mercredi 7 septembre 2011

Ce soir, mon coeur est à Calon

" Je fais du vin à Lafite et Latour, mais mon coeur est à Calon."
Il y a dans le Médoc de superbes propriétés. Elles appartiennent de plus en plus à de grands groupes. L'âme du vin demeure, grâce au gérant, au directeur de la propriété. Mais le charme de la propriété familiale, avec sa dimension humaine, disparaît un peu. Pourtant selon Denis Dubourdieu, "un terroir c'est un terrain avec un bonhomme dessus". Parfois même, c'est une bonne femme.
Jeudi dernier, le vignoble de Saint-Estephe était frappé par la grêle. Deux jours plus tard, Madame Gasqueton, propriétaire de Calon-Ségur, s'éteignait.
Calon-Ségur, c'est une magnifique propriété de Saint-Estèphe, un clos de 55 hectares de graves entourés d'un mur, à la bourguignonne. Un charme fou.
Calon-Ségur, c'est cette étiquette avec un coeur dans lequel est inscrit le nom du château (tellement romantique!). Ce coeur, parce que l'un des propriétaires du château, au milieu du XVIIIe siècle, le marquis de Ségur, également propriétaire de Lafite et Latour avait déclaré " je fais du vin à Lafite et Latour, mais mon coeur est à Calon". Pour la petite histoire, la propriété appartenait en réalité à son épouse... Le coeur sera repris sur l'étiquette en 1894, année du rachat de la propriété par la famille Capbern-Gasqueton.
Calon-Ségur pour moi, c'est un superbe Calon-Ségur 82, dégusté un peu par hasard lors d'une soirée improvisée, mais particulière. Un 82 plein d'épices, fin, subtil, soyeux, bon, drôlement bon.
Calon-Ségur c'est Saint-Estèphe, c'est une belle croupe de graves, c'est une forte proportion de cabernet sauvignon, c'est le médoc, le classique, le vrai, celui que j'aime.
Et puis sur ce terroir, il y avait à Calon-Ségur non pas un bonhomme, mais une bonne femme, depuis 95, année de décès de son mari. Denise Gasqueton. En entendant ce nom (oui oui dans ma tête), je souris. Parce que Denise Gasqueton, quand j'en entendais parler, c'était toujours pour de savoureuses anecdotes. Une sacrée bonne femme comme on dit. Une sacrée bonne femme qui a fait beaucoup pour la propriété. Une sacrée bonne femme qui n'avait pas oublié d'avoir le sens du commerce non plus (et pour faire vivre une propriété, c'est important!). Une sacrée bonne femme que j'aurais aimé entendre raconter le Médoc. Désormais, c'est le Médoc qui la racontera.
Ce soir je suis triste pour Calon. Je suis triste pour le Médoc. Et j'ai envie de boire un verre de Calon. En espérant très fort que le "terrain" de Calon trouvera un chouette "bonhomme"...

6 commentaires:

Anonyme a dit…

Très belle hommage ! Une jolie sensation de mélancolie me transporte en lisant votre article. Demain, je vais ouvrir une bouteille de Calon-Sègur 90 ou 96, on verra... Simplement pour humer et tremper mes lèvres dans ce cru que j'aime et aussi pour donner une suite à votre beau texte. Merci Anne-Laurence !

Un Helvète pas si undergound

Passionnés de la Rive Droite a dit…

Belle oraison : on y lit de sincères condoléances.

Anonyme a dit…

Honte sur moi... Très bel hommage ! La bouteille de Calon-Ségur 1996 est à la cuisine et sera dégustée au dîner.

The Helvète à nouveau underground

Jacques M a dit…

"Rien ne passe après tout si ce n'est le passant", la terre elle, demeure, le vin la raconte. En lisant votre texte, j'ai eu envie de lever mon verre à "Madame", à cette "passante", un Calon 1970, qui avait un gout d'hier, un parfum d'antan.

Loufranssou a dit…

L'avait pô l'air commode kômêm' !
Biz

Miss Zen a dit…

J'aime tes textes, tes mots qui me redonnent racines : terroir, croupe, bonhome. J'aime comment tu parles amoureusement de ta region

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