vendredi 22 avril 2011

Du Morgon de Foillard au Bar du Marché

Vous êtes à Bordeaux, vous sortez d'une semaine un peu fatigante, il fait chaud, et vous avez besoin de respirer... l'air de la mer! Alors vous gagnez le pays basque: direction Biarritz. Après une grande bouffée d'air (frais!) en longeant la côte, vous vous dirigez, la nuit tombante, vers le quartier des halles. Il règne dans tous les bistrots, troquets, restaurants du coin, une ambiance bien particulière au pays basque. Une ambiance chaleureuse, conviviale, de joie, de bonne humeur, de fête, de partage, de mixité, de simplicité, de décontraction. Avec des amis, vous choisissez un de ces restos sympas, sans trop savoir pour autant où vous mettez les pieds: le Bar du Marché.
Vous commencez la soirée par un txakoli, histoire de boire local, et de rester dans l'ambiance. Et cette ambiance, vraiment, vous l'aimez. Mais voilà. Un doute vous vient à l'esprit. On boit quoi, ce soir? Oui, vous avez eu beau goûter des vins toute la semaine, vous commencez déjà à vous demander quel rouge accompagnera votre repas (délicieuse côte de boeuf, mais ça, vous ne le savez pas encore, qu'elle sera délicieuse). Vous voyez plutôt des bouteilles de Rioja sur les tables autour, et là vraiment, comme ça, à ce moment là, non, ça ne vous tente pas. C'est alors que tout à coup, vous voyez incrit sur une petite ardoise: Morgon 2009, Foillard. Et là, là, outre le fait que vous soyez rassurés sur ce que vous allez boire, vous savez aussi, que vous êtes dans un établissement de grrrrande qualité! Parce que le Morgon de Foillard, c'est quand même du sacré vin ça (enfin moi j'adore!). Les amis avec qui vous passerez la soirée aussi: ouf sauvés!
En agriculture bio depuis de nombreuses années, Jean Foillard a fait de son domaine de 8 hectares une des références dans l'appellation, devenant ainsi un des grands noms du Beaujolais. Ses vins sont de purs gamay racés comme je les aime, du fruit croquant à boire et reboire.
A goûter absolument donc!
Bon week-end à toutes et à tous!

L'adresse: Le Bar du Marché, 8 rue des Halles, 64 200 Biarritz
La bouteille: Morgon 2009, Jean Foillard, 69 919 Villié-Morgon

mercredi 13 avril 2011

Rencontre avec les 2010 à Bordeaux

La semaine des primeurs à Bordeaux, rien que pour les rencontres, les retrouvailles, les découvertes qu'elle occasionne, je l'aime. Rien que pour le plaisir de voir ces professionnels du monde entier, heureux de venir goûter les Bordeaux 2010, je l'aime. Alors embellie par un soleil radieux, que voulez vous, j'aime et je fonds... Parce que c'est stimulant, revivifiant, motivant, enivrant, captivant, bon fatigant aussi, mais tellement, tellement passionnant!
Certains penseront, diront, proclameront, que c'est une aberration de goûter les vins aujourd'hui. Goûter un vin en cours d'élevage est quelque chose de particulier, réservé aux professionnels certainement. Il faut faire abstraction du bois, qui n'est absolument pas révélateur de ce que l'élevage donnera en fin de fermentation, ne pas trop se fier aux arômes, qui vont beaucoup évoluer durant la maturation du vin. Alors il faut se concentrer sur la structure du vin, ses tanins, sa trame, sa construction, sa colonne, ce qu'il nous révèle aujourd'hui, ce qu'il a envie de nous dire. Et ça, c'est un exercice génial. Vraiment.
Moi le vin aujourd'hui, je ne l'achète que pour mon plaisir. Bon, celui de mes amis aussi, de ma famille, de mes proches, je vous l'accorde. Mais quand je goûte un vin, je le goûte pour moi-même. Pourquoi j'apporte cette précision? Parce que cette année, il faut le reconnaître, rares étaient les mauvais vins... On peut le dire, après 2000, 2005, et 2009, 2010 serait peut être bien le millésime du siècle. Allez, je plaisante (un peu), mais il faut le souligner: on a là un très beau millésime, beaucoup plus homogène que 2009. Un millésime qui, malgré des degrés d'alcool particulièrement élevés, affiche une belle fraîcheur, et un certain classicisme. Et moi, les Bordeaux "classiques" (et dans classique, il y a classe... et hic!), j'adore! Mention spéciale à la rive gauche tout de même. Ah, cette race du cabernet sauvignon... magique! Alors du coup, j'ai ajouté une notation sur mon petit carnet de dégustation. Après les "joli", "très joli", "beau", "très beau", et "grand", la nouveauté de cette année c'est "pms": pas mon style. Parce que finalement, un vin peut être bon, voire très bon, dans le sens très bien fait, mais simplement pas à votre goût. Alors à bas les complexes, vous avez le droit vous aussi, de noter sur certains vins pms. Moi je ne me suis pas gênée en tout cas!
Bref, trêve de longs écrits, rive gauche ou rive droite, voici quelques coups de coeur, quelques vins qui m'ont marquée, comme ça un peu en vrac (comme moi), juste pour le plaisir.

