeurs.

vendredi 1 avril 2011

Et si on braucolait?

Nous voici déjà au mois d'avril, et la première semaine d'avril à Bordeaux, vous le savez (ou pas!) c'est la semaine de dégustation des primeurs. Les critiques fusent déjà. Les critiques des dégustateurs avant l'heure sur les vins goûtés. Les critiques sur les dégustateurs qui goûtent avant l'heure. Les critiques sur les primeurs tout court. Ou sur Bordeaux en général. Bref, tous les ans, ça recommence...
En attendant ici à Bordeaux, on rigole, on picole, on va même bientôt pouvoir danser la farandole. Et aujourd'hui, qu'est ce qu'on ouvre? Pas du Pomerol, ni même du Bandol, mais du... Braucol! Mais qu'est ce que c'est que ça le Braucol?
Braucol, ou Brocol, ou... Fer Servadou, ça vous parle davantage peut-être? Le Braucol, ou Fer servadou donc, est un des cépages rouges typiques du Sud-Ouest. En particulier, c'est LE cépage du Marcillac (appellation aveyronnaise), et l'un des cépages des Gaillac rouges par exemple (en général assemblé aux autres cépages de l'appellation, à savoir Duras, Syrah, Gamay et Cabernets). C'est un cépage plutôt tannique, plutôt puissant, plutôt fort en caractère, parfois rustique. Réputé un peu sauvage, il nécessite beaucoup d'attention, pour bien l'apprivoiser. On lui prête ces caractéristiques à ses probables origines montagnardes, puisqu'il serait issu des lambrusques pyrénéennes, et aurait été transmis par les moines de l'abbaye de Conques, dans l'Aveyron. On raconte qu'il serait même l'ancêtre des Cabernets... Vous comprendrez donc que moi le Braucol, j'en raffole!
Alors ce Braucol, je ne suis pas allée le chercher dans un Marcillac (ce qui aurait pourtant été le plus logique), mais dans un champ... Oui, un Champ d'Orphée 2009, vivement recommandé par Dominique de la cave Le Comptoir. Un nez très mûr, de fruits noirs et de gelée de groseille, qui évolue au fil du temps vers les épices. Une bouche plutôt fraîche, assez surprenant par rapport au nez, mais justement très agréable, avec une jolie structure, des tanins souples, arrondis. Un vin pas très complexe, certes, mais très plaisant, qui accompagnait à merveille de délicieuses lasagnes maison (allez, pour une fois, ne m'en voulez pas mais puisqu'il s'agit de champ, je me lance des fleurs! :).
Le Champ d'Orphée est un vin de pays des Côtes du Tarn ("IGP Côtes du Tarn" pour être précise), produit par Stéphane Lucas. Il s'agit d'une toute petite propriété de moins d'un hectare, située à Castelnau de Lévis, tout près d'Albi. Là, sur cette parcelle de terres calcaires, un seul cépage: le Braucol. Le domaine est conduit en agriculture biologique, tendant vers la biodynamie. Au chai, la philosophie de Stéphane Lucas est à un interventionnisme minimum. L'élevage se fait en cuve, ce qui apporte à ce vin une pureté de fruit. Il s'agit pour moi d'un vin à déguster plutôt jeune, sur le fruit précisément, et c'est donc très bien ainsi. C'est un vin surprenant, vraiment très bien fait. Je remercie d'ailleurs Dominique de me l'avoir fait découvrir, et à mon tour, je ne peux que vous recommander ce vin! A la vôtre!
Le Champ d'Orphée 2009, de Stéphane Lucas, IGP Côtes du Tarn, environ 15€

jeudi 31 mars 2011

Un peu d'humour?


En Bourgogne, il y a des gens qui portent des vestes Bordeaux.
Le contraire est parfaitement impossible.

