mercredi 23 février 2011

La Gare Gourmande

Brrrr... Je ne sais pas comment c'est chez vous, mais chez nous ici, il fait tout gris, et il pleut, pleut, pleut. Et quand vous vous retrouvez à passer une journée (puis deux!) dans le Médoc par ce temps, et bien, comment dire... le gris est très gris, et la pluie très humide! C'est bon pour le cafard, un peu moins pour la bonne humeur. Alors le remède pour chasser les nuages, c'est de retrouver des copains (ou autres, finalement, c'est vous qui choisissez!) à La Gare Gourmande, la charmante table d'hôtes de Labarde.
Comment ça vous ne connaissez pas Labarde? Bon, c'est normal, soyez rassurés, Labarde n'est pas très connu. Mais si je vous dis Giscours (ou Siran, ou Dauzac, ou...) ça vous parle plus? Et bien voilà, on y est. Labarde est donc une (toute) petite commune du sud de l'aire d'appellation Margaux. Un passage obligé si vous empruntez la "route des châteaux" du Médoc, qui mène vers Pauillac.
A Labarde, il y avait autrefois une petite gare, qui ne voit plus les trains s'arrêter depuis de nombreuses années. D'ailleurs, il faut bien l'admettre, il n'y avait plus beaucoup de voitures non plus qui s'arrêtaient à Labarde, gare ou pas. C'est triste un petit village qui ne vit plus, non? Si. C'est pourquoi Edouard Miailhe, propriétaire du Château Siran (à Labarde, donc) a eu envie de faire revivre cet endroit. D'en faire un lieu non plus de passage, mais un lieu où l'on s'arrête, où l'on passe du temps, où l'on prend du temps. Quoi de mieux pour cela qu'une bonne table?
En 2008, il rachète la gare de Labarde, alors dans un état délabré, dans l'optique de la retaper pour en faire un restaurant, ou plutôt une table d'hôtes. Il rencontre un jeune chef, Olivier Rosa, déjà connu (et reconnu!) dans de nombreux châteaux du médoc en tant que chef à domicile (Jacques Perrin, qui ne rate jamais les bonnes adresses, avait déjà été conquis ici). Olivier et son épouse, Sophie, sont tout de suite séduits par le projet. En Août 2010, La Gare Gourmande ouvre ses portes.
Depuis, quand vous passez dans le village de Labarde entre midi et deux, vous pouvez voir une longue file de voitures garées sur le bord de la route. Pourquoi? Parce que pari réussi, La Gare Gourmande est un endroit vraiment sympa, chaleureux, convivial... et vivant!
Le cadre d'abord est sympa, l'atmosphère. Le bâtiment d'origine a été refait avec goût, avec des matériaux simples, bruts, préservant l'authenticité du lieu. La cuisine s'ouvre sur la salle à manger, où le nombre limité de couverts (pensez à réserver!) crée une certaine intimité. Ensuite, l'accueil est chaleureux. Sophie vous reçoit toujours avec le sourire. Un sourire vrai, sincère. En toute spontanéité! Et puis enfin, et l'argument n'est pas des moindres, à La Gare Gourmande, on mange bien. Mais vraiment bien. Et ce genre de petit resto, sympa, joli, cosy, dans lequel on mange bien, je peux vous dire que dans le Médoc, c'est rare. C'est même très rare!
La cuisine d'Olivier Rosa est une cuisine à la fois simple et raffinée, recherchée mais authentique, sans fioritures. Pas de secret, ce sont à la base de bons produits (frais!), très bien mis en valeur.
On y découvre chaque jour un menu unique, composé selon le marché. Et, chose très rare par ici, si vous voulez apporter votre vin, vous pouvez, sans droit de bouchons!
Alors voilà, La Gare Gourmande, on y va parce que c'est bon. On y va parce qu'on s'y sent bien, parce que c'est chaleureux et convivial, simple et authentique. On y va parce que le temps paraît tout de suite beaucoup moins gris. On y va parce que... Bon, on y va?

