vendredi 1 avril 2011

Et si on braucolait?

Nous voici déjà au mois d'avril, et la première semaine d'avril à Bordeaux, vous le savez (ou pas!) c'est la semaine de dégustation des primeurs. Les critiques fusent déjà. Les critiques des dégustateurs avant l'heure sur les vins goûtés. Les critiques sur les dégustateurs qui goûtent avant l'heure. Les critiques sur les primeurs tout court. Ou sur Bordeaux en général. Bref, tous les ans, ça recommence...
En attendant ici à Bordeaux, on rigole, on picole, on va même bientôt pouvoir danser la farandole. Et aujourd'hui, qu'est ce qu'on ouvre? Pas du Pomerol, ni même du Bandol, mais du... Braucol! Mais qu'est ce que c'est que ça le Braucol?
Braucol, ou Brocol, ou... Fer Servadou, ça vous parle davantage peut-être? Le Braucol, ou Fer servadou donc, est un des cépages rouges typiques du Sud-Ouest. En particulier, c'est LE cépage du Marcillac (appellation aveyronnaise), et l'un des cépages des Gaillac rouges par exemple (en général assemblé aux autres cépages de l'appellation, à savoir Duras, Syrah, Gamay et Cabernets). C'est un cépage plutôt tannique, plutôt puissant, plutôt fort en caractère, parfois rustique. Réputé un peu sauvage, il nécessite beaucoup d'attention, pour bien l'apprivoiser. On lui prête ces caractéristiques à ses probables origines montagnardes, puisqu'il serait issu des lambrusques pyrénéennes, et aurait été transmis par les moines de l'abbaye de Conques, dans l'Aveyron. On raconte qu'il serait même l'ancêtre des Cabernets... Vous comprendrez donc que moi le Braucol, j'en raffole!
Alors ce Braucol, je ne suis pas allée le chercher dans un Marcillac (ce qui aurait pourtant été le plus logique), mais dans un champ... Oui, un Champ d'Orphée 2009, vivement recommandé par Dominique de la cave Le Comptoir. Un nez très mûr, de fruits noirs et de gelée de groseille, qui évolue au fil du temps vers les épices. Une bouche plutôt fraîche, assez surprenant par rapport au nez, mais justement très agréable, avec une jolie structure, des tanins souples, arrondis. Un vin pas très complexe, certes, mais très plaisant, qui accompagnait à merveille de délicieuses lasagnes maison (allez, pour une fois, ne m'en voulez pas mais puisqu'il s'agit de champ, je me lance des fleurs! :).
Le Champ d'Orphée est un vin de pays des Côtes du Tarn ("IGP Côtes du Tarn" pour être précise), produit par Stéphane Lucas. Il s'agit d'une toute petite propriété de moins d'un hectare, située à Castelnau de Lévis, tout près d'Albi. Là, sur cette parcelle de terres calcaires, un seul cépage: le Braucol. Le domaine est conduit en agriculture biologique, tendant vers la biodynamie. Au chai, la philosophie de Stéphane Lucas est à un interventionnisme minimum. L'élevage se fait en cuve, ce qui apporte à ce vin une pureté de fruit. Il s'agit pour moi d'un vin à déguster plutôt jeune, sur le fruit précisément, et c'est donc très bien ainsi. C'est un vin surprenant, vraiment très bien fait. Je remercie d'ailleurs Dominique de me l'avoir fait découvrir, et à mon tour, je ne peux que vous recommander ce vin! A la vôtre!
Le Champ d'Orphée 2009, de Stéphane Lucas, IGP Côtes du Tarn, environ 15€

5 commentaires:

Anonyme a dit…

En patois de là-bas, servadou signifie "qui se conserve" ;-)
Je vous souhaite un très bon week-end...

The Helvète underground

Christian Bétourné a dit…

Jolie braucolade juste poivrée, très typée ALCC, reconnaissable à sa silhouette élancée et à la petite tête blonde qui marche souvent à ses côtés. Et voilà un cordon de plus à son regard bleu (en fait j'en sais rien, c'est pour la finesse vaseuse)avec ces lasagnes "maison"...
Braucol... ça fait promenade en calèche, le long de la garonne, dans les années 1860.

Rouge Blanc Bulles a dit…

Exact cher Helvète Underground, merci pour cette précision! Le breton vous maîtrisez aussi? ;)
"Braucolade": joli Christian, j'aime beaucoup! :)

Christian Bétourné a dit…

Je regrette de ne pas être sous terre pour avoir droit à ton humour qui égratigne en douceur... à l'opposé du mien qui est plutôt Qualâchnicoffe ;-)

laurentg a dit…

Ou mansois ...

Je recommande le Marcillac de Carles Gervas, superbe et très économique.

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