Philippe Geluck

vendredi 25 mars 2011

Vendredis du Vin # 34: VINstantanés

Déjà le dernier vendredi du mois de mars... Et donc un vendredi... du vin! Un vendredi du VIN...stantanés même, puisque la présidente de ce mois, Pauline Boët du blog Eyes Wine Open, nous propose de partager une photo qui nous tient à coeur, associé à un souvenir vinique:
"L’idée est d’associer, une fois n’est pas coutume, une seule et unique photographie qui vous tient à coeur à un souvenir ‘vinique’. C’est une sorte de micro-blogging pour gens pressés qui souhaitent être émus en une image et quelques lignes."
Alors voilà, j'ai bien réfléchi (même si c'est la fin de la semaine, et qu'en fin de semaine, il faut quand même l'admettre, c'est plus difficile de faire travailler ses neurones), et j'ai bien cherché. Mais je n'ai pas de photos de vins qui évoquent pour moi un souvenir, qui provoquent réellement une émotion. C'est en plongeant le nez dans un verre que jaillissent ces émotions. Vous savez, cet effet madeleine de Proust que l'on ressent en retrouvant certains arômes, ce vin qui vous transporte, vous emmène dans un autre endroit, et à un autre moment.
En revanche, cette émotion, je l'ai en regardant des vignes. Et en particulier celles que je vous mets là, en photos. Parce que me balader sur ces terres, m'imprégner de ce type de lieu, ça me met presque dans un état second.
Voilà, regarder ces petits pieds de vignes bien rangés, bien alignés, sur ce genre de croupe de graves magique, archétype du grand terroir médocain par excellence, ça m'émeut, ça me fait vibrer, ça me redonne de l'énergie, ça m'apaise aussi. Je m'arrête là, parce que l'idée c'est juste une photo et un texte court, alors je vous laisse en compagnie de ces petits pieds de vignes, et d'un extrait de texte de Catherine Rey, tiré du livre Mémoires d'un vignoble ( "l'histoire de la vigne: muse, fille, femme, amante et mère tout à la fois"). Je vous souhaite un excellent week-end!
"La terre change les hommes, et ils changent pour elle. La terre vous apaise, mais elle ne vous donne que si on la respecte à la mesure de ce qu'elle vous a donné."

mercredi 23 mars 2011

Mais là bas, près du Comptoir (en bois), nous on danse pas!

C'est chouette de trouver un bon caviste. Encore mieux s'il est installé pas trop loin de chez vous. A ce moment là, ça devient même utile, pratique. (Indispensable? Vital? Non, je plaisante... )
Mais contrairement à ce que l'on pourrait croire, les vrais bons cavistes, ce n'est pas si courant. Et pourtant, c'est tellement important... Sourire.
Moi, j'adore rencontrer un bon caviste, passionné (impossible à mon sens d'être bon si on n'est pas passionné), qui a ses goûts, mais qui comprend ceux des autres, qui est à l'écoute de ses clients, qui est ouvert, sympathique en plus, modeste aussi, et qui vous fait découvrir de nouveaux vins. Et puis, ce que je trouve génial, c'est rentrer chez un caviste, et avoir les yeux qui deviennent ronds comme des billes en découvrant sa sélection, avec des grands "oh", et des grands "ah". Voilà, ce moment où on contemple les bouteilles avec les mêmes yeux émerveillés qu'un enfant dans un magasin de jouets, j'adore.
Et ça, à Bordeaux, vous l'avez à la cave Le Comptoir. Une jolie adresse à découvrir, à deux pas de la place Pey Berland, dans ce quartier en mouvement, ce Bordeaux vivant, bien loin de l'image aristocratique qu'on lui colle parfois. C'est là qu'est installé Dominique Marre, depuis quelques années. Après avoir travaillé dans le milieu de la restauration parisienne, il a choisi de venir à Bordeaux et de se consacrer au vin, pour une autre qualité de vie. Dominique, avec un vrai sourire chaleureux, vous reçoit avec discrétion (très important aussi la discrétion), vous apportant le conseil que vous souhaitez. Vous savez, cette juste mesure. En discutant avec lui, on sent toute la passion, la connaissance, l'ouverture d'esprit, la curiosité aussi. Un vrai bon caviste en quelque sorte. Une jolie sélection, avec quelques découvertes qui sortent un peu des sentiers battus, à des prix très raisonnables. Vous en avez un aperçu ici, sur le site de la cave. Mais pour les bordelais, je vous invite à y faire un petit saut, juste comme ça, pour le plaisir. Et si vous êtes comme moi, a priori, vous ne repartirez pas les mains vides!
Cave Le Comptoir, Dominique Marre, 14 rue Duffour Dubergier, Bordeaux