La Gare Gourmande, Labarde-Margaux, menu du marché le midi à 20 (entrée, plat, café gourmand) ou 25€ (entrée, plat, dessert), ouvert du lundi au samedi pour le déjeuner, et les vendredi et samedi pour le dîner

lundi 21 février 2011

Parole d'un grand homme

"J'ai un rêve... C'est que le 21e siècle rapproche les vignerons du monde entier et fasse progresser encore plus la qualité..."
Henri Jayer (Le terroir et le vigneron, Jacky Rigaux)

mardi 15 février 2011

Domaine Marengo, ou l'aventura corsica

Imaginez un dimanche, en famille, mais un dimanche un peu pluvieux. Le poulet finit de dorer dans le four, on choisit le rouge qui l'accompagnera, et on se dit, tiens, ce serait peut être bien l'heure de l'apéro. On lève la tête, et on aperçoit quelques rayons de soleil qui percent à travers les nuages et réchauffent doucement l'atmosphère. On se prend à rêver: aux jours plus doux qui arrivent, au printemps, à l'été même, et là vous vient une idée... Et si on partait sur l'île de Beauté, là comme ça, maintenant? Allez, cap sur la Corse, avec le Muscat du Cap Corse n°655 du Domaine Marengo, millésime 2008, de Benoît et Marina Bronzini De Caraffa. Du fruit, un bouquet de fleurs, quelques épices, un brin de minéralité, de l'éclat, de la puissance mais beaucoup de douceur et une grande buvabilité. Le vin qui vous enchante, vous redonne sourire, énergie, et remplit la maison de soleil. Un régal... J'a-dore!
Benoît et Marina, je les ai connus dans ce petit coin de paradis qu'est le Domaine de l'Hortus (et qui ressemble d'ailleurs étrangement au leur...) Benoît, dont le père est un ami de longue date de la famille Orliac, avait pour habitude, petit, de passer ses vacances chez les Orliac. C'est là, au pied des falaises de l'Hortus, que Benoît découvrira le métier de vigneron, de façonneur de vin, d'artisan de la terre.
Mais la vraie passion du vin lui viendra plus tard, alors qu'il est étudiant en droit à Paris, grâce à un ami ayant fait un BTS viti-oeno. Lorsqu'il rencontre Marina, corse également, il lui transmet cette passion et la prévient très vite: "un jour, j'aurai des vignes". Mais "un jour" c'était alors dans un avenir assez lointain. Du moins, c'est ainsi que Benoît l'imaginait...
En 2003, Benoît et Marina regagnent la Corse, pour retrouver ce cadre de vie qui leur est cher, avec le désir, en plus, de fonder une famille. Ils s'installent à Bastia, Benoît en tant qu'avocat, et Marina, qui travaillait à Paris pour un grand groupe de luxe, en charge de la communication du Comité Interprofessionnel des vins Corses. C'est ainsi qu'elle entend parler d'une toute petite propriété à vendre, à Barbaggio, à environ 15 km de Bastia, dans l'appellation Patrimonio. Là, au pied de la montagne Sant'Angelo, se trouvent de petits coteaux argilo-calcaires (avec surtout de l'argile souligne Benoît), sur lesquels dorent de jolis muscats petits grains... L'endroit est merveilleux, ils tombent sous le charme... Et décident de s'y installer. Le 15 juillet 2007, Benoît et Marina deviennent propriétaires d'un domaine d'1 ha 20, dont ils ne connaissent pas encore le nom. Ils ne savent pas non plus où ils vont, ils ne savent pas encore exactement quelle aventure ils vont vivre, mais ils vont la vivre, et l'assumer, avec conviction et passion. Le projet est précipité, inattendu, incertain. Tout est à construire, à imaginer, à développer, à projeter. La maison doit être retapée, le chai amélioré. Marina est alors enceinte. Et surtout, ils se retrouvent avec leur vendange face à un pressoir le 26 août, sans trop savoir comment le faire fonctionner... Un rêve un peu fou oui, mais voilà, ils ont suivi leur instinct, et je crois honnêtement qu'ils ont bien fait...