Dans les Bordeaux et Côtes de Bordeaux: Gros coup de coeur pour Clos Puy Arnaud, dégusté à Fonroque où avait lieu la dégustation de Biodyvin. Un vin avec beaucoup de personnalité, de fraîcheur, de disctinction. Mais également un très joli Pey La Tour, vraiment très bien fait, et un Thieuley avec une structure très souple, vraiment plaisante, révélant le fruit, le jus pur.

En Saint-Emilion et satellites, j'ai adoré Larcis Ducasse. Ca c'est une propriété que j'adore, un vin qui mérite vraiment d'être connu. Et puis, dans un style plus classique, mais très élégant, un très beau Canon (pléonasme?), un vin d'une grande classe, avec beaucoup de charme, mais vous savez ce charme discret, pas tape à l'oeil, pas racoleur, tout en finesse. Un très joli Grand Corbin Despagne également. A Montagne, un Beauséjour toujours aussi beau, aussi fruité, aussi plein, aussi charmant et gourmand. Remarquable.
Pierre Bernault, Château Beauséjour à Montagne Saint Emilion (© Armand Borlant)
A Pomerol, un très beau La Conseillante, avec une structure solide, ancrée, du grand vin. Et puis j'ai beaucoup aimé Vrai Croix de Gay, un vin avec beaucoup de personnalité, un vin très plein mais avec une belle fraîcheur, un très bel équilibre.
Vrai Croix de Gay, vous en reprendrez bien un petit verre non? (© Armand Borlant)
En Pessac Léognan, on a là toute une série de très jolis vins, mais mon coup de coeur c'est Haut Bailly. Parce que Haut Bailly.

Alors dans le Médoc... Dans le Médoc je vous fais vraiment une sélection, mais encore une fois, le millésime 2010, dans le médoc, ça détonne!
D'abord deux Haut-Médoc dans des gammes de prix vraiment sympas: Belle Vue, très sérieux, très bien fait, comme toujours. Et dans un style assez différent Larrivaux, sur le fruit, le jus, le charme pur du Médoc!
Dans les Moulis, j'ai beaucoup aimé Poujeaux, comme toujours. Mais cette année j'ai également particulièrement bien dégusté Chasse Spleen.
On passe à Margaux. Margaux, la plus hétérogène des grandes communales du médoc sans doute. Et bien cette année, à Margaux, tout était bon. Mais mon coup de coeur, incontestablement, c'est Brane Cantenac, parce que j'adore son style classique, intemporel, régulier. Un vin d'une grande classe.
John Kolasa, de Château Canon et Château Rauzan-Ségla (© Armand Borlant)
A Pauillac, coup de coeur pour Grand Puy Lacoste, sans doute un des meilleurs rapports qualité-prix du médoc. Un vin que j'adore en bouteille, un vin toujours sérieux, et qui là se présente remarquablement bien. Du grand vin médocain, encore une fois, et le médoc, quand c'est grand c'est grand!
Et puis, je garde le meilleur pour la fin: Saint Julien! Ah Saint Julien... Mon appellation préférée je crois. La structure médocaine, mais dans la finesse, la dentelle. Les Saint-Julien 2010 sont magnifiques. J'ai beaucoup aimé Branaire Ducru, comme souvent d'ailleurs. Un vin tout en délicatesse. Gruaud Larose est aussi surprenant que l'année dernière dans sa progression, et même encore plus. Un vin avec beaucoup de caractère, de puissance, de grandeur même. Il était temps de rendre hommage à ce superbe terroir qu'est le terroir de Gruaud Larose. Un très beau vin. Et puis, un cran au dessus de tous ces beaux vins, je terminerai par mon gros coup de coeur du millésime: Léoville Barton. Immense cette année. Une classe folle, une profondeur, un charisme, une personnalité. Magnifique.