mardi 8 mars 2011

Vin et fleur pour la journée de la femme

Il paraît qu'aujourd'hui, c'est la journée de la femme. Alors quand c'est la journée de la femme, on boit... un vin de femme. Des vins de femme (entendez élaborés par une femme) il y en a plein, et de plus en plus. On en fait même des sélections spéciales de carte de vins dans certains restaurants.
Mais pour moi aujourd'hui, ce sera celui d'Iris, de Lisson. Un Clos des cèdres 2002 par exemple, parce que ça fait longtemps que je ne vous ai pas dit que j'adore le mourvèdre!
Un vin d'Iris parce que l'histoire de Lisson est une jolie histoire, et que nous les femmes, on aime les jolies histoires. Parce que c'est un vin avec beaucoup de personnalité, d'éclat, d'originalité, de chien même. Et puis parce qu'Iris c'est Iris, et c'est un peu dans la blogosphère vineuse notre plus jolie fleur... de saison!
Santé à nous, les femmes! (bon allez, d'accord, à vous aussi les hommes)


Clos des cèdres 2002, Lisson, Iris Rutz-Rudel, 34390 Olargues, en vente ici

Aiguisé comme une lame...

Sur la Côte de Beaune, en remontant depuis Santenay, tout au sud, il y a la famille Montrachet (prononcez Mont Rachet, du nom du mont rocheux qui a donné son nom au climat). Et dans la famille Montrachet il y a bien sûr le Grand Cru Montrachet, LE cru mythique qui fait rêver les amateurs de vins, et dont le seul nom fait frissonner les plus passionnés. Le Montrachet est sans doute le plus grand vin blanc produit en France, et donc, inévitablement, le plus grand vin... au monde! (désolée pour les chauvins, mais moi aussi, j'en suis!) Et puis, autour du Montrachet, moins célèbres certes mais Grands Crus tout de même, il y a les Chevalier Montrachet, Bâtard Montrachet, Bienvenues Bâtard Montrachet, et Criots Bâtard Montrachet. Et enfin autour, il y a les appellations villages Chassagne-Montrachet, et Puligny-Montrachet, du nom des communes qui les accueillent, et leurs Premiers Crus.
Alors dans la famille Montrachet, j'aurais bien demandé un Montrachet, mais je crois que là comme ça tout de suite maintenant, ça ne va pas être possible. Donc dans la famille Montrachet, je demande un Chassagne-Montrachet, et pourquoi pas le Chassagne Montrachet Premier Cru Les Vergers 2007 du Domaine Marc Morey & Fils. Et ça, ça... c'est super bon! Le genre de vin qui vous éclate rien qu'en plongeant le nez dans le verre. Une minéralité, une pureté, qui vous laisse un sourire figé. Mmmm, aaaaah, ... Moi, un vin qui sent la roche comme ça, la rocaille, la caillasse, ça me met dans un état second. J'a-dore! Un vin sur la fraîcheur, la tension, la finesse, l'élégance, la légèreté... "Aiguisé comme une lame, pointu comme un couteau"... Non, je ne vais pas vous chanter Raggasonic quand même! Mais vous l'avez échappé belle! Bref, le vin qu'on boit et qu'on re-boit, le (grand) chardonnay comme j'aime!
Si vous y prêtez attention, les Morey en Bourgogne, c'est un peu comme les Le Bihan en Bretagne: il y en a plein! Vous avez le domaine Marc Morey, le domaine Jean-Marc Morey, le domaine Morey-Coffinet, Colin-Morey, etc...
Revenons donc à nos Morey, du Domaine Marc Morey (& Fils). Le domaine Marc Morey existe depuis 1919, lorsque Fernand Morey installe une cave dans la commune de Chassagne. En 1944 c'est son fils Marc qui prend en charge le domaine, puis en 1977 sa petite-fille Marie-Josèphe. Elle gère depuis le domaine avec son mari Bernard Mollard, ainsi que leur fille Sabine. Sur ce terroir argilo-calcaire de Chassagne, le domaine Marc Morey, d'une superficie totale de 9 hectares, se compose principalement de chardonnay (un peu plus de 7 ha), mais dispose également d'un peu d'aligoté, et de pinot noir (1 ha). Les blancs sont élevés sur lies pendant environ 10 mois, avec 25 à 30% de fûts neufs. Le domaine a la réputation d'avoir progressé depuis quelques années, depuis le milieu des années 90 je crois. Ca je ne peux pas vous le confirmer, mais ce que je peux dire, c'est que je trouve qu'aujourd'hui c'est super bon, et d'un excellent rapport qualité-prix.
Et si comme moi vous êtes des inconditionnels de la revue de cuisine Saveurs, vous pourrez lire un joli reportage sur le Montrachet (hasard ou coïncidence?), pour rêver un peu plus. Ou pour tester par exemple, avec un Chassagne Montrachet, cette délicieuse recette de Saint-Jacques aux deux topinambours. Mmmm, un régal... Bon appétit!