2008 est ainsi le premier millésime qu'ils ont façonné entièrement, de la vigne au chai. Ce qui surprend dans ce vin, c'est sa digestibilité, sa fraîcheur. Alors que les muscats peuvent parfois avoir cette image de lourdeur, on a ici tout l'inverse. Quelque chose de très fin, d'élégant, de frais et de doux en même temps, de suave, de délicat avec ces notes aromatiques discrètes et harmonieuses. Oui, il se dégage de ce vin une grande délicatesse, à la fois dans la structure du vin et dans sa palette aromatique.
Les premières vendanges, en 2007
Ca tombe bien, parce que c'est précisément ce que Benoît et Marina souhaitent voir s'exprimer. Pour reprendre les explications de Marina, ce qui rend l'aventure de Marengo particulièrement difficile mais d'autant plus passionnante, c'est que l'appellation Muscat du Cap Corse est un peu l'appellation oubliée des vins de Corse. Bien souvent, les vignerons font essentiellement du rouge, du blanc sec, du rosé, mais les VDN* sont produits de manière anecdotique. Benoît et Marina sont les seuls à ne produire que du Muscat du Cap Corse, prenant ainsi leur bâton de pèlerin pour prêcher la bonne parole. C'est un choix qu'ils ont fait, puisqu'ils auraient très bien pu produire un muscat sec, peut être plus facile à commercialiser. Mais ce produit, Benoît et Marina y croient. Ce qu'ils veulent prouver c'est que le Muscat du Cap Corse, même s'il s'agit d'un VDN, peut accompagner un repas comme un autre vin, et ne se cantonne pas à l'apéritif (Oups, j'ai dit que je l'avais bu à l'apéritif... L'un n'empêche pas l'autre, bien sûr...)
Comme 70% des domaines corses les vignes sont cultivées en agriculture biologique. Les sols sont travaillés avec un chenillard (impossible de passer un tracteur sur ces coteaux), les vignes traitées au soufre et au cuivre. Les vendanges (manuelles), entre amis, durent une demi-journée. Les fermentations se font à basse température. Le muscat du Domaine Marengo ne voit pas le bois. Pour autant, il n'est commercialisé qu'après 18 mois, afin de lui laisser le temps de s'affiner, de s'harmoniser, et de se remettre de l'opération "traumatisante" selon Benoît qu'est le mutage** à l'alcool.
Si Benoît s'occupe de toute la partie "production", c'est Marina, dont c'est à la base le métier, qui se régale avec toute la partie packaging et communication. Car "le vin est un plaisir complet" rappelle Benoît, de la culture de la vigne à l'habillage du vin, tout est réfléchi par le vigneron, rendant ce métier d'autant plus passionnant (et rare!). Admirez cette bouteille de 50 cl si élégante, avec juste cette petite étiquette apposée: N°655, du nom de la parcelle cadastrale. Moi je la trouve vraiment jolie!
Et au fait, "Marengo", pourquoi? Marengo c'est le nom d'un ancêtre de la famille (les Bronzini de Caraffa étant une famille d'ecclésiastiques napolitains, arrivés en Corse au XVème siècle). Parce qu'il fascinait sa grand-mère, les histoires de Jean François Marengo, qui était architecte, ont bercé l'enfance de Benoît.
Le blason dessiné de l'étiquette, ce sont les armes de la famille Bronzini De Caraffa, entourées de feuilles de chêne clin d'oeil au nom de jeune fille de Marina: Querci, qui veut dire "chêne" en corse. Devenu l'emblème du Domaine, il rappelle que Marengo est une aventure à 2... Une bien belle aventure non?

* VDN: Vin Doux Naturel. Vin dont la fermentation alcoolique est stoppée par l'ajout d'alcool.
** Le mutage à l'alcool est l'opération qui consiste à ajouter de l'alcool afin de stopper la fermentation, en vue de l'obtention d'un VDN.

Domaine Marengo, n°655, Muscat du Cap Corse, 2008, Marina et Benoît Bronzini De Caraffa, Barbaggio, Corse, vendu en bouteilles de 50 cl ou 1,5 l, 18€ la bouteille de 50 cl