Voilà pour quelques coups de coeur. Je ne vous parle ni des premiers, ni de certains seconds qui ne se dégustent plus qu'au château. Affaire à suivre peut être. En attendant, pour moi ce soir, ce sera du blanc. Et puisqu'on est à Bordeaux, et bien pour une fois, ce sera un Bordeaux blanc. Ah tiens, un Château de Fontenille, pour la fraîcheur et le fruit pur, en se laissant bercer entre deux mers... Salud!

Merci à Armand Borlant pour ses photos, que vous pouvez retrouver ici, et pour m'avoir accompagnée un bout de chemin, avec beaucoup d'enthousiasme et de bonne humeur. Et Merci à l'ami fidèle qui fut mon compagnon de dégustation (et de rires!) lors de cette belle semaine de primeurs.

vendredi 1 avril 2011

Et si on braucolait?

Nous voici déjà au mois d'avril, et la première semaine d'avril à Bordeaux, vous le savez (ou pas!) c'est la semaine de dégustation des primeurs. Les critiques fusent déjà. Les critiques des dégustateurs avant l'heure sur les vins goûtés. Les critiques sur les dégustateurs qui goûtent avant l'heure. Les critiques sur les primeurs tout court. Ou sur Bordeaux en général. Bref, tous les ans, ça recommence...
En attendant ici à Bordeaux, on rigole, on picole, on va même bientôt pouvoir danser la farandole. Et aujourd'hui, qu'est ce qu'on ouvre? Pas du Pomerol, ni même du Bandol, mais du... Braucol! Mais qu'est ce que c'est que ça le Braucol?
Braucol, ou Brocol, ou... Fer Servadou, ça vous parle davantage peut-être? Le Braucol, ou Fer servadou donc, est un des cépages rouges typiques du Sud-Ouest. En particulier, c'est LE cépage du Marcillac (appellation aveyronnaise), et l'un des cépages des Gaillac rouges par exemple (en général assemblé aux autres cépages de l'appellation, à savoir Duras, Syrah, Gamay et Cabernets). C'est un cépage plutôt tannique, plutôt puissant, plutôt fort en caractère, parfois rustique. Réputé un peu sauvage, il nécessite beaucoup d'attention, pour bien l'apprivoiser. On lui prête ces caractéristiques à ses probables origines montagnardes, puisqu'il serait issu des lambrusques pyrénéennes, et aurait été transmis par les moines de l'abbaye de Conques, dans l'Aveyron. On raconte qu'il serait même l'ancêtre des Cabernets... Vous comprendrez donc que moi le Braucol, j'en raffole!
Alors ce Braucol, je ne suis pas allée le chercher dans un Marcillac (ce qui aurait pourtant été le plus logique), mais dans un champ... Oui, un Champ d'Orphée 2009, vivement recommandé par Dominique de la cave Le Comptoir. Un nez très mûr, de fruits noirs et de gelée de groseille, qui évolue au fil du temps vers les épices. Une bouche plutôt fraîche, assez surprenant par rapport au nez, mais justement très agréable, avec une jolie structure, des tanins souples, arrondis. Un vin pas très complexe, certes, mais très plaisant, qui accompagnait à merveille de délicieuses lasagnes maison (allez, pour une fois, ne m'en voulez pas mais puisqu'il s'agit de champ, je me lance des fleurs! :).
Le Champ d'Orphée est un vin de pays des Côtes du Tarn ("IGP Côtes du Tarn" pour être précise), produit par Stéphane Lucas. Il s'agit d'une toute petite propriété de moins d'un hectare, située à Castelnau de Lévis, tout près d'Albi. Là, sur cette parcelle de terres calcaires, un seul cépage: le Braucol. Le domaine est conduit en agriculture biologique, tendant vers la biodynamie. Au chai, la philosophie de Stéphane Lucas est à un interventionnisme minimum. L'élevage se fait en cuve, ce qui apporte à ce vin une pureté de fruit. Il s'agit pour moi d'un vin à déguster plutôt jeune, sur le fruit précisément, et c'est donc très bien ainsi. C'est un vin surprenant, vraiment très bien fait. Je remercie d'ailleurs Dominique de me l'avoir fait découvrir, et à mon tour, je ne peux que vous recommander ce vin! A la vôtre!
Le Champ d'Orphée 2009, de Stéphane Lucas, IGP Côtes du Tarn, environ 15€