mercredi 23 février 2011

La Gare Gourmande

Brrrr... Je ne sais pas comment c'est chez vous, mais chez nous ici, il fait tout gris, et il pleut, pleut, pleut. Et quand vous vous retrouvez à passer une journée (puis deux!) dans le Médoc par ce temps, et bien, comment dire... le gris est très gris, et la pluie très humide! C'est bon pour le cafard, un peu moins pour la bonne humeur. Alors le remède pour chasser les nuages, c'est de retrouver des copains (ou autres, finalement, c'est vous qui choisissez!) à La Gare Gourmande, la charmante table d'hôtes de Labarde.
Comment ça vous ne connaissez pas Labarde? Bon, c'est normal, soyez rassurés, Labarde n'est pas très connu. Mais si je vous dis Giscours (ou Siran, ou Dauzac, ou...) ça vous parle plus? Et bien voilà, on y est. Labarde est donc une (toute) petite commune du sud de l'aire d'appellation Margaux. Un passage obligé si vous empruntez la "route des châteaux" du Médoc, qui mène vers Pauillac.
A Labarde, il y avait autrefois une petite gare, qui ne voit plus les trains s'arrêter depuis de nombreuses années. D'ailleurs, il faut bien l'admettre, il n'y avait plus beaucoup de voitures non plus qui s'arrêtaient à Labarde, gare ou pas. C'est triste un petit village qui ne vit plus, non? Si. C'est pourquoi Edouard Miailhe, propriétaire du Château Siran (à Labarde, donc) a eu envie de faire revivre cet endroit. D'en faire un lieu non plus de passage, mais un lieu où l'on s'arrête, où l'on passe du temps, où l'on prend du temps. Quoi de mieux pour cela qu'une bonne table?
En 2008, il rachète la gare de Labarde, alors dans un état délabré, dans l'optique de la retaper pour en faire un restaurant, ou plutôt une table d'hôtes. Il rencontre un jeune chef, Olivier Rosa, déjà connu (et reconnu!) dans de nombreux châteaux du médoc en tant que chef à domicile (Jacques Perrin, qui ne rate jamais les bonnes adresses, avait déjà été conquis ici). Olivier et son épouse, Sophie, sont tout de suite séduits par le projet. En Août 2010, La Gare Gourmande ouvre ses portes.
Depuis, quand vous passez dans le village de Labarde entre midi et deux, vous pouvez voir une longue file de voitures garées sur le bord de la route. Pourquoi? Parce que pari réussi, La Gare Gourmande est un endroit vraiment sympa, chaleureux, convivial... et vivant!
Le cadre d'abord est sympa, l'atmosphère. Le bâtiment d'origine a été refait avec goût, avec des matériaux simples, bruts, préservant l'authenticité du lieu. La cuisine s'ouvre sur la salle à manger, où le nombre limité de couverts (pensez à réserver!) crée une certaine intimité. Ensuite, l'accueil est chaleureux. Sophie vous reçoit toujours avec le sourire. Un sourire vrai, sincère. En toute spontanéité! Et puis enfin, et l'argument n'est pas des moindres, à La Gare Gourmande, on mange bien. Mais vraiment bien. Et ce genre de petit resto, sympa, joli, cosy, dans lequel on mange bien, je peux vous dire que dans le Médoc, c'est rare. C'est même très rare!
La cuisine d'Olivier Rosa est une cuisine à la fois simple et raffinée, recherchée mais authentique, sans fioritures. Pas de secret, ce sont à la base de bons produits (frais!), très bien mis en valeur.
On y découvre chaque jour un menu unique, composé selon le marché. Et, chose très rare par ici, si vous voulez apporter votre vin, vous pouvez, sans droit de bouchons!
Alors voilà, La Gare Gourmande, on y va parce que c'est bon. On y va parce qu'on s'y sent bien, parce que c'est chaleureux et convivial, simple et authentique. On y va parce que le temps paraît tout de suite beaucoup moins gris. On y va parce que... Bon, on y va?

La Gare Gourmande, Labarde-Margaux, menu du marché le midi à 20 (entrée, plat, café gourmand) ou 25€ (entrée, plat, dessert), ouvert du lundi au samedi pour le déjeuner, et les vendredi et samedi pour le dîner

lundi 21 février 2011

Parole d'un grand homme

"J'ai un rêve... C'est que le 21e siècle rapproche les vignerons du monde entier et fasse progresser encore plus la qualité..."
Henri Jayer (Le terroir et le vigneron, Jacky Rigaux)

mardi 15 février 2011

Domaine Marengo, ou l'aventura corsica

Imaginez un dimanche, en famille, mais un dimanche un peu pluvieux. Le poulet finit de dorer dans le four, on choisit le rouge qui l'accompagnera, et on se dit, tiens, ce serait peut être bien l'heure de l'apéro. On lève la tête, et on aperçoit quelques rayons de soleil qui percent à travers les nuages et réchauffent doucement l'atmosphère. On se prend à rêver: aux jours plus doux qui arrivent, au printemps, à l'été même, et là vous vient une idée... Et si on partait sur l'île de Beauté, là comme ça, maintenant? Allez, cap sur la Corse, avec le Muscat du Cap Corse n°655 du Domaine Marengo, millésime 2008, de Benoît et Marina Bronzini De Caraffa. Du fruit, un bouquet de fleurs, quelques épices, un brin de minéralité, de l'éclat, de la puissance mais beaucoup de douceur et une grande buvabilité. Le vin qui vous enchante, vous redonne sourire, énergie, et remplit la maison de soleil. Un régal... J'a-dore!
Benoît et Marina, je les ai connus dans ce petit coin de paradis qu'est le Domaine de l'Hortus (et qui ressemble d'ailleurs étrangement au leur...) Benoît, dont le père est un ami de longue date de la famille Orliac, avait pour habitude, petit, de passer ses vacances chez les Orliac. C'est là, au pied des falaises de l'Hortus, que Benoît découvrira le métier de vigneron, de façonneur de vin, d'artisan de la terre.
Mais la vraie passion du vin lui viendra plus tard, alors qu'il est étudiant en droit à Paris, grâce à un ami ayant fait un BTS viti-oeno. Lorsqu'il rencontre Marina, corse également, il lui transmet cette passion et la prévient très vite: "un jour, j'aurai des vignes". Mais "un jour" c'était alors dans un avenir assez lointain. Du moins, c'est ainsi que Benoît l'imaginait...
En 2003, Benoît et Marina regagnent la Corse, pour retrouver ce cadre de vie qui leur est cher, avec le désir, en plus, de fonder une famille. Ils s'installent à Bastia, Benoît en tant qu'avocat, et Marina, qui travaillait à Paris pour un grand groupe de luxe, en charge de la communication du Comité Interprofessionnel des vins Corses. C'est ainsi qu'elle entend parler d'une toute petite propriété à vendre, à Barbaggio, à environ 15 km de Bastia, dans l'appellation Patrimonio. Là, au pied de la montagne Sant'Angelo, se trouvent de petits coteaux argilo-calcaires (avec surtout de l'argile souligne Benoît), sur lesquels dorent de jolis muscats petits grains... L'endroit est merveilleux, ils tombent sous le charme... Et décident de s'y installer. Le 15 juillet 2007, Benoît et Marina deviennent propriétaires d'un domaine d'1 ha 20, dont ils ne connaissent pas encore le nom. Ils ne savent pas non plus où ils vont, ils ne savent pas encore exactement quelle aventure ils vont vivre, mais ils vont la vivre, et l'assumer, avec conviction et passion. Le projet est précipité, inattendu, incertain. Tout est à construire, à imaginer, à développer, à projeter. La maison doit être retapée, le chai amélioré. Marina est alors enceinte. Et surtout, ils se retrouvent avec leur vendange face à un pressoir le 26 août, sans trop savoir comment le faire fonctionner... Un rêve un peu fou oui, mais voilà, ils ont suivi leur instinct, et je crois honnêtement qu'ils ont bien fait...
2008 est ainsi le premier millésime qu'ils ont façonné entièrement, de la vigne au chai. Ce qui surprend dans ce vin, c'est sa digestibilité, sa fraîcheur. Alors que les muscats peuvent parfois avoir cette image de lourdeur, on a ici tout l'inverse. Quelque chose de très fin, d'élégant, de frais et de doux en même temps, de suave, de délicat avec ces notes aromatiques discrètes et harmonieuses. Oui, il se dégage de ce vin une grande délicatesse, à la fois dans la structure du vin et dans sa palette aromatique.
Les premières vendanges, en 2007
Ca tombe bien, parce que c'est précisément ce que Benoît et Marina souhaitent voir s'exprimer. Pour reprendre les explications de Marina, ce qui rend l'aventure de Marengo particulièrement difficile mais d'autant plus passionnante, c'est que l'appellation Muscat du Cap Corse est un peu l'appellation oubliée des vins de Corse. Bien souvent, les vignerons font essentiellement du rouge, du blanc sec, du rosé, mais les VDN* sont produits de manière anecdotique. Benoît et Marina sont les seuls à ne produire que du Muscat du Cap Corse, prenant ainsi leur bâton de pèlerin pour prêcher la bonne parole. C'est un choix qu'ils ont fait, puisqu'ils auraient très bien pu produire un muscat sec, peut être plus facile à commercialiser. Mais ce produit, Benoît et Marina y croient. Ce qu'ils veulent prouver c'est que le Muscat du Cap Corse, même s'il s'agit d'un VDN, peut accompagner un repas comme un autre vin, et ne se cantonne pas à l'apéritif (Oups, j'ai dit que je l'avais bu à l'apéritif... L'un n'empêche pas l'autre, bien sûr...)
Comme 70% des domaines corses les vignes sont cultivées en agriculture biologique. Les sols sont travaillés avec un chenillard (impossible de passer un tracteur sur ces coteaux), les vignes traitées au soufre et au cuivre. Les vendanges (manuelles), entre amis, durent une demi-journée. Les fermentations se font à basse température. Le muscat du Domaine Marengo ne voit pas le bois. Pour autant, il n'est commercialisé qu'après 18 mois, afin de lui laisser le temps de s'affiner, de s'harmoniser, et de se remettre de l'opération "traumatisante" selon Benoît qu'est le mutage** à l'alcool.
Si Benoît s'occupe de toute la partie "production", c'est Marina, dont c'est à la base le métier, qui se régale avec toute la partie packaging et communication. Car "le vin est un plaisir complet" rappelle Benoît, de la culture de la vigne à l'habillage du vin, tout est réfléchi par le vigneron, rendant ce métier d'autant plus passionnant (et rare!). Admirez cette bouteille de 50 cl si élégante, avec juste cette petite étiquette apposée: N°655, du nom de la parcelle cadastrale. Moi je la trouve vraiment jolie!
Et au fait, "Marengo", pourquoi? Marengo c'est le nom d'un ancêtre de la famille (les Bronzini de Caraffa étant une famille d'ecclésiastiques napolitains, arrivés en Corse au XVème siècle). Parce qu'il fascinait sa grand-mère, les histoires de Jean François Marengo, qui était architecte, ont bercé l'enfance de Benoît.
Le blason dessiné de l'étiquette, ce sont les armes de la famille Bronzini De Caraffa, entourées de feuilles de chêne clin d'oeil au nom de jeune fille de Marina: Querci, qui veut dire "chêne" en corse. Devenu l'emblème du Domaine, il rappelle que Marengo est une aventure à 2... Une bien belle aventure non?

* VDN: Vin Doux Naturel. Vin dont la fermentation alcoolique est stoppée par l'ajout d'alcool.
** Le mutage à l'alcool est l'opération qui consiste à ajouter de l'alcool afin de stopper la fermentation, en vue de l'obtention d'un VDN.

Domaine Marengo, n°655, Muscat du Cap Corse, 2008, Marina et Benoît Bronzini De Caraffa, Barbaggio, Corse, vendu en bouteilles de 50 cl ou 1,5 l, 18€ la bouteille de 50 cl